On a beau avoir pris Spider-Man en pleine figure à répétition depuis 2002, le débat ne s’éteint jamais : quel film du tisseur mérite vraiment de grimper au sommet de la toile ? Rotten Tomatoes a tranché, et forcément, ça relance la guerre des clans autour de Tobey Maguire, Andrew Garfield, Tom Holland et du Spider-Verse.
Depuis le premier Spider-Man de Sam Raimi en 2002, la franchise a changé de costume plus souvent que Peter Parker ne change de plan de vie. Trois films avec Tobey Maguire entre 2002 et 2007, un reboot en 2012 avec Andrew Garfield sous la houlette de Marc Webb, puis l’intégration de Tom Holland au Marvel Cinematic Universe à partir de Captain America: Civil War en 2016 : le personnage est devenu un cas d’école de la logique industrielle hollywoodienne. Refaire, relancer, recoller les morceaux, capitaliser sur la nostalgie, injecter un peu de neuf et recommencer. La machine à fantasmes ne s’arrête jamais, surtout quand elle rapporte gros. Spider-Man: No Way Home a ainsi dépassé 1,9 milliard de dollars au box-office mondial en 2021, preuve que la poule aux œufs d’or a encore de beaux jours devant elle.
Sauf que le classement de Rotten Tomatoes ne récompense pas seulement la nostalgie ou le fan service : il met surtout en avant les films qui ont compris comment faire évoluer Spider-Man sans lui casser les reins.
Le vieux monde a encore du répondant
En apparence, on pourrait croire que les films les plus récents écrasent tout, parce que Marvel sait emballer ses produits comme personne. Mais la hiérarchie de Rotten Tomatoes raconte autre chose : les deux Raimi, le Holland de Jon Watts et les deux Spider-Verse dominent la conversation critique, chacun à leur manière. Spider-Man 2 (2004), avec Tobey Maguire, Kirsten Dunst, Alfred Molina et Rosemary Harris, reste l’un des sommets du genre avec 93 % d’avis favorables. Et ce n’est pas un hasard si le film continue d’être cité comme l’un des rares blockbusters de super-héros à avoir compris que le vrai combat de Peter Parker, c’est la responsabilité, pas juste les cascades en CGI.
Sam Raimi, lui, avait déjà trouvé la formule en 2002 : un sens du mélodrame, une vraie gravité dans le costume, et cette manière de filmer la ville comme un terrain de jeu autant que comme un piège. Dans Spider-Man 2, le conflit intérieur de Peter, partagé entre son boulot, ses dettes, Aunt May et Mary Jane, donne au long métrage une densité que beaucoup de franchises actuelles aimeraient bien acheter au rayon promo. Le film ne vend pas une mythologie, il la fait saigner un peu. Et c’est précisément pour ça qu’il tient encore si bien la route.
Tom Holland, l’élève modèle qui a compris le devoir
Avec Spider-Man: Homecoming (2017), Jon Watts et son équipe ont fait un choix malin : ne pas rejouer l’énième scène de l’araignée et du destin, et aller droit au but. Peter Parker y est déjà installé dans son quotidien de lycéen de Queens, avec Tony Stark en mentor encombrant, une MJ incarnée par Zendaya, et un Vulture joué par Michael Keaton qui donne au film une vraie tension de terrain. Rotten Tomatoes lui attribue 92 %, ce qui confirme que le film a su trouver sa place dans le MCU sans se faire avaler par la grosse machine.

Le génie de Homecoming, c’est d’avoir compris que la jeunesse de Peter n’a pas besoin d’être expliquée à coups de flashbacks. On connaît le principe, on connaît l’araignée, on connaît l’oncle Ben, merci bien. En supprimant le rituel du départ, le film gagne en vitesse, en légèreté et en précision. C’est du Spider-Man qui avance au lieu de se regarder enfiler son collant. Et ça, franchement, ça fait du bien.
Le multivers, ce grand bazar très rentable
Avec Spider-Man: No Way Home (2021), la franchise a basculé dans le grand cirque du multivers, ce mot magique qui permet à Hollywood de recycler ses propres fantômes en leur donnant l’air d’une idée neuve. Le film de Jon Watts, porté par Tom Holland, Benedict Cumberbatch, Zendaya, Jacob Batalon, Tobey Maguire, Andrew Garfield, Willem Dafoe, Alfred Molina, Rhys Ifans et quelques autres revenants bien utiles, a transformé le fan service en moteur dramatique. Rotten Tomatoes le place à 93 %, à égalité avec Spider-Man 2, et on comprend pourquoi : malgré son architecture à tiroirs, le film garde une émotion nette, presque brute, autour de l’effacement de soi et du sacrifice.
Le scénario, signé par Chris McKenna et Erik Sommers, pousse Peter dans une impasse morale que le blockbuster contemporain adore : comment rester un héros quand tout le monde sait qui vous êtes ? Comment continuer à vivre quand votre identité publique vous explose à la figure ? Le film répond en convoquant les anciens visages, les anciens traumas, les anciennes blessures. C’est du grand recyclage, oui, mais du recyclage avec panache. Le multivers, ici, n’est pas qu’un gadget : c’est une machine à remuer la mémoire du genre.
Le Spider-Verse, ou l’art de faire sauter la grille
Et puis il y a le duo animé, qui vient rappeler à tout le monde qu’on peut encore inventer quelque chose avec un personnage archi-usé par les studios. Spider-Man: Into the Spider-Verse (2018) et Spider-Man: Across the Spider-Verse (2023) ne se contentent pas d’être de bons films d’animation : ils redéfinissent la manière de penser l’image super-héroïque. Le premier, réalisé par Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman, affiche 97 % sur Rotten Tomatoes ; le second, signé Joaquim Dos Santos, Kemp Powers et Justin K. Thompson, suit avec 95 %. Autrement dit, les critiques ont vu ce que beaucoup de franchises refusent encore d’admettre : l’audace formelle paie.
Avec Miles Morales, voix de Shameik Moore, le personnage quitte le simple héritage pour devenir un terrain d’expérimentation graphique, rythmique et émotionnelle. Les images 2D et 3D se frottent, se bousculent, se répondent ; le montage pulse ; les couleurs explosent ; la bande-son cogne. On n’est plus dans la simple adaptation, on est dans la réinvention pure. Et le plus beau, c’est que cette liberté formelle ne tue pas l’émotion, elle la décuple. Le Spider-Man le mieux noté par Rotten Tomatoes n’est pas le plus sage, c’est le plus inventif. Comme quoi, à Hollywood, il reste encore un peu de vie dans les coutures.
Alors oui, on peut continuer à défendre son préféré au comptoir, entre ceux qui jurent par Maguire, ceux qui préfèrent Holland et ceux qui ont adopté Miles comme s’il avait toujours été là. Mais le classement a au moins le mérite de rappeler une chose simple : Spider-Man survit quand il cesse de se répéter. Le jour où la franchise oubliera ça, elle se prendra les pieds dans sa propre toile. Et là, même l’araignée ne pourra pas faire semblant de ne pas voir le mur.
Bande-annonce VF de Spider-Man
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




