Trois générations de chasseurs de fantômes face à un ennemi qui transforme Manhattan en congélateur géant. Quand Gil Kenan récupère les clés de la mythique caserne, c’est tout l’ADN de la franchise qui refait surface : les gueules cultes des années 80, les jeunes prodiges du précédent volet, et des nouveaux venus qui ajoutent leur grain de folie. Le pari était colossal. Le résultat ? Un casting pléthorique qui fait autant rêver qu’il inquiète.
L’essentiel en 30 secondes
- Bill Murray, Dan Aykroyd, Ernie Hudson : les légendes de retour à New York
- Paul Rudd et Carrie Coon : le nouveau couple moteur de la saga
- Mckenna Grace : l’adolescente surdouée au cœur de l’intrigue glaciale
- Kumail Nanjiani : la révélation comique qui détient les pouvoirs psychokinétiques
- Emily Alyn Lind : le fantôme adolescent qui bouleverse Phoebe
- William Atherton : Walter Peck, l’ennemi juré, devenu maire
Le retour des fantômes cultes : Murray, Aykroyd, Hudson
Quarante ans après avoir enfermé le Bibendum Chamallow dans une unité de confinement, ils sont là. Bill Murray, avec son flegme légendaire et sa capacité à rendre drôle n’importe quelle situation paranormale, reprend le rôle du Dr. Peter Venkman. Dan Aykroyd incarne à nouveau Ray Stantz, désormais propriétaire d’une boutique d’objets maudits où débarque un mystérieux orbe en laiton.
La transmission générationnelle, voilà le mot-clé de ce quatrième opus. Ernie Hudson, en Winston Zeddemore, n’est plus le simple employé des débuts : il dirige maintenant un centre de recherche paranormal privé, symbole de cette saga qui grandit avec ses personnages. Annie Potts complète ce carré d’as en tant que Janine Melnitz, l’ancienne standardiste qui enfile à nouveau la combinaison.
Leur présence n’est pas qu’un coup marketing nostalgique. Les trois piliers apparaissent dans des scènes cruciales, notamment lors de l’affrontement final contre Garraka. Leur simple présence suffit à rappeler pourquoi cette franchise a traversé les décennies.
La famille Spengler : Paul Rudd et Carrie Coon en couple moderne
Trois ans après les événements de Summerville dans l’Oklahoma, Callie Spengler (Carrie Coon) a reconstruit sa vie à New York avec Gary Grooberson (Paul Rudd), le professeur de sciences devenu chasseur de fantômes. Ce binôme, né dans L’Héritage, continue d’explorer la dynamique d’une famille recomposée dans un univers où le paranormal fait partie du quotidien.
Paul Rudd apporte cette fraîcheur décalée qui a fait son succès dans Ant-Man. Son Gary n’est pas un héros musclé : c’est un prof passionné qui découvre l’adrénaline de la chasse aux ectoplasmes. Carrie Coon, elle, incarne une mère pragmatique, contrainte de mettre sa fille Phoebe hors jeu après les pressions de Walter Peck.
Cette décision déclenche toute l’intrigue émotionnelle du film. Quand une mère doit choisir entre protéger son enfant et la laisser s’épanouir dans sa vocation, le drame familial rencontre le blockbuster.
Trevor et Phoebe : les héritiers surdoués
Finn Wolfhard reprend le rôle de Trevor, désormais âgé de 18 ans. L’adolescent maladroit de L’Héritage a mûri, mais son personnage passe au second plan face à sa sœur.
Car c’est bien Mckenna Grace, en Phoebe Spengler, qui porte véritablement ce film sur ses épaules. À 15 ans dans l’histoire, l’adolescente surdouée se retrouve écartée de l’équipe par décision municipale. Cette mise à l’écart va la pousser vers des choix dangereux. Quand elle rencontre Melody, le fantôme d’une adolescente, Phoebe franchit une ligne : elle utilise un équipement expérimental pour se projeter comme un spectre et interagir physiquement avec elle. Une manipulation qui tourne au drame lorsque Garraka prend le contrôle de son corps désincarné.
Mckenna Grace livre une performance intense, naviguant entre la solitude de la jeune prodige incomprise et la panique d’une adolescente manipulée par une entité millénaire. Son arc narratif constitue le véritable cœur émotionnel du récit.
Les nouveaux visages qui redéfinissent la chasse
Kumail Nanjiani : le porteur de pouvoirs malgré lui
Nadeem Razmaadi, incarné par Kumail Nanjiani, débarque dans la boutique de Ray avec un orbe mystérieux hérité de sa grand-mère. Ce personnage transforme l’humour en arme narrative. Nanjiani, habitué aux comédies décalées, apporte une fraîcheur bienvenue dans un univers parfois trop sérieux.
Mais son rôle dépasse la simple comic relief. Nadeem découvre qu’il descend des Maîtres du Feu, ces sorciers qui ont emprisonné Garraka il y a des millénaires. Peter Venkman détecte en lui des pouvoirs psychokinétiques cachés. Lors de l’affrontement final, c’est lui qui enfile l’armure en laiton familiale et tente de maîtriser ses capacités pour affaiblir le dieu de glace. Un arc de transformation classique, mais efficacement porté par le charisme de Nanjiani.
Emily Alyn Lind : Melody, le fantôme qui trahit
Le casting réserve sa plus grande surprise avec Emily Alyn Lind en Melody. Ce fantôme d’adolescente, décédée dans un incendie, devient la confidente de Phoebe lors de parties d’échecs dans un parc. Leur amitié naissante offre des scènes touchantes sur la solitude et le besoin de connexion.
Mais Melody cache un secret : elle travaille pour Garraka en échange d’un passage vers l’au-delà. Sa trahison constitue le twist émotionnel majeur. Pourtant, le film lui accorde une rédemption : après avoir aidé Nadeem à allumer une allumette cruciale, elle se réconcilie avec Phoebe avant de retrouver sa famille dans l’au-delà. Emily Alyn Lind navigue avec justesse entre la douceur fantomatique et la noirceur de la manipulation.
Patton Oswalt en érudit du paranormal
Dr. Hubert Wartzki, joué par Patton Oswalt, incarne le bibliothécaire de recherche à la New York Public Library. C’est lui qui dévoile l’origine millénaire de l’orbe et l’histoire de Garraka. Oswalt, habitué des rôles de nerds attachants, trouve ici un personnage taillé sur mesure. Sa réplique sur Mary Todd Lincoln utilisant le mot en F sur un enregistrement du XIXe siècle illustre cette capacité à injecter de l’humour dans l’exposition pure.
Les seconds rôles qui structurent l’univers
James Acaster reprend le rôle du Dr. Lars Pinfield, le scientifique du centre de recherche de Winston. Celeste O’Connor et Logan Kim reviennent en Lucky Domingo et Podcast, les amis fidèles de Phoebe et Trevor. Leur présence assure la continuité narrative avec L’Héritage, même si leur temps d’écran reste limité dans un casting déjà surchargé.
William Atherton : le retour de l’ennemi bureaucratique
L’antagoniste humain n’est pas Garraka, mais bien Walter Peck, interprété à nouveau par William Atherton. Quarante ans après avoir tenté de fermer les Ghostbusters dans le premier film, Peck est devenu maire de New York. Son obsession bureaucratique n’a pas faibli : il menace de fermer l’équipe à cause de la présence d’une mineure (Phoebe) dans les rangs.
Atherton incarne cette mesquinerie administrative avec un plaisir évident. Sa présence rappelle que dans l’univers S.O.S. Fantômes, les vrais obstacles ne sont pas toujours paranormaux. Lors de la séquence finale, lorsque Peck est contraint de soutenir publiquement les chasseurs de fantômes face aux journalistes, sa défaite bureaucratique vaut tous les affrontements spectaculaires.
Un casting à double tranchant
La critique a souligné ce paradoxe : trop de personnages diluent l’impact émotionnel. Avec 72 acteurs crédités au casting principal, le film peine à donner du temps d’écran équitable. Trevor, Lucky et Podcast deviennent presque des figurants. Même les légendes comme Bill Murray semblent sous-utilisées dans des scènes trop courtes.
Le consensus de Rotten Tomatoes résume bien ce dilemme : 42% d’avis favorables, avec un casting bondé et un ton sérieux qui empêchent le film de véritablement susciter des étincelles. Sur Metacritic, la note de 46/100 confirme cette réception mitigée.
Pourtant, l’avant-première parisienne au Grand Rex, le 19 mars 2024, a révélé un public conquis. Les fans ont salué le retour des légendes et l’énergie du nouveau casting. Un ancien candidat de la Star Academy, Ahcène, a déclaré : « C’est un des meilleurs Ghostbusters ». Cette réception contrastée illustre le défi d’une franchise intergénérationnelle.
Un hommage familial derrière la caméra
Le film est dédié à Ivan Reitman, réalisateur des deux premiers opus, décédé le 12 février 2022. Son fils Jason Reitman avait réalisé L’Héritage et reste producteur et coscénariste de La Menace de glace. Gil Kenan, qui prend ici les rênes de la réalisation, avait déjà cosigné le scénario du précédent film.
Cette continuité créative explique la cohérence narrative entre les deux opus. Le tournage, débuté le 20 mars 2023 entre Londres (Warner Bros. Studios Leavesden) et New York, s’est déroulé dans un contexte particulier : la grève du syndicat des acteurs a contraint Sony à repousser la sortie de décembre 2023 à mars 2024.
Dan Aykroyd, en décembre 2021, avait exprimé son désir de voir l’équipe originale revenir dans plusieurs suites. La Menace de glace concrétise cette vision, même si le box-office mondial de 202 millions de dollars reste en deçà des attentes pour un budget de production conséquent.
Garraka et les petits Bibendum Chamallow : quand le casting s’étend aux créatures
Au-delà des acteurs humains, le film mise sur ses antagonistes visuels. Garraka, le dieu fantôme de glace, est incarné physiquement par Ian Whyte, acteur et marionnettiste de 2m13, habitué des créatures monumentales (Predator, Game of Thrones). Son jeu physique donne une présence terrifiante à cette entité millénaire qui utilise la peur comme arme.
Les Mini Stay-Puft, ces petits Bibendum Chamallow malicieux, reviennent dans une scène post-générique où ils volent un semi-remorque de marshmallows dans une station-service. Kevin Mangold assure la manipulation de Slimer, le fantôme vert baveux. Ces créatures iconiques rappellent que S.O.S. Fantômes reste avant tout un spectacle visuel.
Verdict : un casting d’ambition démesurée
Gil Kenan a tenté le grand écart : satisfaire les fans des origines tout en construisant une nouvelle mythologie. Le casting reflète cette ambition. Les légendes apportent la légitimité, les jeunes le dynamisme, les nouveaux venus la surprise. Mais cette profusion étouffe parfois les arcs narratifs individuels.
Mckenna Grace émerge comme la véritable star, portant seule le poids émotionnel du récit. Kumail Nanjiani injecte l’humour nécessaire. Emily Alyn Lind offre la seule relation véritablement touchante du film. Les autres, même Bill Murray, semblent pris dans un tourbillon glacial qui ne leur laisse pas assez d’espace pour briller.
Le film pose la question : faut-il privilégier la nostalgie ou l’innovation ? La Menace de glace tente les deux et obtient des résultats mitigés. Sorti le 10 avril 2024 en France, le film divise. Les fans y trouvent leur compte, les critiques pointent les faiblesses structurelles. Avec une note AlloCiné de 2,4/5, il ne convainc pas unanimement.
Mais une chose est certaine : ce casting, malgré son gigantisme, prouve que la franchise reste vivante. Et quand les chasseurs de fantômes se lancent à la poursuite des spectres en fuite dans Manhattan à la fin du film, on se dit qu’une nouvelle ère glaciaire ne serait peut-être pas pour déplaire aux fans.
