En 2020, Schitt’s Creek est devenue la première comédie de l’histoire à remporter les quatre récompenses d’interprétation principales aux Emmy Awards la même année, soit neuf statuettes en une soirée. Un record absolu pour une série dans sa saison finale. Six ans plus tard, Dan Levy revient à la télévision avec Big Mistakes, disponible sur Netflix France dès le 9 avril 2026. La promesse est aussi simple qu’elle est vertigineuse : deux bras cassés face à la mafia, sans la moindre compétence, mais un talent fou pour survivre à leurs propres catastrophes.
Six ans de silence, puis une explosion créative
Pour beaucoup de créateurs, un tel palmarès aurait pu paralyser. Levy, lui, a préféré en faire un tremplin. Son accord global avec Netflix, signé en septembre 2021, a d’abord produit le film Good Grief en 2023. Mais Big Mistakes est sa première véritable série depuis Schitt’s Creek, et la première qu’il signe en tant que créateur, showrunner, producteur exécutif et acteur principal. Cette accumulation de casquettes dit tout de ce que représente le projet pour lui. La filmographie et l’univers de Dan Levy montrent un artiste qui n’a jamais dissocié création personnelle et ambition narrative.
Rachel Sennott co-signe la création de la série à ses côtés. Révélée par Shiva Baby, consacrée par Bottoms, elle est devenue l’une des plumes les plus acérées de la comédie américaine contemporaine. Son influence sur le registre du chaos organisé et sur les personnages féminins complexes marque l’écriture dès les premières images du trailer. Ce tandem Levy-Sennott crée une tension créative rare : la précision émotionnelle de l’un contre l’anarchie comique de l’autre.

L’histoire : un vol raté, une grand-mère mourante et la mafia
Nicky (Dan Levy) est pasteur dans le New Jersey. Ce seul détail dit déjà tout du décalage que la série va exploiter. Sa sœur Morgan (Taylor Ortega) et lui décident de commettre un vol pour aider leur grand-mère mourante. Le genre d’idée qui semble presque tendre sur le papier, et apocalyptique dès la mise en exécution.
Leur maladresse les propulse sans préavis au cœur du crime organisé. Des criminels les rattrapent, les soumettent à un chantage et les forcent à enchaîner des missions toujours plus dangereuses. Missions qu’ils ratent, systématiquement, avec une constance désarmante. Le paradoxe narratif de la série tient là : plus ils échouent, plus ils « montent » dans la hiérarchie. C’est le principe du fail upward, version crime organisé. Une mécanique absurde mais incroyablement reconnaissable, dans laquelle beaucoup verront un miroir déformant de leur propre vie professionnelle.

Taylor Ortega, la révélation que personne ne voyait venir
Dans l’ombre médiatique de Dan Levy, Taylor Ortega aurait pu sembler reléguée au rang de faire-valoir. Ce serait une erreur grossière. Lors de la projection des deux premiers épisodes au TIFF Lightbox de Toronto en mars 2026, c’est elle qui a volé la vedette. Chaque réplique qu’elle livrait déclenchait un rire franc dans la salle. Une scène-voleuse, selon tous les témoignages de la soirée.
Le duo qu’elle forme avec Levy rappelle dans son ADN la dynamique fraternelle de David et Alexis Rose dans Schitt’s Creek. Mais Morgan est un personnage distinct, construit différemment, avec ses propres failles et sa propre énergie incontrôlable. Le tandem fonctionne précisément parce qu’il n’est pas mimétique : chacun apporte ce que l’autre ne peut pas avoir. Ce type d’écriture à deux vitesses est la marque des meilleures séries à découvrir absolument ces dernières années.
Un casting de seconds rôles taillé pour surprendre
Laurie Metcalf incarne la mère du duo : hyper-stressée, dotée d’un sens pratique inexistant. Sa filmographie parle pour elle, de Roseanne à Lady Bird en passant par The Big Bang Theory. Elle excelle dans ces personnages de femmes à la limite du surmenage, toujours à deux millimètres de perdre les pédales. Elizabeth Perkins, que les inconditionnels de Weeds reconnaîtront immédiatement, joue son opposé dans la série. Dan Levy a lui-même teasé que la dynamique entre ces deux actrices sera l’une des vraies surprises de la saison.
Boran Kuzum, Jack Innanen, Abby Quinn, Mark Ivanir, Ilia Volok, Jacob Gutierrez, Joe Barbara et Darren Goldstein complètent un ensemble solide. Le soin apporté à chaque rôle secondaire rappelle la philosophie de Schitt’s Creek, où aucun personnage n’était sacrifié au profit du suivant. C’est une marque de fabrique que Levy semble avoir soigneusement préservée. Pour les amateurs de comédies criminelles portées par des personnages riches, ce casting constitue déjà un signal fort.
Pourquoi Big Mistakes s’inscrit dans un genre en pleine renaissance
La comédie criminelle traverse un moment particulier. Des séries comme Barry, Beef ou The Bear ont démontré qu’on peut braquer des émotions intenses sur des personnages ordinaires sans recourir à l’héroïsme ni à la grandiloquence. Big Mistakes s’inscrit dans cette filiation, mais avec un angle différent. Là où Barry déconstruisait l’efficacité froide du tueur à gages, Levy et Sennott s’attaquent à l’archétype inverse. Leurs héros ne sont pas dangereux. Ils sont désastreux. Et c’est précisément ce qui les rend attachants.
Le format est calibré pour Netflix : 8 épisodes de 30 minutes. Une durée qui force la densité et élimine le remplissage. Chaque épisode doit tenir debout seul tout en servant l’arc global. C’est une contrainte que Levy connaît bien pour l’avoir appliquée avec succès sur les six saisons de Schitt’s Creek, que l’on retrouve légitimement dans le top 100 des séries incontournables de la décennie.

Ce que la série dit, en filigrane, sur nous
Derrière les fusillades ratées et les quiproquos criminels, Big Mistakes touche à quelque chose de plus profond. L’idée que l’on peut faire une bêtise par amour. Que les meilleures intentions mènent parfois aux pires endroits. Nicky vole pour sa grand-mère. C’est absurde. C’est humain. C’est exactement le type de paradoxe que Levy explore depuis ses débuts : la famille comme source de chaos, mais aussi comme seule vraie boussole.
Dans un paysage télévisuel saturé de héros compétents qui maîtrisent tout, voir deux êtres humains normaux s’enfoncer dans une situation qui les dépasse a quelque chose de libérateur. On rit d’eux. On rit avec eux. Et à un moment, presque sans s’en rendre compte, on se reconnaît en eux. C’est le signe d’une écriture qui va au-delà du gag. Les amateurs des meilleures séries américaines de tous les temps savent exactement reconnaître ce genre de signature.
Big Mistakes ne cherche pas à inventer un nouveau genre. Elle cherche à raconter quelque chose de vrai avec les outils du divertissement. Si Dan Levy réussit ce pari, le 9 avril 2026 sera une date à retenir.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.

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