Cinéma & Divertissement

Asghar Farhadi critique Argo et le sauveur américain

À Rio, le cinéaste conteste le héros blanc providentiel et défend une politique du quotidien, loin des grands discours.

Publié le 3 min de lecture

À Rio, le cinéaste conteste le héros blanc providentiel et défend une politique du quotidien, loin des grands discours.

Asghar Farhadi prend pour cible le sauveur américain blanc des récits hollywoodiens, avec Argo dans sa ligne de mire. Son reproche porte sur le regard autant que sur le héros : qui sauve qui, et qui occupe le centre du récit?

Sommaire3 sections
  1. 01Le sauveur prend toute la place
  2. 02La politique passe aussi à table
  3. 03Changer de pays, pas plaquer une étiquette

Le cinéaste s’est exprimé lors d’une conversation au Festival de Rio, qui se déroule du 1er au 11 octobre 2026. Sa critique ne se limite pas à un long métrage : il conteste les films hollywoodiens qui présentent un Américain blanc comme celui qui vient sauver les autres. Argo lui sert d’exemple pour désigner cette mécanique narrative, plutôt que de seul objet à charge.

On peut lire cette intervention comme une discussion sur la place accordée à chacun dans une histoire. Le personnage investi du pouvoir de sauver n’occupe pas la même position que ceux qui attendent son intervention. Chez Farhadi, la question politique commence aussi par cette distribution des rôles.

Le sauveur prend toute la place

Scène officielle : Asghar Farhadi
Asghar Farhadi © Droits réservés

Le reproche formulé à Rio vise une figure précise, pas simplement la présence d’un protagoniste américain. Farhadi met en cause le héros blanc présenté comme la solution aux difficultés des autres. Ce qui l’intéresse ici, c’est le rapport entre celui qui agit et ceux pour lesquels il agit : un déséquilibre inscrit dans le principe même du récit de sauvetage.

Cette distinction évite de transformer ses propos en rejet indistinct du cinéma hollywoodien. Son intervention cible un modèle de représentation. Faire du salut une affaire américaine, c’est déjà choisir un centre de gravité pour l’histoire. Le héros arrive, les autres lui font de la place : voilà la mécanique qu’il conteste. Pas besoin de lui dérouler le tapis rouge en prime.

La politique passe aussi à table

Scène officielle : Asghar Farhadi
Asghar Farhadi © Droits réservés

Farhadi défend une autre manière d’aborder le politique. À ses yeux, parler des relations familiales et de leurs difficultés revient également à parler de politique, même lorsque cette dimension reste indirecte. Le foyer n’est donc pas, dans sa conception du cinéma, un refuge narratif coupé de la société.

Cette position déplace la discussion : faut-il traiter frontalement un conflit pour proposer un regard politique? Sa réponse privilégie une circulation entre l’intime et le collectif, plutôt qu’une séparation étanche entre les deux. La politique n’a pas besoin d’entrer dans une scène avec un porte-voix. C’est une conception du récit qu’il expose, pas une promesse sur le contenu précis de ses prochains films.

Changer de pays, pas plaquer une étiquette

Le cinéaste a également expliqué le déplacement de Parallel Tales des États-Unis vers la France. Le projet avait d’abord été envisagé aux États-Unis; il le jugeait plus européen qu’américain. Il présente donc ce changement comme une question d’adéquation entre le film et son cadre, sans le rattacher à sa critique du sauveur hollywoodien.

Farhadi a enfin indiqué que son prochain film sera tourné en farsi. Il ne traitera directement ni de la guerre en Iran ni du conflit en Palestine. Cette précision concerne les sujets abordés frontalement, sans contredire sa conviction que les relations familiales peuvent, elles aussi, porter une dimension politique.

Vincent Bazire
Écrit par

Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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