
Changer de cap, se former, continuer à progresser sans quitter son poste : c’est désormais plus qu’un rêve pour les agents publics. Alors que le Compte personnel de formation s’étend bientôt à la fonction publique, de nouvelles opportunités pointent à l’horizon. Reste à comprendre comment s’en emparer pleinement.

Dans les couloirs des administrations, un mot circule – CPF. Pas toujours compris, ce sigle commence à grignoter le quotidien des agents de la fonction publique. Jusqu’alors réservé au secteur privé, le Compte Personnel de Formation ouvre enfin la porte des services publics. Une évolution attendue, parfois crainte, souvent observée de loin. L’administration est habituée à ses propres mécaniques, parfois lentes à se réinventer. Cette fois, c’est un petit tremblement à l’échelle de la formation professionnelle. Ça commence à se murmurer à la pause café, entre deux urgences ou un dossier en retard.
Oubliez les anciennes règles du DIF avec ses 20 heures par an. Le CPF, lui, promet 24 heures annuelles pour les agents à temps plein – jusqu’à 48 heures si la reconversion ou l’absence de diplôme s’en mêlent. Et ce n’est plus l’employeur qui décide, c’est l’agent qui choisit sa formation, à condition de respecter certaines balises. Il s’agit vraiment d’un outil accroché à la vie professionnelle, comme un fil d’Ariane pour sortir du labyrinthe de la routine ou rebondir quand la santé faiblit. Ici, on peut se renseigner sur le financement concret d’une formation, mais dans la fonction publique, la nouvelle donne est à apprivoiser : aiguiser ses compétences, oser une passerelle ou, parfois, changer de voie sans attendre une nomination providentielle.
Souvent, on entend l’agent dire : “Cela ne me concerne pas”, “Pour les titulaires seulement”. En réalité, le CPF vise tous les actifs, CDI, CDD, temps partiel ou complet. Même les heures acquises avant 2017 au titre du DIF n’ont pas fondu : elles sont transférées – à condition de réclamer ce fameux papier d’attestation à l’employeur avant qu’il ne disparaisse dans une pile. Le plafond, fixé normalement à 150 heures, peut grimper jusqu’à 400 heures. Ce crédit, il ne tient qu’à vous de le mobiliser.
Ce qui est étrange, c’est que la simplicité affichée masque une mécanique un peu tordue. Oui, chaque agent est censé pouvoir utiliser son CPF librement. Mais il y a les accords à décrocher, la formation à faire reconnaître, des démarches administratives à suivre, parfois lentes dans la machine publique. Sans parler des petites arnaques numériques qui fleurissent et que la vigilance impose d’anticiper. Pour éviter de tomber sur un faux compte en ligne ou une promesse frauduleuse, mieux vaut savoir où mettre les pieds : la prudence s’impose.
Agnès, assistante administrative depuis vingt-trois ans, a failli perdre tout crédit du DIF, faute d’avoir demandé l’attestation à temps. “J’ai attendu que ma chef fasse le rappel. J’avais mis le papier de côté, heureusement !” Grâce à ses heures cumulées, elle prépare aujourd’hui un permis de conduire via une auto-école agréée CPF. Pour elle, ce compte n’est pas juste un bonus : c’est un pas vers une possible mobilité, un projet longtemps repoussé.
On le sent tout de suite : le CPF ne règle pas tout. L’outil ouvre mais ne construit rien sans volonté, ni accompagnement. Il existe mille façons de le gaspiller, ou au contraire d’en faire un levier pour sortir de sa zone de confort. Certains pensent leur CPF comme un investissement personnel solide, d’autres regardent passer le train sans monter à bord.
Ce que peu de gens voient, c’est que trop de liberté peut dérouter. Le choix de la formation, avec la multitude d’acteurs et parfois les arnaques en ligne, donne le vertige. Comment s’y retrouver ? Où chercher l’information fiable ? Comment imaginer son avenir professionnel quand le quotidien prend toute la place ?
C’est là que ça devient intéressant. Le CPF n’a rien d’un talisman. Il demande de la curiosité, un peu d’audace, parfois du courage. Pour l’agent public, il incarne la possibilité de refaire surface dans une vie professionnelle qui ne se limite plus à attendre patiemment la prochaine grille de progression. Au fond, chacun porte en lui ce potentiel de choix, ou non-choix : avancer, ou rester là où tout semble stable.
Le CPF, c’est une clé : on la prend, on l’ignore, ou on la glisse dans sa poche en se promettant d’ouvrir la porte plus tard… Souvent trop tard.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.