Le briefing avant la montée des marches
- L’ogre inattendu : Nouvelle Vague (10 nominations), réalisé par Richard Linklater. Oui, un Américain domine la fête du cinéma français.
- Le duel au sommet : L’Attachement (8 nominations) de Carine Tardieu, et le thriller Dossier 137 de Dominik Moll.
- Histoire de quotas (enfin) explosés : 43% des nominations concernent des femmes. Historique.
- Le ticket de présentation : Camille Cottin au perchoir des présidents, épaulée par Benjamin Lavernhe (récemment impérial dans Le Comte de Monte-Cristo) à l’animation. Et The Truman Show en chair et en os, Jim Carrey, qui vient chercher sa compression d’honneur.

Le hold-up américain en plein Paris
Le type s’appelle Richard Linklater. Gringo pur jus. Le maître absolu pour filmer le temps qui s’écoule. Cette fois, il a posé ses valises à Paris pour tourner Nouvelle Vague, une fièvre amoureuse torchée en 27 petits jours avec un casting qui panache pros et inconnus. C’est sa méthode habituelle, direz-vous. Sauf que là, il vampirise littéralement la liste des nominations (réalisateur, film, et espoir pour l’étincelant Guillaume Marbeck). L’Académie aurait pu snober ce cheval de Troie yankee astucieusement monté en coproduction française. Mais Cannes avait déjà tremblé sous le choc du film, la critique hexagonal a suivi, et les 3561 votants n’ont pas fait dans le patriotisme de bas étage.
Les cadors français ne rendent pas les armes
Face à cet intrus, la résistance s’organise avec des films qui tapent lourdement dans le plexus. Carine Tardieu jette L’Attachement dans l’arène, avec 8 nominations amplement méritées. Pio Marmaï et Valeria Bruni-Tedeschi y découpent au scalpel les liens familiaux toxiques sous le spectre d’un roman belge. C’est dur, c’est brut, c’est le genre d’uppercut qu’on adore se prendre aux César. Dans un registre nettement plus poisseux, le roi du suspense clinique, Dominik Moll, enfonce le clou après son magistral thriller de 2022. Son Dossier 137 est un pur concentré de tension articulé autour d’une Léa Drucker sur la corde raide.
Ça va saigner chez les acteurs
Oubliez la camaraderie des interviews promos, la nuit de jeudi soir va trancher dans le vif. La catégorie de la meilleure actrice sent la poudre. D’un côté, l’insubmersible Isabelle Huppert, majestueuse (comme d’habitude, diront les mauvaises langues) en magnat givrée dans La Femme la plus riche du monde. De l’autre, Léïla Bekhti, irradiante dans un trip rock, Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan. C’est le choc frontal entre l’institution intouchable et la modernité crépitante. Chez les hommes, Pio Marmaï hurle son désespoir dans la pellicule de Tardieu face à un Danois terrifiant : Claes Bang. L’acteur magnétique écrase L’Inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier, un drame choral tendu sur l’immigration où Xavier Dolan et Swann Arlaud viennent gratter leur part de gâteau.
| La catégorie qui fâche | L’œuvre ou l’artiste en tête de meute | Pourquoi la statuette lui tend les bras |
|---|---|---|
| Meilleur film | Nouvelle Vague (Richard Linklater) | Parce que filer le gros lot à un Texan ça aurait grave de la gueule. |
| Réalisation | L’Attachement (Carine Tardieu) | La direction d’acteurs relève du travail d’orfèvre sadique. |
| Avenir (Espoir Féminin) | La Petite Dernière (Hafsia Herzi / avec Nadia Melliti) | Grosse claque viscérale sur fond d’empowerment. Herzi a craché ses tripes dans ce projet. |
| Meilleure actrice | Isabelle Huppert | Faut-il vraiment argumenter ? |

Le plafond de verre enfin brisé ?
C’est le collectif 50/50 qui doit sabrer le champagne dans les coursives. 43% de femmes nommées. Un record absolu, bête et méchant, qui prouve qu’on est bel et bien sorti des sombres polémiques des années précédentes (pas de scandale à la Polanski en vue cette fois-ci pour plomber l’ambiance, ouf). Et derrière les chiffres, il y a des œuvres majeures : le cinéma viscéral d’Hafsia Herzi, l’émergence foudroyante de Nadia Melliti ou Anja Verderosa. L’Académie s’octroie même quelques clins d’œil avec les étrangers (Paul Thomas Anderson, Joachim Trier), l’animation qui s’offre Natalie Portman à la prod avec Arco, et l’insolence des premiers films comme ce western franchouillard inattendu, La Pampa de Antoine Chevrollier. Les plateformes bouffent peut-être l’industrie à petit feu, mais le cinéma français respire encore très, très fort. Rendez-vous demain soir. Et sérieusement, mettez une pièce sur Herzi, cette fille va tout retourner.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



