Entre le 19 et le 25 janvier 1972, les salles françaises découvrent « Le Viager », premier long métrage réalisé par Pierre Tchernia. Écrit avec René Goscinny, ce film français de 98 minutes installe son intrigue en 1930, dans un Paris de veille de Noël, avant de suivre pendant quatre décennies un contrat immobilier dont la logique finit par dévorer ceux qui l’ont conclu.
« Le Viager » de Pierre Tchernia, une comédie noire sur un pari immobilier
Louis Martinet, célibataire âgé de cinquante neuf ans, vit modestement et travaille dans une manufacture de prothèses orthopédiques. Le docteur Léon Galipeau l’examine puis estime qu’il ne lui reste que deux années à vivre, sans révéler ce pronostic à son patient. Martinet possède une maison située à Saint Tropez, encore présentée comme un petit village de pêcheurs, et le médecin lui suggère de la vendre en viager afin de financer une retraite anticipée.
Léon convainc son frère Émile de conclure l’opération. La famille Galipeau découvre la maison après la naissance de Noël, le fils d’Émile et d’Elvire, puis accepte une rente indexée sur le cours de l’aluminium, considéré par Émile comme une valeur sans avenir. Martinet quitte son emploi et s’installe sur la Côte d’Azur, tandis que les acheteurs attendent la disparition rapide du crédirentier.
Le contrat transforme chaque visite familiale en contrôle médical déguisé. Martinet conserve pourtant sa vigueur et semble même retrouver de l’allant sous le soleil provençal. La rente augmente avec l’essor de l’aluminium, des aéroplanes et des objets ménagers, tandis que la famille Galipeau voit sa dette s’étirer sur plusieurs périodes de l’histoire française.
Une famille défaite par ses propres calculs
Émile, Léon et Elvire forment le noyau de cette famille dominée par l’intérêt financier. Marguerite, l’épouse de Léon, participe aux déplacements et aux tentatives destinées à accélérer la fin de Martinet. Noël traverse plusieurs âges sous les traits de Luc Diaz puis de Claude Brasseur, jusqu’à devenir un adulte engagé dans la petite délinquance.
Le film organise les rapports entre les personnages autour d’un malentendu permanent. Les Galipeau considèrent Martinet comme un homme fragile dont la mort doit libérer une maison et une rente, tandis que le vieillard demeure difficile à situer entre naïveté et calcul. Pierre Tchernia a demandé à Michel Serrault de préserver cette incertitude, sans fournir au spectateur une explication définitive sur les intentions de son personnage.
La famille traverse la mobilisation, l’exode, l’Occupation, la Libération et les transformations économiques de l’après guerre. Les années sont marquées par les repas de Noël, les changements de personnel domestique, les déplacements entre Paris et Saint Tropez, puis par la hausse continue de la rente. La mécanique comique repose sur l’écart entre les prévisions des acheteurs et la longévité de celui qu’ils espéraient voir disparaître.
Pierre Tchernia passe de la télévision au cinéma
Pierre Tchernia et René Goscinny élaborent le projet au début des années 1970, durant leurs trajets entre Paris et Bruxelles liés à la fabrication de « Lucky Luke ». Goscinny imagine le viager comme un pari sur la mort, tandis que Tchernia y voit un sujet permettant de faire circuler une famille et un personnage dans plusieurs périodes de la société française.
L’écriture commence à l’été 1970. Les deux auteurs rédigent chacun une version du scénario après avoir construit ensemble la trame générale, puis réunissent leurs scènes et leurs idées dans une version commune. Le projet est financé par Dargaud Films Productions et Les Productions Artistes associés, avec René Goscinny et Leon Zuratas à la production.
Le tournage commence à la mi juin 1971 et dure deux mois. Quatre semaines sont consacrées à Saint Tropez, à La Garde Freinet et aux environs, puis quatre autres à Paris et aux studios de Billancourt. La maison de Martinet se trouve dans une dépendance agricole de la baie des Canoubiers, repérée après de longues recherches pour réunir une architecture provençale, des vignes et une vue sur la mer.
Le décor évolue avec les années grâce aux plantations, aux transformations de façade et aux accessoires. Le tournage parisien utilise des lieux reconnaissables comme la rue du Faubourg Saint Martin, la gare de Lyon, la place de la Bastille, la tour Eiffel, Notre Dame et le Sacré Cœur. Les studios servent pour les intérieurs et les séquences qui demandent des décors construits.
Michel Serrault au centre d’un dispositif de vieillissement
Michel Serrault interprète Louis Martinet, depuis son entrée dans la retraite jusqu’à son centième anniversaire. Le rôle exige de faire évoluer l’allure du personnage sans modifier son calme ni sa capacité à observer son entourage. L’acteur porte un faux nez, des costumes mal ajustés et des chaussures trop grandes afin de composer un homme âgé dont l’apparence contraste avec la vitalité.
Michel Galabru joue le docteur Léon Galipeau, médecin qui évalue mal l’état de Martinet et entraîne sa famille dans l’achat du viager. Rosy Varte incarne Elvire, Jean Pierre Darras joue Émile et Odette Laure interprète Marguerite. Claude Brasseur devient Noël Galipeau à l’âge adulte, après Luc Diaz dans les scènes consacrées à son enfance.
Yves Robert interprète le capitaine de corvette Bucigny Dumaine, officier dont les retournements accompagnent les changements politiques. Jean Carmet joue maître Vierzon, l’avocat de Noël, et Jean Richard incarne Jo, un petit voyou. Gérard Depardieu apparaît dans le rôle de Victor, tandis que Pierre Tchernia prête sa voix au narrateur et joue un réalisateur de télévision.
- Réalisation : Pierre Tchernia
- Scénario : Pierre Tchernia et René Goscinny
- Production : René Goscinny et Leon Zuratas
- Musique : Gérard Calvi
- Photographie : Jean Tournier
- Décors : Willy Holt
- Montage : Isabel García de Herreros, Françoise Javet et Kouka
- Format : couleur, 35 mm, ratio 1,66:1, son mono
- Durée : 98 minutes
Une chronique française portée par le temps et les actualités
La construction du film repose sur une succession d’époques reliées par les informations radiophoniques, les journaux filmés et les cérémonies publiques. Les présidents Vincent Auriol, René Coty, Charles de Gaulle et Georges Pompidou apparaissent dans des images d’archives, tandis que Martinet devient une célébrité locale surnommée « l’Increvable ».
La bande originale de Gérard Calvi accompagne cette circulation historique avec des thèmes récurrents, des chansons et des danses associées aux différentes périodes. Tchernia souhaitait que la maison possède un motif musical identifiable, associé à une flûte et à une couleur de conte. Les chœurs reprennent aussi la formule « C’est un viager de tout repos », dont l’ironie accompagne les déconvenues de la famille.
La critique a rapproché le film de la tradition comique de Robert Dhéry, Yves Robert et Alex Joffé. Claire Clouzot a relevé son goût pour le comique visuel américain associé à une tonalité française, tandis que Jean Michel Frodon a insisté sur l’étendue du registre comique de Michel Serrault. Laurence Rémila a rapproché son humour de Sacha Guitry, de la bande dessinée et du cinéma britannique des studios Ealing.
Le film attire 2 191 183 spectateurs en France après sa sortie de janvier 1972. Il occupe la première place du classement hebdomadaire lors de sa première semaine avec 65 965 entrées, puis cumule 1 863 051 entrées dans les relevés disponibles jusqu’à la fin août. Sa carrière se poursuit à la télévision française, où un rapport de 2017 recense vingt deux diffusions sur les chaînes nationales gratuites depuis les premières programmations de 1978 et 1979.
(Source : Wikipédia, consulté en 2026)
Critique sur Le Viager
Où regarder en streaming Le Viager
Le Viager est disponible en streaming par abonnement sur Amazon Prime Video with Ads, Amazon Prime Video et Molotov TV, à la location sur Canal VOD et Sooner et à l'achat sur Canal VOD et Sooner. Consultez chaque plateforme pour connaître les offres et tarifs actuellement proposés.
Casting et distribution
Parmi les rôles crédités de Le Viager figurent Louis Martinet, interprété par Michel Serrault, Noël Galipeau à 39 ans, interprété par Claude Brasseur et Elvire Galipeau, interprété par Rosy Varte. Consultez les fiches des personnages, puis l'ensemble de la distribution et de l'équipe technique.






















