L’essentiel à retenir
- La Palme d’or existe sous ce nom depuis 1955, après une période où le Grand Prix tenait lieu de récompense suprême.
- Le palmarès total dépasse les 70 titres et raconte une histoire du cinéma mondial, avec des ex æquo, des scandales et des œuvres devenues mythiques.
- De « Pulp Fiction » à « Parasite », certains lauréats ont quitté la Croisette pour entrer immédiatement dans la culture populaire mondiale.
La chronologie complète des lauréats
Voici la liste des films récompensés, reconstituée à partir du palmarès officiel du Festival de Cannes et des recensements publiés par Elle et Avoir Alire.
| Année | Film récompensé |
|---|---|
| 1955 | « Marty », de Delbert Mann |
| 1956 | « Le Monde du silence », de Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle |
| 1957 | « La Loi du seigneur », de William Wyler |
| 1958 | « Quand passent les cigognes », de Mikhaïl Kalatozov |
| 1959 | « Orfeu Negro », de Marcel Camus |
| 1960 | « La Dolce Vita », de Federico Fellini |
| 1961 | « Une aussi longue absence », d’Henri Colpi |
| 1962 | « O Pagador de Promessas », d’Anselmo Duarte |
| 1963 | « Le Guépard », de Luchino Visconti |
| 1964 | « Les Parapluies de Cherbourg », de Jacques Demy |
| 1965 | « The Knack… and How to Get It », de Richard Lester |
| 1966 | « Un homme et une femme », de Claude Lelouch |
| 1967 | « Blow-Up », de Michelangelo Antonioni |
| 1968 | Pas de Palme décernée — Festival interrompu en mai 1968 |
| 1969 | « If…. », de Lindsay Anderson |
| 1970 | « MASH », de Robert Altman |
| 1971 | « Le Messager », de Joseph Losey |
| 1972 | Ex æquo : « La Classe ouvrière va au paradis » (Elio Petri) et « L’Affaire Mattei » (Francesco Rosi) |
| 1973 | Ex æquo : « L’Épouvantail » (Jerry Schatzberg) et « La Méprise » (Alan Bridges) |
| 1974 | « Conversation secrète », de Francis Ford Coppola |
| 1975 | « Chronique des années de braise », de Mohammed Lakhdar-Hamina |
| 1976 | « Taxi Driver », de Martin Scorsese |
| 1977 | « Padre Padrone », de Paolo et Vittorio Taviani |
| 1978 | « L’Arbre aux sabots », d’Ermanno Olmi |
| 1979 | Ex æquo : « Apocalypse Now » (Francis Ford Coppola) et « Le Tambour » (Volker Schlöndorff) |
| 1980 | Ex æquo : « All That Jazz » (Bob Fosse) et « Kagemusha » (Akira Kurosawa) |
| 1981 | « L’Homme de fer », d’Andrzej Wajda |
| 1982 | Ex æquo : « Missing » (Costa-Gavras) et « Yol » (Şerif Gören et Yılmaz Güney) |
| 1983 | « La Ballade de Narayama », de Shōhei Imamura |
| 1984 | « Paris, Texas », de Wim Wenders |
| 1985 | « Papa est en voyage d’affaires », d’Emir Kusturica |
| 1986 | « Mission », de Roland Joffé |
| 1987 | « Sous le soleil de Satan », de Maurice Pialat |
| 1988 | « Pelle le conquérant », de Bille August |
| 1989 | « Sexe, mensonges et vidéo », de Steven Soderbergh |
| 1990 | « Sailor et Lula », de David Lynch |
| 1991 | « Barton Fink », de Joel et Ethan Coen |
| 1992 | « Les Meilleures Intentions », de Bille August |
| 1993 | Ex æquo : « La Leçon de piano » (Jane Campion) et « Adieu ma concubine » (Chen Kaige) |
| 1994 | « Pulp Fiction », de Quentin Tarantino |
| 1995 | « Underground », d’Emir Kusturica |
| 1996 | « Secrets et mensonges », de Mike Leigh |
| 1997 | « L’Anguille », de Shōhei Imamura |
| 1998 | « L’Éternité et un jour », de Theo Angelopoulos |
| 1999 | « Rosetta », de Jean-Pierre et Luc Dardenne |
| 2000 | « Dancer in the Dark », de Lars von Trier |
| 2001 | « La Chambre du fils », de Nanni Moretti |
| 2002 | « Le Pianiste », de Roman Polanski |
| 2003 | « Elephant », de Gus Van Sant |
| 2004 | « Fahrenheit 9/11 », de Michael Moore |
| 2005 | « L’Enfant », de Jean-Pierre et Luc Dardenne |
| 2006 | « Le Vent se lève », de Ken Loach |
| 2007 | « 4 mois, 3 semaines, 2 jours », de Cristian Mungiu |
| 2008 | « Entre les murs », de Laurent Cantet |
| 2009 | « Le Ruban blanc », de Michael Haneke |
| 2010 | « Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures », d’Apichatpong Weerasethakul |
| 2011 | « The Tree of Life », de Terrence Malick |
| 2012 | « Amour », de Michael Haneke |
| 2013 | « La Vie d’Adèle », d’Abdellatif Kechiche |
| 2014 | « Winter Sleep », de Nuri Bilge Ceylan |
| 2015 | « Dheepan », de Jacques Audiard |
| 2016 | « Moi, Daniel Blake », de Ken Loach |
| 2017 | « The Square », de Ruben Östlund |
| 2018 | « Une affaire de famille », de Hirokazu Kore-eda |
| 2019 | « Parasite », de Bong Joon-ho |
| 2020 | Aucune Palme décernée cette année-là |
| 2021 | « Titane », de Julia Ducournau |
| 2022 | « Sans filtre », de Ruben Östlund |
| 2023 | « Anatomie d’une chute », de Justine Triet (scénario co-écrit avec Arthur Harari) |
| 2024 | « Anora », de Sean Baker |
| 2025 | « Un simple accident », de Jafar Panahi |
Cette frise donne le vertige pour une raison simple : elle mêle des films devenus canoniques et d’autres qu’il faut presque arracher à l’oubli. C’est précisément ce mélange qui fait la beauté parfois irritante de Cannes : une Palme n’est pas un certificat de popularité, c’est une intuition de jury gravée dans le temps.
La Palme n’est pas née reine
La Palme d’or devient la récompense suprême du Festival en 1955, alors qu’entre 1939 et 1954 le sommet du palmarès portait le nom de Grand Prix du Festival International du Film. Cette naissance tardive explique une chose essentielle : Cannes n’a jamais cessé de redéfinir sa propre légende, comme si le festival refusait d’être figé dans le marbre.
Selon Elle, plus de 70 films ont été distingués depuis la création de la Palme. Et la géographie du palmarès reste fascinante : d’après Statista, les États-Unis comptaient 13 victoires, la France 7 et l’Italie 5, signe que Cannes adore les auteurs mais n’a jamais tourné le dos aux cinémas capables d’imposer un imaginaire mondial.
Ce qui trouble, c’est que la Palme n’épouse pas toujours le goût immédiat. Le festival peut adorer un film hué, négligé à sa sortie, puis adoré dix ans plus tard, comme il peut saluer une œuvre qui devient tout de suite un phénomène. C’est cette part de pari, presque de risque, qui la rend si différente d’un simple classement annuel.
Les secousses qui ont changé la Croisette
Il y a des éditions où la Palme semble sortir d’un consensus poli. Et puis il y a les années qui laissent une cicatrice, comme 1987, lorsque « Sous le soleil de Satan » de Maurice Pialat est accueilli dans une atmosphère de huées et d’insultes. Cannes adore ce point de bascule où un film devient plus qu’un film, presque un test de nerfs.
En 2019, « Parasite » a produit un autre type de choc. Le Festival de Cannes souligne que le film a frôlé les 200 récompenses internationales et qu’il est devenu seulement le deuxième lauréat de la Palme à remporter ensuite l’Oscar du meilleur film. Il précise aussi qu’il s’agit de la première Palme attribuée à un réalisateur coréen — et en France le film est devenu la Palme d’or la plus vue depuis quinze ans. Retrouvez la filmographie complète de Bong Joon-ho sur NR Magazine.
2021 a marqué un autre tournant avec « Titane ». Julia Ducournau est devenue la deuxième femme à remporter la Palme d’or dans toute l’histoire du festival, ce qui en dit long sur la lenteur de la Croisette à corriger ses angles morts. Vincent Lindon, acteur principal du film, a incarné dans ce long-métrage transgressif une paternité de substitution qui a dérouté autant qu’elle a fasciné.
Deux ans plus tard, « Anatomie d’une chute » de Justine Triet a replacé un drame français, intime et acéré, au centre du jeu mondial. Le scénario, co-écrit avec Arthur Harari, a ensuite décroché le Golden Globe du meilleur scénario, confirmant que Cannes avait vu juste bien avant Hollywood.
Puis est arrivé « Anora », conte nerveux signé Sean Baker, porté par Mikey Madison, avec 47,4 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget de 6 millions. Un an plus tard, la Palme 2025 a couronné « Un simple accident » de Jafar Panahi, cinéaste empêché de quitter son pays pendant quatorze ans, ce qui rend ce sacre presque électrique.
Les films que Cannes ne lâche plus
Certains titres quittent la Croisette avec une odeur de légende immédiate. « Pulp Fiction » appartient à cette famille : Quentin Tarantino a tordu la narration des années 1990 jusqu’à la rendre méconnaissable, en récoltant à Cannes la Palme au nez et à la barbe de films plus sages qui n’ont pas survécu à l’épreuve du temps.
« Le Pianiste » de Roman Polanski a lui aussi cristallisé une émotion rare en 2002, celle d’un film qui transcende son sujet pour toucher quelque chose d’universel sur la survie et la musique. Et les frères Coen, avec « Barton Fink » en 1991, avaient déjà démontré qu’un jury cannois peut couronner l’absurde avec autant de conviction qu’un drame classique.
Le palmarès récent a aussi renforcé une idée très française du trouble. « Anatomie d’une chute » témoigne de la présence durable du cinéma français dans l’écosystème critique international, pendant que « Anora » montre comment une Palme peut très vite sortir du cercle des initiés pour embraser les réseaux. En 2025, le CNC notait que sept des huit prix du festival étaient revenus à des œuvres françaises ou coproduites avec la France. Lou Gala illustre parfaitement cette dynamique où le festival agit comme un amplificateur durable pour les artistes gravitant autour de la sélection officielle.
Deux séquences qui disent Cannes
Pour saisir ce qu’une Palme provoque au-delà des titres, il faut regarder les visages, la gêne, la fierté, parfois l’épuisement. La conférence de presse d’« Anatomie d’une chute » et le débat critique autour de « Parasite » montrent deux états de la même fièvre : un film qui se défend encore, et un autre qui a déjà basculé dans la ferveur.
Au fond, la liste complète des Palmes d’or ressemble moins à un palmarès qu’à une autobiographie nerveuse du cinéma mondial. On y croise des chefs-d’œuvre installés, des paris fragiles, des films qui divisent encore, et cette vérité très cannoise : un jury ne choisit jamais seulement ce qu’il aime, il choisit ce qu’il veut laisser derrière lui.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



