À emporter en un clin d’œil
- Meilleur film : L’Attachement de Carine Tardieu — le grand sacre de la soirée.
- Grand favori récompensé : Nouvelle Vague de Richard Linklater rafle 4 César (réalisation, montage, costumes, photographie).
- Présidente : Camille Cottin, maître de cérémonie Benjamin Lavernhe.
- Invité d’honneur : Jim Carrey, statuette honorifique en poche.
- Date choc : Jeudi au lieu du traditionnel vendredi, pour laisser place aux Enfoirés.
- Diffusion : Canal+ et CStar, en clair dès 20h45.
Un jeudi qui détonne
Pourquoi ce jeudi 26 février ? L’Académie l’explique sans détour : solidarité avec les Enfoirés, programmés le lendemain. Canal+ et les organisateurs ont décalé la grand-messe du cinéma français pour ne pas voler la vedette à la cause des Restos du Cœur. Résultat ? Une Olympia bondée, des stars alignées sur un tapis rouge étincelant dès 19h25. Alexandra Lamy en robe écarlate, Léna Situations osant le pantalon large, Leïla Bekhti et Marina Foïs rivalisant d’élégance. L’air vibre d’une tension palpable.
Benjamin Lavernhe, sociétaire de la Comédie-Française, assure le show avec un humour ciselé. Camille Cottin préside, sourire complice. Et Jim Carrey ? L’acteur américain, ovni au milieu des Français, reçoit son César d’honneur sous une standing ovation. « Le cinéma français m’a inspiré des folies« , lâche-t-il dans un français approximatif. La foule explose.
Les favoris avant le verdict
Depuis les nominations du 27 janvier, un film domine : Nouvelle Vague de Richard Linklater. Dix citations ! Un hommage vibrant à Godard et à la Nouvelle Vague, avec Guillaume Marbeck en tête d’affiche. Derrière, un trio à huit nominations chacun : L’Attachement de Carine Tardieu, drame familial poignant ; Dossier 137 de Dominik Moll, thriller implacable ; L’Inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier, mystère urbain.
La Petite Dernière d’Hafsia Herzi suit avec sept nominations, tandis que La Femme la plus riche du monde cartonne à six. Paradoxe : Un simple accident de Jafar Panahi, Palme d’or à Cannes, n’accroche que deux nominations. L’Académie française snobe-t-elle les étrangers ? La salle bouillonne de ces débats.
« Cette édition célèbre la diversité : drames intimes, polars, animation. Un millésime rare. » – Écho d’un académicien.
Le palmarès : triomphes et surprises
La soirée déroule ses prix un à un. L’Attachement de Carine Tardieu s’impose comme le grand vainqueur de la nuit : meilleur film, meilleure actrice dans un second rôle pour Vimala Pons, meilleure adaptation. Un film sobre, humain, qui a su convaincre les 5 000 membres de l’Académie là où les blockbusters stagnaient. Nouvelle Vague, favori à dix nominations, ne décroche « que » quatre César — mais quels quatre : réalisation, montage, costumes, photographie.
Côté interprétation masculine, la surprise vient de Laurent Lafitte, sacré meilleur acteur pour La Femme la plus riche du monde. Un rôle de composition inattendu pour l’habitué des comédies, qui a visiblement bluffé les votants. Pierre Lottin remporte le César du second rôle masculin pour L’Étranger, confirmation d’une carrière en pleine ascension.
Les grandes batailles d’interprétation
Meilleure actrice : la bataille était serrée entre Léïla Bekhti, Valeria Bruni Tedeschi, Léa Drucker, Isabelle Huppert et Mélanie Thierry. C’est Léa Drucker qui l’emporte pour Dossier 137, un rôle de procureure rongée par le doute face à des violences policières — puissant, juste, inoubliable. Côté second rôle féminin, Vimala Pons triomphe dans L’Attachement, portant à elle seule l’émotion de plusieurs scènes clés. Franck Dubosc, enfin, remporte le premier César de sa carrière pour le scénario original de Un ours dans le Jura, coécrit avec Sarah Kaminsky. La salle, surprise, se lève.
Tableau des grands vainqueurs
| Catégorie | Lauréat(e) | Film |
|---|---|---|
| Meilleur film | Carine Tardieu | L’Attachement |
| Meilleure réalisation | Richard Linklater | Nouvelle Vague |
| Meilleur acteur | Laurent Lafitte | La Femme la plus riche du monde |
| Meilleure actrice | Léa Drucker | Dossier 137 |
| Meilleur acteur 2nd rôle | Pierre Lottin | L’Étranger |
| Meilleure actrice 2nd rôle | Vimala Pons | L’Attachement |
| Meilleur scénario original | Franck Dubosc & Sarah Kaminsky | Un ours dans le Jura |
| Meilleure adaptation | — | L’Attachement |
| Meilleur film étranger | Paul Thomas Anderson | Une bataille après l’autre |
| Meilleure musique originale | — | Arco |
| Meilleurs décors | — | L’Inconnu de la Grande Arche |
| Meilleurs effets visuels | — | L’Inconnu de la Grande Arche |
| Meilleurs costumes | — | Nouvelle Vague |
| Meilleur montage | — | Nouvelle Vague |
| Meilleure photographie | — | Nouvelle Vague |
| Meilleur film documentaire | — | Le Chant des forêts |
| Meilleur son | — | Le Chant des forêts |
| Meilleur court métrage fiction | — | Mort d’un acteur |
| Meilleur court métrage documentaire | — | Au bain des dames |
| Meilleur court métrage animation | — | La Fille de l’eau |
| César d’honneur | Jim Carrey | — |
Anecdotes qui ont marqué les esprits
Rappelez-vous 2025 : Emilia Pérez de Jacques Audiard rafle six César. Cette année, Linklater, Texan amoureux de Godard, provoque un paradoxe délicieux : un Américain célébrant le cinéma français le plus pur et repartant avec la statuette de la meilleure réalisation, remise des mains de David Cronenberg lui-même. Guillaume Marbeck, nommé espoir, raconte en coulisses : « J’ai pleuré en apprenant pour Godard. Ce film, c’est mon hommage personnel. »
Statistique choc : sur 51 éditions, seules trois femmes ont gagné la réalisation avant 2026. Carine Tardieu ne repart pas avec ce trophée, mais elle emporte le graal suprême — le meilleur film — ce qui est autrement plus rare et symbolique. Les espoirs féminins explosent : 45 % des nominations chez les jeunes talents. L’Académie évolue, lentement mais sûrement.
Autre moment fort : Franck Dubosc, scénario original pour Un ours dans le Jura, coécrit avec Sarah Kaminsky. L’humoriste, habitué des plateaux TV, conquiert le cinéma sérieux et monte sur scène sous les applaudissements. Rire dans la salle, puis silence ému. Alice Diop, en remettant le César du meilleur court métrage documentaire à Au bain des dames, rend hommage au cinéaste Frederick Wiseman, décédé le 16 février à 96 ans. Un instant de grâce collective.
Pourquoi cette édition change tout
Les César 2026 ne sont pas qu’une soirée. C’est un miroir du cinéma français post-pandémie : résilient, audacieux. L’Attachement sacré meilleur film porte un regard lucide sur les liens familiaux et la résilience. Arco, primé pour sa musique, prouve que l’animation française a quelque chose à dire. Le Chant des forêts, double lauréat (son et documentaire), alerte sur le vivant et la transmission intergénérationnelle au cœur des Vosges.
Jim Carrey, en recevant son prix, improvise un sketch sur Mask meets À bout de souffle. La salle hurle de rire. Ce jeudi-là, le cinéma français s’ouvre au monde, sans perdre son âme.
Des milliers de spectateurs devant Canal+ et CStar. Près de 5 000 académiciens ont voté. Résultat : un palmarès équilibré, où l’émotion l’emporte sur le consensus tiède. L’Attachement ne faisait pas l’unanimité des pronostics — c’est précisément ce qui rend ce palmarès mémorable.
Les robes et les discours qui buzzent
Tapis rouge : Léna Situations casse les codes avec un look streetwear chic. Marina Foïs, sobre en noir, vole la vedette. Alexandra Lamy, icône TV, rayonne en rouge passion.
Discours inoubliables : Léa Drucker, César en main, rend hommage aux victimes de violences policières représentées dans Dossier 137. Franck Dubosc, ému aux larmes, remercie Sarah Kaminsky sans qui « ce film n’aurait pas existé ». Et Golshifteh Farahani, avant de remettre son prix, prononce un discours poignant en mémoire des victimes iraniennes. Frissons garantis.
L’héritage d’une nuit agitée
Au-delà des statuettes, ces César propulsent des carrières. Carine Tardieu, enfin consacrée, s’impose parmi les grandes voix du cinéma d’auteur français. Laurent Lafitte surprend tout le monde et prouve qu’il peut jouer dans une autre cour. Hafsia Herzi, nominée à la réalisation pour La Petite Dernière, sort de la soirée sans César mais avec la reconnaissance d’une industrie qui l’observe désormais avec d’autres yeux.
Dans les rues de Paris, le lendemain matin, on parle déjà des prochains. Cette 51e édition, décalée, honorifique, humaine, redonne foi au septième art. Le cinéma français vibre, prêt pour la suite.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



