
Alors que “La Plateforme 2” s’impose vigoureusement dans le palmarès des meilleures sorties Netflix, sa conclusion suscite autant de fascination que d’interrogations. Quatre ans après l’énorme succès du premier volet en pleine pandémie, le réalisateur espagnol Galder Gaztelu-Urrutia revient avec une suite tout aussi sombre et troublante, enrichie par un twist final qui redéfinit l’univers de cette dystopie verticale. Le décryptage proposé ici plonge dans les moindres recoins de ce dénouement, célèbre pour sa complexité et sa profondeur symbolique, révélant des enjeux humains et sociaux plus vastes que jamais.
À l’instar du film original, “La Plateforme 2” reprend la mécanique infernale de la tour, un laboratoire carcéral sinistre où une plateforme traverse les étages pour distribuer la nourriture. La nouveauté réside dans la mise en place de règles drastiques, instaurées par un mystérieux groupe révolutionnaire qui tente d’accompagner la survie des détenus dans cet enfer vertical. Les prisonniers doivent désormais consommer uniquement le plat choisi au préalable, sous peine de sanctions sévères. Seule une exception autorise l’échange des plats, apportant un soupçon d’interaction humaine dans cet univers autrement rigide.
Le personnage de Perempuan, incarné avec intensité par Milena Smit, et son acolyte Zamiatin, interprété par Hovik Keuchkerian, naviguent avec prudence dans ce cadre strict. Face à la pression mentale et physique croissante, Zamiatin cède au désespoir et met fin à ses jours, un basculement qui propulse Perempuan dans une spirale de rage et de détermination. Accompagnée de sa nouvelle colocataire, incarnée par Natalia Tena, elle s’engage dans une quête de vengeance contre les Autorités et les Loyalistes de la tour, véritable métaphore des forces oppressives en jeu. Cette dynamique nouvelle accentue le suspense du film et renforce sa critique sociale incisive.
Le twist final, particulièrement époustouflant et qui mérite une analyse approfondie, opère une plongée en profondeur dans la psyché de Perempuan. L’héroïne, artiste tourmentée, porte le poids d’une culpabilité immense : sa création a indirectement causé la mort d’un enfant, dévastant une famille et brisant sa carrière. Cette double captivité, physique dans la Fosse et morale dans son passé, se matérialise dans une scène centrale autour d’une œuvre emblématique de Francisco Goya, “Le Chien”. Ce tableau, réalisé en fin de vie par le peintre sourd et malade, devient le miroir de l’isolement extrême vécu par Perempuan.
Le geste d’escroquer l’Administration en consommant un bout de la toile – dans un monde où tout est contrôlé et surveillé – est à la fois une figure de la ruse et un acte profondément symbolique, mêlant l’horreur concrète et une quête désespérée de liberté. Par cette métaphore, le film dépasse le cadre d’un simple thriller psychologique, devenant une méditation sur l’emprisonnement intérieur et la survie face à l’adversité. Cette scène précède une étape cruciale où Perempuan parvient à feindre sa mort et être déplacée vers l’entrepôt des cadavres de la Fosse, un moment clé dans la compréhension de la signification finale du twist.
Au cœur du récit se trouve l’incarnation d’un combat désespéré pour l’humanité dans un système déshumanisant. Perempuan, loin d’être un simple personnage de fiction pessimiste, se tient comme une allégorie de la condition humaine confrontée à la cruauté institutionnelle. Son périple, aux allures de descente aux enfers à la Virgile dans la Divine Comédie, nous immerge dans un univers où la solidarité est dictée par des règles cyniques et la promiscuité étouffante.
Le retournement final démontre également un retour à la source du premier film, puisque ce deuxième opus se révèle être un prequel. L’apparition poignante de Goreng au plus bas de la Fosse rappelle la conclusion du film original, suggérant que le chaos que l’on connaît n’est que la conséquence des révoltes initiées par Perempuan. Ce lien chronologique apporte une profondeur inattendue à l’univers du réalisateur, ouvrant la porte à une lecture circulaire et enrichie de la saga.
La fin de “La Plateforme 2” révèle que toute tentative de réforme volontaire est condamnée à une progression chaotique et à une extinction lente de l’espoir. La protagoniste, en ramenant un enfant hors de la tour, met en lumière une dernière vérité: sauver un enfant représente peut-être la seule lumière dans cet abîme de désespoir. Cette idée consolide la métaphore sociale du film, où les générations futures incarnent à la fois l’innocence à préserver et la nécessité d’une réinitialisation radicale.
Les différentes strates de la Fosse apparaissent comme des labyrinthes sociaux, chaque palier étant le miroir d’injustices humaines et des systèmes fermés, qui engendrent inévitablement violence et déshumanisation. La fin du film, en fusionnant avec la dernière scène du premier, invite à réfléchir sur la répétition des cycles historiques et les limites des révolutions internes.
Ce twist intelligemment construit ne se contente pas de surprendre ; il éclaire d’un jour nouveau l’ensemble de la série. Le fait que “La Plateforme 2” soit un prequel au premier film modifie profondément la perspective sur les personnages et leurs motivations. Perempuan, loin d’être une simple survivante, se présente comme la cause involontaire de l’effondrement moral et physique que l’on observe dans le premier volet. Cette continuité impose au spectateur une réévaluation de l’ensemble du récit.
On découvre ainsi que chaque décision, chaque acte de défi ou de résignation, influe sur le labyrinthe social et carcéral. Cette idée de boucle, où passé et présent se répondent, enrichit la réflexion sur la nature cyclique des oppressions et des tentatives de rébellion. Le réalisateur propose une version méthodique d’une société en perpétuelle crise, où ni héros ni victimes ne sont vraiment effacés, seulement réinterprétés.
Au fil de cette exploration, plusieurs théories émergent quant à la portée philosophique et sociale de la fin. L’une des plus marquantes concerne la symbolique de l’enfant comme matrice de renaissance, ou de salut impossible selon la perspective adoptée. La série de films joue avec cette ambiguïté, refusant toute réponse univoque et laissant au spectateur le soin d’interpréter selon sa sensibilité personnelle.
Cette théorie met aussi en lumière les tensions entre responsabilité individuelle et fatalité collective. Le parcours de Perempuan évoque un choix moral, douloureux mais nécessaire, qui illustre combien la survie passe parfois par le sacrifice et la perte. Cette lecture interroge la nature même de la justice sociale dans des systèmes oppressifs et la difficulté à imaginer un monde où la faim et la cruauté seraient transcendées.
À l’image de la série, l’interprétation finale de “La Plateforme 2” invite à méditer sur l’évolution des sociétés contemporaines, en particulier celles qui se confrontent aux inégalités structurelles et aux dérives du pouvoir. La tour, dans ce contexte, s’apparente à une métaphore puissante de stratifications sociales où la nourriture devient un symbole de privilège et d’exclusion.
L’œuvre souligne aussi, par son ambiance oppressante et ses personnages fracturés, les conséquences du confinement et des crises sanitaires que le monde a traversées récemment. Ce regard sur la faim, matérielle et spirituelle, pointe les paradoxes de nos sociétés modernes, où la solidarité est souvent instrumentalisée et les luttes fragmentées. Dans cette perspective, “La Plateforme 2” se présente comme un film aussi nécessaire que troublant, une invitation à la réflexion sur ce qui nous unit et ce qui nous déchire.
Alors que les aficionados de “La Plateforme” scrutent avec attention les moindres indices, il est légitime de s’interroger sur la destinée de cette saga unique. Galder Gaztelu-Urrutia n’a jamais caché son ambition de développer un univers étendu, évoquant en 2020 la diversité des Fosses, chacune avec ses propres règles et ses propres énigmes.
Cet horizon ouvre des possibilités fascinantes pour Netflix, qui pourrait capitaliser sur un univers riche et dense, proposant à son public des suites ou spin-offs en explorant d’autres labyrinthes verticaux. La réception critique et populaire de “La Plateforme 2” valide ce potentiel. En attendant, la plateforme continue de nourrir les débats sur le sens profond de ce thriller psychologique, à la croisée du cinéma d’auteur et du grand spectacle.
Je suis un écrivain passionné par la lecture et l’écriture. J’ai choisi d’exprimer mes opinions et mes observations sur mon blog, où je publie souvent des articles sur des sujets qui me sont chers. Je m’intéresse aussi beaucoup aux préoccupations sociales, que j’aborde souvent dans mon travail. J’espère que vous apprécierez mes articles et qu’ils vous inciteront à réfléchir vous aussi à ces sujets. N’hésitez pas à me laisser un commentaire pour me faire part de vos réflexions !