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    Nrmagazine » Love & Death : l’histoire vraie derrière la série
    Blog Entertainment 2 juin 20268 Minutes de Lecture

    Love & Death : l’histoire vraie derrière la série

    Disponible sur Netflix depuis le 14 mars 2026, la mini-série Love & Death revient sur l'un des faits divers les plus dérangeants de l'Amérique des années 1980 : une femme modèle, pilier de son église, qui massacre sa meilleure amie à coups de hache, et repart libre. Elizabeth Olsen incarne cette contradiction ambulante avec une précision qui met mal à l'aise. Comme il se doit.
    love & death
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    On commence par ce chiffre, parce qu’il y a des chiffres qu’on ne lâche pas : 41 coups de hache. Pas un. Pas cinq. Quarante et un. C’est le nombre de fois que Candace “Candy” Montgomery a abattu la lame sur le corps de Betty Gore, dans la buanderie de sa maison de Wylie, Texas, le 13 juin 1980. Betty avait 30 ans, un nourrisson à l’étage, et l’outrecuidance d’avoir découvert que son mari couchait avec la femme du banc d’en face à la messe du dimanche. L’affaire Montgomery-Gore est entrée dans l’histoire criminelle américaine pour une raison simple et révoltante : malgré tout ça, Candy a été acquittée.

    C’est sur ce paradoxe que David E. Kelley, scénariste qu’on ne présente plus, le même derrière Big Little Lies et The Undoing, a construit sa mini-série en sept épisodes, diffusée sur HBO Max avant de rejoindre Netflix. « C’était tout simplement trop alléchant, trop riche, trop appétissant pour que je puisse y renoncer », a-t-il confié au Herald Sun. On peut difficilement lui donner tort, même si le mot “alléchant” pour qualifier une femme massacrée à la hache reste, attention euphémisme, un choix éditorial.

    Texas, 1978 : l’ennui comme mobile du crime

    Pour comprendre l’affaire, il faut d’abord comprendre le décor. Wylie, Texas, fin des années 1970 : maisons identiques, voitures identiques, sourires identiques. Candy Montgomery est une femme au foyer de 30 ans, mariée à Pat Montgomery, mère de famille investie, membre active de l’église méthodiste locale. Elle chante dans la chorale, organise les sorties scolaires, a les dents bien blanches. Et s’emmerde à mourir.

    C’est dans ce contexte que Candy décide, froidement, rationnellement, presque administrativement, de prendre un amant. Son choix se porte sur Allan Gore, le mari de Betty, sa voisine de chœur, la femme avec qui elle déjeune, dont la fille aînée dort régulièrement chez elle. La liaison commence le 12 décembre 1978, alors que Betty est enceinte de leur deuxième enfant. Les deux amants posent des règles explicites : pas d’implication sentimentale, discrétion absolue, arrêt sur demande. Un adultère contractualisé comme un accord de sous-location, dans le Texas profond des années Carter.

    La relation dure jusqu’en octobre 1979. Candy y met fin. Allan accepte. Betty ne sait rien, officiellement. Pendant des mois, la vie reprend son cours normal, ses barbecues, ses messes, ses casseroles de gratin apportées aux voisins malades. Puis vient le 13 juin 1980.

    Le “Shhh” qui a tout déclenché (si on en croit la défense)

    Ce matin-là, Candy passe chez les Gore récupérer un maillot de bain pour la fille de Betty, qui dort chez elle. Betty est là. L’accueil est froid. Betty connaît la liaison. Les deux femmes se retrouvent face à face dans la buanderie. Betty sort une hache de trois pieds, parce que, oui, dans cette histoire, il y a une hache rangée dans la buanderie, détail que le Texas ne juge apparemment pas nécessaire de commenter. La confrontation dégénère.

    Ce que Candy déclare à la barre, le 23 octobre 1980, est à la fois la version des faits la plus plausible et la plus sidérante. Betty l’aurait attaquée en premier. Candy aurait saisi la hache. Et au moment où elle s’apprêtait à partir, Betty aurait dit : « Shhh. » Un seul mot. Et là, quelque chose a craqué.

    Le psychiatre de la défense, le Dr Fred Fason, qui avait placé sa cliente sous hypnose, sort alors l’explication du siècle : ce « Shhh » aurait renvoyé Candy à un souvenir d’enfance, à l’âge de quatre ans, quand sa mère l’avait rabrouée de la même manière après une blessure. Des décennies de rage comprimée, libérées en une fraction de seconde. Quarante et un coups. Pour un “Shhh”. On ne dira pas que c’est impossible. On dira que ça prête quand même à discussion. Des experts médico-légaux cités par A&E True Crime pensent la même chose.

    « Je n’ai pas réfléchi. J’ai levé la hache et je l’ai frappée, et je l’ai frappée, et je l’ai frappée et je l’ai frappée. », Candy Montgomery, à la barre de sa propre défense, octobre 1980.

    Après le massacre, Candy prend une douche dans la maison des Gore, le nourrisson est toujours à l’étage. Elle rentre chez elle, se change, détruit ses sandales ensanglantées, et rejoint ses amis à l’église pour déjeuner. La police pense d’abord à un tueur en série en liberté. Avant qu’Allan Gore, rentrant de voyage d’affaires le soir, appelle ses voisins parce que sa femme ne répond plus au téléphone.

    Acquittée, et c’est là que ça fait vraiment mal

    Le procès s’ouvre en octobre 1980 à McKinney, Texas. L’accusation a le profil parfait : une femme qui a avoué le meurtre, pris une douche sur les lieux du crime, détruit des preuves, et laissé un nourrisson seul pendant des heures. Le jury délibère deux heures. Le verdict tombe le 29 octobre 1980 : non coupable.

    Un juré expliquera plus tard au Dallas Morning News que le nombre de coups « n’a jamais eu de poids dans le verdict », que ce soit un coup de feu ou mille coups de hache, ça ne changeait rien à la légitimité de la défense. La foule à la sortie du tribunal crie “Meurtrière !” Candy quitte le Texas avec son mari et ses enfants, s’installe en Géorgie. Le couple divorcera peu après. Elle reprend son nom de jeune fille, Candace Wheeler, et devient conseillère familiale. Elle a aujourd’hui 76 ans et vit toujours en Géorgie, d’après Biography.com.

    Betty Gore, elle, a 30 ans pour l’éternité.

    Elizabeth Olsen face au monstre ordinaire

    Ce que Love & Death réussit mieux que son concurrent direct, Candy, la série Hulu avec Jessica Biel sortie un an plus tôt en 2022, c’est précisément de ne pas choisir de camp trop vite. Lesli Linka Glatter, à la réalisation, installe une lenteur de thriller climatique qui colle au sujet : la banalité du mal de banlieue, l’étouffement tranquille du bonheur conforme, l’adultère comme révolution personnelle dans un monde où les femmes de 30 ans étaient supposées se satisfaire du gratin dauphinois et de la chorale paroissiale.

    Elizabeth Olsen livre une performance qui mérite mieux que les comparaisons MCU qu’on lui colle depuis dix ans. Elle joue la normalité comme un masque, et c’est le masque qui fait peur, pas ce qu’il cache. Jesse Plemons en Allan Gore est, comme toujours, insaisissable : lâche et émouvant dans le même plan. Lily Rabe compose une Betty complexe, ni sainte ni stéréotype. Tom Pelphrey en avocat de la défense vole quasiment la dernière partie de la série. Beau casting, beau travail, série qui aurait mérité qu’on en parle davantage.

    L’affaire comme miroir, ou pourquoi ça parle encore en 2026

    L’affaire Candy Montgomery n’est pas qu’un fait divers. C’est un document sociologique sur ce que l’Amérique protestante des années 1980 faisait aux femmes, et sur ce que certaines femmes finissaient par faire en retour. Kelley l’avait déjà creusé dans Big Little Lies : la violence enfouie derrière les façades proprettes, l’explosion inévitable. Ici, l’originalité, c’est qu’il n’y a pas de vrai méchant au sens narratif du terme. Juste des gens ordinaires dans une boîte trop petite, dont l’un d’eux a fini par prendre une hache.

    La série s’appuie sur le livre Evidence of Love : A True Story of Passion and Death in the Suburbs, publié en 1984 par John Bloom et Jim Atkinson, ainsi que sur un reportage du magazine Texas Monthly de la même année. Ce sont des sources solides, factuelles, qui ancrent le récit dans une réalité documentée bien au-delà du true crime spectacle. Ce qui explique que Love & Death tienne mieux la durée que beaucoup de ses concurrents du genre.

    Arrivée sur Netflix le 14 mars 2026, la mini-série connaît une seconde vie méritée. Les algorithmes de la plateforme l’ont remise en avant, et on peut supposer que l’arrivée de nouveaux abonnés français qui n’avaient pas Canal+ en 2023 explique en partie le regain de recherches autour de l’histoire vraie.

    Le vrai problème de cette histoire

    On pourrait débattre des heures de la validité de la défense psychiatrique, du rôle du genre dans l’acquittement, beaucoup d’observateurs ont noté que le jury, composé de neuf femmes, a peut-être davantage entendu l’étouffement qu’implique la vie de Candy que les 41 coups portés sur Betty. On pourrait aussi discuter de l’écart vertigineux entre la violence des faits et la légèreté apparente avec laquelle Candy a traversé l’après-midi du 13 juin 1980 : la douche, le déjeuner entre amis, les gosses à récupérer à la Bible School.

    Ce que Love & Death pose, et qu’aucune série ne peut vraiment résoudre, c’est une question simple et nauséabonde : que faut-il exactement pour qu’une personne ordinaire devienne capable de ça ? Bob Pomeroy, le père de Betty Gore, avait résumé ça mieux que tout le monde après le verdict : « On ne sait pas ce qui s’est passé, et on ne le saura jamais. »

    Candy Montgomery, 76 ans, quelque part en Géorgie, répond peut-être à des patients en thérapie familiale en ce moment même. C’est une pensée avec laquelle on peut aller se coucher.

     

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    Vincent
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    Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.

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