Behemoth! : Pedro Pascal sonne juste, le récit moins

Tony Gilroy trouve le bon accord avec les musiciens, mais son drame peine à donner du répondant à son violoncelliste.

Avec Behemoth!, Tony Gilroy réussit le portrait d’un métier mieux que la trajectoire de son protagoniste. La musique respire; le drame, lui, manque parfois d’air.

Sommaire3 sections
  1. 01Pascal ne joue pas du pipeau
  2. 02La bande originale sort de son cadre
  3. 03Le violoncelle vibre, Alex encaisse

Présenté le 1er octobre 2026 au Dolby 88 dans le cadre du New York Film Festival, ce long métrage de 124 minutes suit Alex Serian, violoncelliste professionnel incarné par Pedro Pascal. Gilroy en signe la réalisation et le scénario. Derrière cette association, le terrain le plus fécond n’est pas le prestige de l’affiche : c’est le travail musical, pris au sérieux jusque dans ses gestes et ses séances d’enregistrement.

Le film, présenté comme une sortie de Searchlight Pictures, s’intéresse notamment aux orchestres qui enregistrent des musiques de cinéma. Ce choix lui donne un angle précis : regarder ceux qui fabriquent une part de nos émotions de spectateurs, plutôt que laisser la bande originale accomplir discrètement sa besogne. Le meilleur de Behemoth! se joue dans cet écart entre la musique qu’on produit et celle qu’on reçoit.

Pascal ne joue pas du pipeau

Scène officielle : Behemoth!
Behemoth! © Droits réservés

Pedro Pascal a appris le violoncelle pour le rôle, et la crédibilité de ses gestes constitue l’un des vrais atouts du film. Ce n’est pas un détail réservé aux instrumentistes tatillons. Quand un personnage existe d’abord par son métier, son rapport physique à l’instrument devient une condition de notre adhésion. Ici, l’acteur ne se contente pas d’emprunter les accessoires d’Alex : le travail accompli donne du poids à sa présence.

Cette justesse rejoint celle du milieu représenté. Les musiciens classiques et les séances d’enregistrement possèdent une authenticité qui évite de réduire l’orchestre à un décor distingué. Gilroy trouve là une matière concrète, une pratique collective, un savoir-faire. Pas besoin de mettre le génie sur un piédestal pour rendre la musique intéressante. Le boulot suffit, et c’est déjà beaucoup.

La bande originale sort de son cadre

Scène officielle : Behemoth!
Behemoth! © Droits réservés

Le dispositif le plus joueur consiste à faire des morceaux enregistrés par l’orchestre la bande originale du film lui-même. La musique change donc de statut : d’abord objet du travail des personnages, elle accompagne ensuite le récit qui les contient. Cette circulation donne à Behemoth! une dimension méta sans l’obliger à quitter son sujet. Le cinéma écoute sa propre fabrication.

L’idée amuse, mais son apport dramatique demeure moins évident que son élégance formelle. Faire passer une musique d’un registre à l’autre crée une connivence avec le spectateur; cela ne donne pas automatiquement davantage de relief à Alex. Un joli raccord sonore n’est pas une relance dramatique. C’est précisément là que le film laisse entendre ses limites.

Le violoncelle vibre, Alex encaisse

Scène officielle : Behemoth!
Behemoth! © Droits réservés

Les sauts temporels compliquent parfois la localisation des événements. L’ellipse peut condenser une trajectoire; elle devient un obstacle quand on doit d’abord retrouver ses repères pour en mesurer les enjeux. Ici, le récit gagne moins en densité qu’il ne perd, par moments, en lisibilité.

La placidité d’Alex accentue cette distance. Pascal convainc dans le geste professionnel, mais son personnage manque parfois de réaction : on croit au violoncelliste davantage qu’on ne s’attache à son parcours. Voilà le désaccord central de ce drame, solide dans son ancrage musical, moins assuré dans sa progression narrative. La partition, créditée au Behemoth! Collective, reste son argument le plus tangible.

Bande-annonce VF de Behemoth!

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