
Vingt-huit années se sont écoulées depuis qu’Ellen Ripley a quitté nos écrans dans Alien, la résurrection. Vingt-huit années durant lesquelles la franchise a survécu, muté, exploré d’autres territoires avec des succès variables. Mais personne n’a jamais remplacé Ripley. Personne n’a incarné cette rage froide, cette vulnérabilité blindée, ce courage aux limites de l’acharnement. Le 10 octobre 2025, lors du New York Comic Con, Sigourney Weaver a lâché une bombe qui a électrisé les fans du monde entier : elle pourrait reprendre le rôle de sa vie. Pas un caméo nostalgique, pas un clin d’œil facile. Un vrai retour, pensé, écrit, porté par une vision qui la touche profondément. Voici pourquoi cette annonce bouleverse autant qu’elle interroge.
Quand Alien, la résurrection débarque en salles en 1997, personne n’imagine que ce sera la dernière apparition de Ripley au cinéma. Ce quatrième volet, réalisé par Jean-Pierre Jeunet sur un scénario de Joss Whedon, divise violemment les fans. Ripley y revient sous forme de clone hybride, mélange troublant d’humanité et d’ADN alien. Le film rapporte 161 millions de dollars dans le monde, un score honorable mais inférieur aux attentes. Depuis, la franchise a continué sans elle : Prometheus en 2012, Alien: Covenant en 2017, et plus récemment Alien: Romulus en 2024 qui a explosé le box-office avec plus de 350 millions de dollars de recettes mondiales. Mais à chaque nouveau film, la même question revient : où est Ripley ? Pourquoi avancer sans celle qui a tout commencé ?
La réponse est simple : Sigourney Weaver n’en voulait pas. Pendant des années, l’actrice a répété qu’elle souhaitait laisser son personnage “se reposer et se remettre”. Ripley avait suffisamment souffert, suffisamment sacrifié. La ressusciter aurait été indécent, mercantile. Alors quand Weaver monte sur scène au Comic Con de New York et annonce qu’elle envisage sérieusement de revenir, le public comprend immédiatement : quelque chose a changé. Quelque chose de puissant.
Le déclencheur porte un nom : Walter Hill. Ce réalisateur et producteur légendaire n’est pas un inconnu de la saga Alien. Il a co-produit les quatre premiers films, supervisé la naissance de la franchise aux côtés de Ridley Scott, navigué dans les eaux troubles d’Alien 3 et ses multiples problèmes de production. Hill connaît cet univers dans ses moindres recoins, mais surtout, il connaît Ripley. Pas comme un personnage à exploiter, mais comme une conscience narrative complexe, traumatisée, héroïque malgré elle.
Les 50 pages qu’il a écrites proposent un angle radical : Ripley n’est plus célébrée, elle est devenue une menace. Après avoir tenté de sauver l’humanité des xénomorphes, après avoir combattu la Weyland-Yutani et révélé ses manipulations, la société la perçoit désormais comme un problème. Elle sait trop. Elle a vu trop. Elle représente un danger pour l’ordre établi. Alors, plutôt que de l’honorer, on l’enferme. On la met à l’écart. On l’efface.
Ce concept résonne avec une force particulière en 2025. Dans nos sociétés occidentales contemporaines, les lanceurs d’alerte sont régulièrement muselés, discrédités, ostracisés. Ripley incarne cette figure tragique du héros incompris, puni pour avoir dit la vérité. Sigourney Weaver l’a immédiatement compris : “Ce que Walter a écrit me semble tellement juste, cela correspond tout à fait à une société qui incarcérerait quelqu’un qui a essayé d’aider l’humanité”. L’actrice, qui avait fermé la porte pendant 28 ans, la rouvre parce que ce nouveau récit possède une légitimité émotionnelle et politique que les précédents n’avaient pas.
Un scénario brillant ne suffit pas. Il faut des studios prêts à investir, des executives convaincus, une machine hollywoodienne qui accepte de miser sur une comédienne de 76 ans pour relancer une franchise vieille de presque 50 ans. Et pourtant, les discussions sont bel et bien en cours. Sigourney Weaver a confirmé avoir eu une réunion avec les dirigeants de Fox et Disney, les actuels propriétaires de la franchise Alien depuis le rachat de la Fox par Disney en 2019.
L’actrice reste prudente dans ses déclarations. Elle répète qu’elle ne sait pas si le projet aboutira vraiment. Mais le simple fait qu’elle ait été reçue dans les bureaux des studios indique que l’idée est prise au sérieux. Disney cherche actuellement à redynamiser son catalogue de franchises acquises, et Alien fait partie des priorités. Alien: Romulus a prouvé qu’un public jeune pouvait se passionner pour cet univers, avec 60% de spectateurs de moins de 35 ans aux États-Unis. Mais ramener Sigourney Weaver offrirait quelque chose de différent : la possibilité de toucher simultanément les nostalgiques et les nouveaux fans, de créer un pont générationnel rare dans le blockbuster contemporain.
| Film Alien | Année | Box-office mondial | Présence de Ripley |
|---|---|---|---|
| Alien, le huitième passager | 1979 | 185 millions $ | ✓ Sigourney Weaver |
| Aliens, le retour | 1986 | 180 millions $ | ✓ Sigourney Weaver |
| Alien 3 | 1992 | 159 millions $ | ✓ Sigourney Weaver |
| Alien, la résurrection | 1997 | 161 millions $ | ✓ Sigourney Weaver (clone) |
| Prometheus | 2012 | 403 millions $ | ✗ Absence |
| Alien: Covenant | 2017 | 240 millions $ | ✗ Absence |
| Alien: Romulus | 2024 | 350+ millions $ | ✗ Absence |

Faire revenir Ripley pose une question narrative majeure : comment ressusciter un personnage officiellement mort depuis 1992 ? Dans Alien 3, Ripley se sacrifie en se jetant dans la fournaise d’une fonderie pour détruire la reine alien qui grandit en elle. Sa mort est définitive, tragique, assumée. Le quatrième film contourne cette fin en créant un clone, mais ce choix a divisé les fans qui y voyaient une trahison du sacrifice originel.
Walter Hill et Sigourney Weaver devront trancher : s’agit-il d’une suite directe à Alien, la résurrection qui continuerait l’histoire de la Ripley clonée ? Ou d’un récit situé dans une chronologie alternative, une sorte de réinitialisation douce qui ignorerait certains éléments des suites ? Les fans évoquent déjà des pistes : un univers parallèle, un récit métaphorique, voire une approche méta qui assumerait pleinement la résurrection fictionnelle du personnage. Mais quelle que soit la solution choisie, elle devra être cohérente et respectueuse de l’héritage du personnage.
L’enjeu est d’autant plus sensible que la franchise Alien a multiplié les errances narratives ces dernières années. La série Alien: Earth, diffusée en 2025 sur Disney+, a été accueillie avec une froideur critique inhabituelle, certains y voyant une dilution excessive de l’ADN originel de la saga. Ramener Ripley dans un projet bancal achèverait de ruiner son mythe. C’est probablement ce qui explique la prudence de Sigourney Weaver et son insistance sur la qualité du scénario de Walter Hill.
Le concept développé par Walter Hill ne se contente pas de ramener Ripley pour le plaisir nostalgique. Il la place dans une configuration dramatique inédite, profondément contemporaine. Imaginez : après des décennies à combattre les aliens et les corporations qui les instrumentalisent, Ripley se retrouve enfermée ou marginalisée par les autorités qu’elle a tenté de protéger. Elle devient la prisonnière d’un système qu’elle a essayé de sauver.
Cette thématique fait écho à des questions brûlantes de notre société actuelle. Combien de lanceurs d’alerte ont été persécutés pour avoir révélé des vérités dérangeantes ? Combien de héros ordinaires ont été punis pour avoir refusé de se taire ? Edward Snowden, Julian Assange, Chelsea Manning : autant de figures qui ont payé le prix de leur courage. Ripley, dans ce nouveau récit potentiel, rejoindrait cette galerie de personnages sacrifiés sur l’autel de la raison d’État.
Sigourney Weaver l’a explicitement mentionné lors de sa conférence : “Cela parle vraiment de la société qui emprisonne quelqu’un qui a essayé d’aider l’humanité, mais qui devient un problème pour eux, et donc elle est mise à l’écart”. Ce n’est plus un film d’horreur spatiale classique, mais une réflexion glaçante sur l’ingratitude collective et la manipulation institutionnelle. Un film qui pourrait interroger notre rapport aux héros, à la mémoire, à la reconnaissance.
Parlons franchement d’un sujet délicat : Sigourney Weaver aura 76 ans en octobre 2026. Hollywood n’a jamais été tendre avec les actrices vieillissantes, encore moins quand il s’agit de rôles physiques dans des blockbusters. Peut-on crédiblement imaginer une Ripley septuagénaire affronter des xénomorphes dans des séquences d’action intenses ? La réponse n’est pas évidente, mais elle existe.
D’abord, le scénario de Walter Hill semble précisément conçu pour contourner ce problème. Si Ripley est emprisonnée ou mise à l’écart, le film ne reposera pas sur des cascades physiques mais sur une tension psychologique, une bataille d’intelligence, un duel entre Ripley et les forces qui cherchent à la neutraliser. Ce changement de registre pourrait même enrichir le personnage, lui offrir une dimension tragique nouvelle.
L’âge de Weaver pourrait devenir un atout narratif. Ripley a traversé des décennies de traumatismes, de combats, de résurrections. Elle porte ces cicatrices, physiques et mentales. Une Ripley âgée ne serait pas moins crédible, elle serait plus authentique, plus humaine. Le cinéma d’action contemporain a commencé à accepter des héros vieillissants : Harrison Ford reprend Indiana Jones à 80 ans, Arnold Schwarzenegger continue Terminator à 76 ans. Pourquoi Ripley ne pourrait-elle pas bénéficier du même traitement ?
Malgré l’enthousiasme suscité par l’annonce, de nombreux obstacles pourraient torpiller ce retour. Le premier est d’ordre créatif : écrire une suite convaincante à une saga aussi dense et contradictoire relève du casse-tête scénaristique. Walter Hill n’a pour l’instant rédigé que 50 pages, soit environ un tiers d’un scénario complet. Il reste tout le deuxième et troisième acte à construire, et Sigourney Weaver a prudemment indiqué qu’elle souhaitait travailler avec Hill pour développer la suite. Rien ne garantit que ces développements aboutiront à un script satisfaisant.
Le deuxième obstacle est financier. Un film Alien avec Sigourney Weaver ne sera pas un projet modeste. Les attentes des fans seront colossales, la pression médiatique intense. Disney devra investir massivement dans la production, le marketing, les effets spéciaux. Or, l’échec critique d’Alien: Earth pourrait refroidir les ardeurs du studio, soucieux de ne pas multiplier les paris risqués sur cette franchise.
Enfin, il y a la question du timing. Sigourney Weaver est actuellement engagée sur plusieurs projets majeurs : Avatar 3 sort en décembre 2025, et elle apparaîtra dans The Mandalorian & Grogu prévu pour mai 2026. Son agenda est saturé, et tourner un nouveau film Alien demanderait plusieurs mois de disponibilité. Le projet pourrait être repoussé de plusieurs années, voire abandonné si les circonstances ne s’alignent pas rapidement.
Depuis l’annonce du Comic Con, les réactions des fans oscillent entre extase et méfiance. Les plus enthousiastes y voient la possibilité de boucler dignement l’arc narratif de Ripley, de lui offrir une véritable conclusion après les fins ambiguës ou frustrantes des précédents films. D’autres craignent une exploitation nostalgique, un retour forcé qui ternirait le mythe plutôt que de le magnifier.
Les fans attendent plusieurs choses précises. D’abord, du respect : Ripley ne doit pas être un caméo décoratif, une apparition fan-service de cinq minutes. Si elle revient, elle doit être au centre du récit, portée par un enjeu digne de son héritage. Les spectateurs veulent aussi de la nouveauté : pas un simple remake des affrontements passés, mais une exploration de territoires narratifs inédits. Le concept de Ripley emprisonnée répond partiellement à cette exigence, mais tout dépendra de l’exécution.
Surtout, les fans veulent une fin. Une vraie. Pas une porte ouverte à des suites infinies, pas un cliffhanger calculé pour lancer une nouvelle trilogie. Ripley mérite un point final à la hauteur de ses sacrifices, qu’il soit tragique, triomphant ou entre les deux. Walter Hill et Sigourney Weaver semblent l’avoir compris. Reste à voir s’ils obtiendront les moyens de leurs ambitions.
Le retour potentiel de Ripley survient dans un contexte culturel particulier. Le cinéma contemporain multiplie les résurrections nostalgiques, parfois avec génie (Top Gun: Maverick), parfois avec maladresse (Matrix Resurrections). Le public est devenu méfiant, capable de distinguer les hommages sincères des recyclages mercantiles. Pour que ce nouveau film fonctionne, il devra transcender la simple nostalgie et proposer quelque chose de viscéralement actuel.
Le choix de Walter Hill comme scénariste est rassurant. Ce vétéran du cinéma américain, réalisateur de classiques comme 48 heures ou Streets of Fire, possède une compréhension profonde des archétypes narratifs et sait comment moderniser des mythes anciens. S’il parvient à tisser un lien organique entre le passé de Ripley et les angoisses contemporaines, le film pourrait dépasser le statut de simple suite pour devenir un objet culturel pertinent.
Ripley incarne une forme de féminisme combatif qui résonne différemment en 2025 qu’en 1979. À l’époque, elle était une anomalie : une héroïne d’action complexe dans un genre dominé par les hommes. Aujourd’hui, elle pourrait incarner la fatigue, la colère, la désillusion de toutes celles qui ont lutté sans être entendues. Son emprisonnement symboliserait la manière dont les sociétés neutralisent les voix dissidentes, particulièrement féminines.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.