
Le roman “Leurs enfants après eux” de Nicolas Mathieu, couronné par le Prix Goncourt 2018, offre un portrait saisissant d’une jeunesse française en quête d’identité dans une région désindustrialisée des années 1990. Récemment adapté au cinéma par les frères Boukherma, ce récit captivant suit le parcours d’Anthony et de ses amis sur quatre étés, de 1992 à 1998, dans la vallée fictive d’Heillange. Entre rêves d’évasion et réalité sociale écrasante, l’œuvre dépeint avec une justesse poignante les aspirations, les désillusions et les premiers émois d’adolescents confrontés à un avenir incertain. Dans un contexte où les hauts fourneaux ne fument plus, où le chômage ronge l’espoir et où “réussir, c’est trahir”, ces jeunes cherchent désespérément à s’affranchir d’un déterminisme social qui semble les condamner à reproduire les erreurs de leurs parents.
Publié aux Éditions Actes Sud en 2018, “Leurs enfants après eux” a rapidement conquis le cœur des lecteurs et de la critique. Ce deuxième roman de Nicolas Mathieu s’inscrit dans une lignée d’œuvres contemporaines qui donnent voix aux territoires oubliés de la République. L’auteur, lui-même originaire des Vosges, puise dans son expérience personnelle pour livrer un récit authentique et vibrant de la France périphérique.
Le succès du roman ne s’est pas fait attendre. Quelques mois après sa parution, il reçoit la prestigieuse distinction du Prix Goncourt, propulsant Nicolas Mathieu sur le devant de la scène littéraire française. Cette reconnaissance institutionnelle a permis de mettre en lumière une réalité sociale souvent négligée dans la littérature contemporaine : celle des zones désindustrialisées et de leur jeunesse désœuvrée.
Si “Leurs enfants après eux” s’inscrit dans une tradition réaliste, il se distingue par sa capacité à transcender le simple témoignage social pour atteindre une dimension universelle. À l’instar d’œuvres comme “Fief” de David Lopez, également publié en 2018, le roman de Mathieu capture l’essence d’une génération prise entre deux mondes, deux époques, deux possibilités d’existence.
Le titre du roman, emprunté à une formule biblique tirée du livre de la Sagesse de Siracide, porte en lui toute la problématique de l’œuvre : “Ce sont leurs enfants après eux qui témoigneront de leur honte.” Cette référence illustre parfaitement le thème central du récit : l’héritage transmis d’une génération à l’autre et la difficile émancipation des déterminismes sociaux et familiaux.
L’œuvre s’inscrit également dans un contexte littéraire particulier. Les années 2010 ont vu émerger une nouvelle génération d’auteurs français soucieux de représenter les fractures sociales contemporaines. On peut citer, aux côtés de Mathieu et Lopez, des écrivains comme Édouard Louis, auteur de “En finir avec Eddy Bellegueule” (publié chez Seuil), ou encore Tanguy Viel avec “Article 353 du code pénal” (chez Éditions de l’Iconoclaste). Ces romanciers partagent une même volonté de donner à voir les conséquences humaines des mutations économiques et sociales de la France contemporaine.
L’impact de “Leurs enfants après eux” dépasse largement le cadre littéraire. En donnant vie et dignité à ces jeunes de la France périphérique, Nicolas Mathieu a contribué à un débat sociétal plus large sur les inégalités territoriales et les difficultés d’ascension sociale dans la France contemporaine. Son roman a résonné particulièrement fort dans un contexte marqué par des mouvements sociaux comme celui des Gilets jaunes, qui ont mis en lumière le sentiment d’abandon ressenti par une partie de la population française.
| Aspect | Description | Impact |
|---|---|---|
| Contexte d’écriture | Fin des années 2010, montée des inégalités territoriales | Résonnance avec l’actualité sociale française |
| Inspirations | Expérience personnelle de l’auteur, observations sociologiques | Authenticité du récit, crédibilité des personnages |
| Reconnaissance | Prix Goncourt 2018 | Légitimation d’une littérature des marges |
| Postérité | Adaptation cinématographique, succès international | Élargissement de l’audience, débat public |

Heillange, ville fictive mais terriblement réaliste, constitue bien plus qu’un simple cadre spatial pour le roman. Elle représente un personnage à part entière, un organisme social complexe qui influence profondément le destin de ses habitants. Nicolas Mathieu dépeint cette commune imaginaire de l’Est de la France avec une précision quasi-documentaire, en s’inspirant des paysages post-industriels de sa Lorraine natale.
La ville porte les cicatrices visibles de la désindustrialisation massive qui a frappé le nord-est français dans les années 1980-1990. Les hauts fourneaux désaffectés se dressent comme des monuments funéraires d’une époque révolue, celle où l’industrie sidérurgique faisait la fierté et la prospérité de la région. Ces structures imposantes dominent l’horizon, rappel constant de ce qui a été perdu et ne reviendra plus. Comme l’écrit Mathieu: “À l’horizon, les hauts-fourneaux ne fument plus. Dans cette vallée saignée par la mondialisation, le chômage et l’immobilité ont rogné les perspectives.”
La topographie sociale d’Heillange reflète les inégalités structurelles de la société française. On y trouve des quartiers pavillonnaires modestes où résident les familles d’ouvriers, comme celle d’Anthony, le protagoniste. Plus haut sur les collines s’étendent les zones résidentielles plus aisées, où habitent les familles comme celle de Steph, issue de la petite bourgeoisie locale. À la périphérie se trouvent les cités HLM où grandit Hacine, d’origine maghrébine. Cette ségrégation spatiale traduit concrètement les divisions sociales qui structurent la communauté.
Les lieux de sociabilité sont rares à Heillange, mais essentiels à la compréhension de la dynamique sociale de la ville. Le lac artificiel, où les jeunes se retrouvent l’été, devient un espace de liberté provisoire, d’expérimentations et de transgression. La boîte de nuit “Le Rodéo” représente quant à elle l’un des rares exutoires à l’ennui quotidien. Ces espaces interstitiels permettent momentanément d’échapper à la pesanteur sociale, mais ne constituent jamais de véritables issues.
La temporalité du roman, structurée autour de quatre étés (1992, 1994, 1996 et 1998), confère à Heillange une dimension particulière. La chaleur estivale exacerbe les tensions et les passions, tandis que le passage du temps révèle l’immobilité paradoxale de ce monde en apparence figé. Chaque été marque une étape dans le parcours initiatique des personnages, mais le décor, lui, demeure désespérément identique, comme si le temps n’avait pas de prise sur cette ville en sursis.
L’écosystème économique d’Heillange témoigne de la transition douloureuse vers une économie post-industrielle. Les petits commerces périclitent, les usines ferment, les centres commerciaux périphériques vampirisent l’activité du centre-ville. Derrière cette métamorphose économique se cache une précarisation générale des conditions de vie: chômage endémique, emplois temporaires, économie parallèle. Les parents des protagonistes incarnent cette précarité: père d’Anthony au chômage, mère de Steph vendeuse, père d’Hacine absent.
Comme le précise l’un des personnages du roman, à Heillange, on est “licencié, divorcé, cocu ou cancéreux” – formule lapidaire qui résume l’horizon limité des possibles dans cette France périphérique. Cette phrase, devenue emblématique, cristallise le fatalisme qui imprègne la communauté et contre lequel les jeunes protagonistes tentent, avec plus ou moins de succès, de se rebeller.
| Espace | Fonction narrative | Symbolique |
|---|---|---|
| Hauts fourneaux désaffectés | Rappel constant du déclin industriel | Vestiges d’un passé glorieux révolu |
| Lac artificiel | Lieu des rencontres estivales et des premières expériences | Ilot temporaire de liberté et de transgression |
| Zones pavillonnaires | Cadre familial étouffant | Reproduction des schémas sociaux |
| Routes départementales | Espaces de circulation et d’évasion temporaire | Illusion de mouvement dans un monde figé |
Au cœur de “Leurs enfants après eux” gravite une constellation de personnages d’une profondeur remarquable. Nicolas Mathieu sculpte des protagonistes complexes, simultanément universels dans leurs aspirations et profondément ancrés dans leur milieu social. Cette galerie de portraits adolescents, chacun confronté à ses propres défis et contradictions, forme un tableau vivant d’une génération sacrifiée sur l’autel de la désindustrialisation.
Anthony Casati, le personnage principal, incarne cette jeunesse désœuvrée en quête d’un destin différent de celui de ses parents. Fils d’un ouvrier au chômage et d’une mère résignée, il porte le poids des espoirs déçus de sa famille. Son parcours initiatique, de ses quatorze ans à sa majorité, constitue l’épine dorsale du récit. Timide, complexé par son physique ordinaire, Anthony nourrit une passion dévorante pour Stéphanie, qui représente à ses yeux un autre monde social. Sa quête d’identité se manifeste à travers des transgressions mineures – vol d’un scooter, consommation de cannabis, petits larcins – qui révèlent son désir d’échapper à sa condition.
Hacine Bouali, d’origine maghrébine, se présente comme le contrepoint d’Anthony. Charismatique, beau, débrouillard, il navigue avec une apparente aisance entre différents mondes sociaux. Sa dextérité sociale masque cependant une vulnérabilité profonde, liée à son statut d’enfant d’immigré dans une France provinciale peu accueillante à l’altérité. Son implication dans le trafic de drogue local traduit moins une inclination criminelle qu’une stratégie de survie dans un environnement où les perspectives légitimes d’ascension sociale lui sont largement fermées.
Stéphanie Chaussoy, objet du désir d’Anthony, appartient à un milieu plus favorisé. Fille de commerçants, elle jouit d’une liberté relative et d’un capital culturel qui la distinguent. Belle, consciente de son pouvoir de séduction, elle incarne une féminité en construction, navigant entre conformisme social et velléités d’émancipation. Sa relation avec Anthony, faite d’attirances et de rejets, reflète les tensions de classe qui traversent la petite communauté d’Heillange.
Clément Bailly, ami d’Anthony, représente cette fraction de la jeunesse qui parvient à s’extraire de son milieu d’origine par le biais des études. Son parcours scolaire exemplaire lui ouvre des portes vers d’autres horizons. Cependant, cette ascension sociale s’accompagne d’un sentiment de trahison envers ses origines, illustrant parfaitement l’adage que Nicolas Mathieu place au cœur de son récit : “Réussir, c’est trahir”.
Les parents d’Anthony, Patrick et Hélène Casati, méritent une attention particulière tant ils incarnent l’effondrement des certitudes de la classe ouvrière. Patrick, ancien ouvrier métallurgiste au chômage, noie sa frustration dans l’alcool et la violence domestique. Sa masculinité blessée, privée du socle identitaire que constituait le travail, s’exprime dans une agressivité compensatoire. Hélène, quant à elle, oscille entre résignation et tentatives maladroites de préserver une dignité familiale mise à mal par les circonstances économiques.
Dans la récente adaptation cinématographique réalisée par les frères Boukherma, c’est le jeune acteur Paul Kircher qui prête ses traits à Anthony, livrant une performance saluée par la critique et récompensée du prix du meilleur espoir masculin à la Mostra de Venise. Ce casting illustre parfaitement la justesse psychologique des personnages créés par Mathieu, dont la complexité exige des interprètes capables de traduire les non-dits et les contradictions intérieures qui les habitent.
| Personnage | Milieu social | Aspirations | Obstacles |
|---|---|---|---|
| Anthony Casati | Classe ouvrière précarisée | Échapper au déterminisme social, conquérir Stéphanie | Manque de confiance, absence de capital économique et culturel |
| Hacine Bouali | Milieu populaire, origine immigrée | Reconnaissance sociale, pouvoir économique | Discrimination, stigmatisation, manque d’opportunités légitimes |
| Stéphanie Chaussoy | Petite bourgeoisie commerçante | Émancipation, exploration de sa féminité | Conformisme social, attentes familiales |
| Clément Bailly | Classe moyenne modeste | Ascension sociale par les études | Sentiment de trahison, déracinement culturel |
La relation entre Anthony et Stéphanie constitue l’un des axes émotionnels majeurs du récit. Nicolas Mathieu y déploie une finesse psychologique remarquable, captant les oscillations du désir adolescent, les jeux de pouvoir subtils et les incompréhensions qui naissent de backgrounds sociaux différents. Cette histoire d’amour impossible, traversée par les déterminismes de classe, illustre parfaitement les barrières invisibles qui structurent la société française contemporaine.
L’adaptation cinématographique de “Leurs enfants après eux”, réalisée par les frères jumeaux Ludovic et Zoran Boukherma, représente l’une des attentes majeures du cinéma français de ces dernières années. Produit par Hugo Sélignac et doté d’un budget conséquent de 12 millions d’euros, ce long-métrage constitue un tournant dans la carrière des deux cinéastes, jusqu’alors davantage identifiés au cinéma de genre avec des œuvres comme “Teddy” (2020) et “L’Année du requin” (2022).
Le passage du roman à l’écran a nécessité d’importants choix narratifs et esthétiques. Les frères Boukherma ont opté pour une condensation significative du matériau originel, se concentrant principalement sur le personnage d’Anthony et sur la structure narrative des quatre étés qui rythment le roman. Cette focalisation permet de maintenir une cohérence dramatique tout en sacrifiant inévitablement certaines ramifications secondaires du récit de Nicolas Mathieu. L’essence du propos demeure toutefois intacte: la chronique d’une jeunesse en quête d’identité dans une France périphérique désabusée.
Le casting constitue l’un des points forts de cette adaptation. Paul Kircher, révélé dans “Le Lycéen” de Christophe Honoré et confirmé dans “Le Règne animal” de Thomas Cailley, incarne Anthony avec une justesse saisissante. Sa performance lui a d’ailleurs valu le prix du meilleur espoir masculin lors de la Mostra de Venise, reconnaissance internationale qui témoigne de la qualité de son interprétation. À ses côtés, Angelina Woreth dans le rôle de Stéphanie et les comédiens chevronnés Ludivine Sagnier et Samuel Theis (dans les rôles des parents d’Anthony) apportent densité et crédibilité à ce portrait générationnel.
Sur le plan esthétique, les réalisateurs ont fait le choix d’une reconstitution minutieuse des années 1990, évitant soigneusement l’écueil d’une nostalgie facile. La direction artistique privilégie une approche réaliste, presque documentaire par moments, qui sied parfaitement à l’ancrage social du récit. La photographie, signée Marine Atlan, joue sur les contrastes entre la luminosité écrasante des étés caniculaires et l’obscurité des intérieurs modestes, traduisant visuellement les tensions qui traversent l’univers des personnages.
La bande originale, composée en partie de tubes des années 1990 (de Nirvana à NTM en passant par Mylène Farmer), participe pleinement à l’immersion temporelle tout en évitant le piège de la carte postale nostalgique. Ces références musicales constituent moins un exercice de style qu’une toile de fond authentique pour cette jeunesse dont les aspirations se formulent aussi à travers les produits culturels qu’elle consomme.
La réception critique du film témoigne d’un accueil globalement favorable, avec des éloges particuliers pour la performance de Paul Kircher et la justesse sociologique du propos. Certaines voix ont néanmoins souligné une tendance à “charger du côté de l’archétype et de la tension dramatique au risque de perdre en épaisseur”, comme le note un critique du journal Le Monde. Cette observation pointe l’un des défis majeurs de toute adaptation: trouver l’équilibre entre fidélité à l’œuvre originale et nécessités propres au médium cinématographique.
La sortie du film a permis de donner une nouvelle vie au roman de Nicolas Mathieu, déjà couronné par le Prix Goncourt en 2018. Les éditions Actes Sud ont d’ailleurs proposé une réédition avec une couverture reprenant l’affiche du film, illustrant parfaitement la synergie entre littérature et cinéma. Cette adaptation s’inscrit dans une tradition française qui, depuis la Nouvelle Vague, entretient des liens étroits entre ces deux arts narratifs.
| Aspect de l’adaptation | Choix des réalisateurs | Réception critique |
|---|---|---|
| Structure narrative | Conservation des quatre étés, focalisation sur Anthony | Saluée pour sa cohérence mais critiquée pour certaines simplifications |
| Direction d’acteurs | Mélange d’acteurs confirmés et de jeunes talents | Performances unanimement saluées, particulièrement celle de Paul Kircher |
| Esthétique visuelle | Réalisme social, reconstitution minutieuse des années 1990 | Appréciée pour son authenticité et sa sobriété |
| Bande sonore | Intégration organique de la musique d’époque | Considérée comme pertinente et évitant la nostalgie facile |
Si “Leurs enfants après eux” s’ancre profondément dans une réalité sociale spécifique – celle d’une France désindustrialisée des années 1990 – sa résonance dépasse largement ce cadre pour toucher à des problématiques universelles. Nicolas Mathieu transcende le simple portrait sociologique pour explorer des questionnements fondamentaux qui traversent la condition humaine, particulièrement celle de l’adolescence.
La quête identitaire constitue sans doute le fil rouge le plus évident du récit. Chaque personnage, à sa manière, tente de répondre à cette question essentielle : qui suis-je et qui puis-je devenir ? Pour Anthony, cette interrogation se manifeste dans sa tension entre l’acceptation de son milieu d’origine et son désir d’échapper au destin prévisible qui semble lui être assigné. Pour Stéphanie, elle prend la forme d’une exploration de sa féminité et de son pouvoir de séduction comme instruments potentiels d’émancipation. Pour Hacine, elle se traduit par une négociation constante entre différentes appartenances culturelles et sociales.
La transmission intergénérationnelle, annoncée dès le titre biblique du roman, forme une autre thématique cardinale de l’œuvre. “Ce sont leurs enfants après eux qui témoigneront de leur honte” – cette phrase tirée du livre de la Sagesse du Siracide interroge la nature de l’héritage, matériel et immatériel, que chaque génération lègue à la suivante. Dans le contexte du roman, cette transmission apparaît largement dysfonctionnelle : les parents, eux-mêmes blessés par l’effondrement d’un monde industriel qui structurait leur identité, se révèlent souvent incapables d’offrir à leurs enfants les outils nécessaires pour s’épanouir dans un monde en mutation.
La relation au territoire constitue également un axe majeur de réflexion. Heillange n’est pas qu’un simple décor : c’est un espace qui détermine largement les possibilités d’existence de ses habitants. La tension entre l’attachement au lieu natal et le désir d’ailleurs traverse l’ensemble du récit. Comme l’exprime l’un des personnages, tous rêvent de “foutre le camp”, mais cet ailleurs fantasmé reste généralement à l’état de chimère inaccessible. Cette ambivalence du rapport au territoire fait écho à de nombreuses situations contemporaines, où la mobilité géographique apparaît simultanément comme une promesse de liberté et comme un facteur d’inégalité sociale.
La corporéité et la sexualité émergent comme des thématiques essentielles dans cette chronique adolescente. Nicolas Mathieu décrit avec une précision clinique les transformations physiques, les désirs naissants, les expérimentations maladroites qui caractérisent cette période charnière. Le corps adolescent devient le lieu où s’inscrivent les tensions sociales et les aspirations contrariées : corps désirant et désiré pour certains, corps méprisé et source de honte pour d’autres. Les éditions Gallimard Jeunesse proposent d’ailleurs aux enseignants des pistes pédagogiques pour aborder ces aspects du roman avec un public adolescent.
La violence, sous ses multiples formes, imprègne l’ensemble du récit. Violence économique de la désindustrialisation qui prive des communautés entières de leur dignité et de leurs repères. Violence familiale, comme celle que Patrick Casati inflige à son fils et à sa femme. Violence symbolique des institutions qui consacrent les inégalités tout en prétendant les combattre. Violence intériorisée, enfin, qui pousse certains personnages à l’autodestruction. Cette omniprésence de la violence n’a pourtant rien de gratuit : elle constitue la toile de fond réaliste d’un monde social fracturé.
La dimension politique du roman, bien que jamais didactique, transparaît à travers ces différentes thématiques. Sans jamais tomber dans le manifeste idéologique, Nicolas Mathieu propose une radiographie implacable des mécanismes de reproduction sociale et des inégalités structurelles qui traversent la société française contemporaine. Cette acuité sociologique explique en partie la résonance particulière qu’a eue le roman lors de sa parution, en pleine période de mouvements sociaux questionnant justement ces fractures territoriales et sociales.
| Thématique | Expression dans le roman | Dimension universelle |
|---|---|---|
| Quête identitaire | Parcours |
Je suis un écrivain passionné par la lecture et l’écriture. J’ai choisi d’exprimer mes opinions et mes observations sur mon blog, où je publie souvent des articles sur des sujets qui me sont chers. Je m’intéresse aussi beaucoup aux préoccupations sociales, que j’aborde souvent dans mon travail. J’espère que vous apprécierez mes articles et qu’ils vous inciteront à réfléchir vous aussi à ces sujets. N’hésitez pas à me laisser un commentaire pour me faire part de vos réflexions !