
Parfois, une seule voix suffit à captiver toute une salle. Derrière le micro, l’orateur professionnel orchestre l’attention comme un chef d’orchestre face à son public. Mais à combien s’élève la partition de ces maîtres de la parole ?

Un pupitre, quelques lumières, une salle silencieuse… et quelqu’un qui prend la parole. On pourrait croire que prendre la parole devant un public, c’est du flair et du naturel. Pourtant, pour vivre de cette capacité à captiver, il faut bien plus que de la prestance. Derrière chaque prise de parole rémunérée, ce sont des années de travail de l’ombre, des hésitations, des formations parfois bancales, mais surtout, une capacité unique à maintenir l’attention et à s’adapter à chaque public.
Il y a ceux qui démarrent, payés quelques centaines d’euros la prestation, et d’autres, rompus à l’exercice, qui facturent des milliers pour quelques heures de présence. Le salaire ? Il ondule sans cesse. Dans le secteur public, par exemple, un débutant de catégorie A oscille entre 1 800 et 2 500 € brut par mois. Catégorie B ? Plutôt autour de 1 500 €. Avec l’ancienneté et le bon grade, certains visent les 3 500 €, parfois plus.
Côté privé, la fourchette est encore plus large. Un orateur embauché dans une petite entreprise ou une agence tâtonne autour de 1 500 à 2 000 €. Mais dans les grands groupes, là où la communication devient affaire d’image, certains osent réclamer 5 000 € ou davantage chaque mois. Ceux qui s’aventurent en indépendants voient leurs revenus danser, selon la demande, leur notoriété ou la fidélité de leurs clients. Parfois, tout part d’un statut d’auto-entrepreneur et d’une déclaration URSSAF soignée. D’autres préfèrent assurer des interventions régulières, cherchant la stabilité dans un métier qui ne l’est pas.
On imagine souvent l’orateur sous les projecteurs, sûr de lui et toujours inspiré. En réalité, beaucoup vivent dans une forme permanente de tension. L’incertitude du prochain contrat, l’usure de la voix, la nécessité d’être en veille sur mille sujets… Et la préparation, combien la sous-estime-t-on ? L’assurance sur scène n’est pas innée, elle vient souvent d’une solide culture générale, d’un goût pour l’écoute active, et d’une grande capacité d’adaptation. Certains sont passés par des écoles de commerce, d’autres ont appris en autodidacte, parfois grâce à un détour par le monde de la création d’entreprise.
Ce que peu de gens voient, c’est cette frontière poreuse entre l’éloquence et la précarité. On se dit que l’art oratoire suffit, que parler bien assure un confort… Mais les missions peuvent s’espacer, la charge mentale grimper, les fins de mois garder un goût incertain. Certains imaginent la célébrité, la radio, la télévision, les grandes conférences – beaucoup (souvent) n’en atteignent jamais les sommets.
Je me souviens de cette femme, ancienne professeure, qui a vu son métier basculer le jour où une entreprise lui a proposé d’animer un séminaire. Elle a aimé, puis en a fait son quotidien. Parfois, elle décroche des missions à la chaîne, parfois, plus rien. Elle parle de sa passion pour la prise de parole, mais elle n’ignore pas la fragilité du métier. Son carnet d’adresses, ses compétences, sa capacité à se renouveler : tout compte. Ce n’est jamais acquis.
C’est là que ça devient intéressant. Après quelques années sur scène, certains préfèrent s’orienter différemment : formation à la prise de parole, animation de groupes, voire direction de la communication dans des structures où la parole orale pèse. Envies de stabilité ou besoin de sens, peu importe. La parole, en entreprise comme dans les médias, reste un levier professionnel puissant – tout comme dans les métiers de la gestion ou de la comptabilité, tout aussi scrutés (contrôleur de gestion, expert-comptable), ou même dans les univers hybrides où la cryptomonnaie se mêle de tout.
Beaucoup voient dans la parole une voie détournée vers la réussite : « Je serai orateur, je gagnerai ma vie grâce à mes idées ». Mais c’est là le piège mental, car la réussite se façonne, se négocie sans relâche, et le plus grand talent peut passer inaperçu sans réseau ou sans public prêt à payer pour l’écouter.
Ce qui est étrange, c’est à quel point ce métier oblige à se remettre en question. Pourquoi continuer à monter sur scène ? Pour la reconnaissance ? Pour exhumer des vérités ? Pour sortir de l’ombre ? Souvent un mélange de tout cela. Parfois, la réussite d’un orateur ne se compte même pas en euros, mais en moments volés à l’oubli, où la parole a réellement touché une salle entière.
Ce métier ne laisse personne indifférent. Et le silence après les applaudissements vaut parfois bien plus que n’importe quel cachet.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.