
Trouver sa voie en naturopathie, ce n’est pas une affaire de diplômes accrochés au mur, c’est d’abord une question d’engagement et d’écoute humaine. Les écoles et les formations foisonnent, toutes ne se valent pas, et chacun trace son parcours à sa façon. Mais comment savoir si la route qu’on choisit prépare vraiment au métier ?

Ici, pas de prérequis scientifiques brandis comme des tickets d’entrée. On croise beaucoup de gens en reconversion, d’infirmiers lassés de la routine, des enseignants aussi, et puis d’autres, venus d’horizons où la santé rime avec naturel. Devenir naturopathe, ça commence souvent par une envie furieuse de comprendre l’autre et les remèdes d’autrefois. Certains s’inscrivent sur un coup de cœur, en rêvant d’herbes et de bilans d’énergie, d’autres fouillent longuement les offres de formation, hésitent, se perdent un peu dans la jungle des organismes… alors, comment s’y retrouver ?
Les écoles se multiplient et ce que la plupart taisent, c’est que la profession n’est pas réglementée. Pas de diplôme d’État, mais des titres privés, parfois reconnus par la Fédération française de naturopathie (FENA), parfois non. On choisit alors, au feeling, à la réputation, à l’intuition. Suivre une formation de naturopathe, c’est accepter une certaine part d’incertitude sur la renommée de son futur titre. Pourtant, la curiosité, l’envie d’apprendre la connaissance des plantes, la nutrition ou la médecine chinoise prend souvent le dessus.
Non, le naturopathe n’est pas médecin. Il ne prescrit rien, il oriente, il questionne, il écoute, parfois mieux qu’un généraliste pressé. Il n’y a pas non plus de baguette magique : apprendre à repérer les blocages, à encourager, à répéter sans imposer, demande du temps. Au fond, il faut presque réapprendre à être disponible, à poser des questions qu’on n’a jamais posées. Et travailler la fameuse empathie, ce don qui ne s’enseigne pas toujours sur un banc d’école.
Ce qui frappe, au fil des témoignages, c’est la diversité des parcours : certains optent pour une formation de deux ans, d’autres s’en contentent d’une plus courte pour tester leur motivation. Ce qui est étrange, c’est que la plupart découvrent, à mi-chemin, la difficulté à se faire une place, à convaincre, à fidéliser. Devenir naturopathe n’offre guère de garanties immédiates. La construction d’une clientèle prend du temps, beaucoup plus qu’on l’imagine au départ.
Un jour, j’ai rencontré Julie, une ancienne auxiliaire de vie, qui s’est installée dans un petit village après s’être formée dans une école reconnue. Elle me disait que, malgré la fiche de paie incertaine, elle n’avait jamais autant appris sur elle-même et sur les autres. Son quotidien ? Bien plus de conseils de vie, de paroles rassurantes, que de préparations de tisanes. Ce que peu de gens voient, c’est la dimension humaine et psychologique, centrale dans ce métier.
On parle toujours du choix de la formation, on oublie de dire que beaucoup vivent cette reconversion comme un acte de courage. D’autres préfèrent exercer en complément, dans un centre de bien-être, ou même changer complètement de voie quelques années plus tard. Parfois, l’expérience de la reconversion sert aussi à se confirmer à soi-même qu’on en était capable, sans pour autant faire de la naturopathie sa seule activité.
Certains espèrent une rente confortable, attirés par la fourchette de revenus (de 1900 à 2800 € brut par mois pour un débutant, voire plus avec l’expérience). Mais la réalité, c’est aussi la solitude du praticien, la difficulté de démarcher les patients, de se démarquer face à la concurrence, parfois de conjuguer conseil et vente de produits au cabinet.
Ce qui est déroutant, c’est que la formation ne garantit rien. Certains diplômés, même bardés de stages et de certifications, décrochent, s’essoufflent quand il s’agit d’ouvrir leur cabinet. D’autres rebondissent et étoffent leur offre : conseil en évolution professionnelle, ateliers bien-être, conférences… il faut alors sans cesse se réinventer.
C’est là que ça devient intéressant. La meilleure formation ? Celle qui bouscule, qui oblige à douter, à se remettre en question. Car, au bout du compte, le chemin pour devenir naturopathe ressemble moins à une autoroute qu’à un sentier de traverse, fait d’apprentissages inachevés et d’une patience qu’on n’attendait pas.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.