
De Pénélope à une pop star vulnérable, cinq performances qui rappellent que l’intensité ne suffit pas : encore faut-il lui donner prise.
Anne Hathaway trouve dans Mother Mary son rôle le plus marquant de cette sélection de 2026. Le spectacle lui va bien; la possibilité d’en montrer les failles lui va mieux.
Cinq films, cinq manières d’occuper le cadre : Andy Sachs revient chez Runway, Pénélope affronte Télémaque et les prétendants, Denise protège ses enfants contre des dinosaures. Ailleurs, Hathaway travaille la malveillance ou conjugue présence de pop star et vulnérabilité. Ce classement porte sur ses interprétations, pas sur la valeur globale des longs métrages : un rôle secondaire peut peser davantage qu’une partition plus démonstrative.
Notre critère : ce que l’actrice fait de l’énergie du rôle, pas seulement la quantité qu’elle y met.

La pop star et la femme vulnérable ne forment pas ici deux arguments séparés. Leur coexistence donne à Hathaway sa partition la plus intéressante : une présence spectaculaire qui ne condamne pas le personnage à rester une image. On retient moins une démonstration de puissance qu’une interprétation capable d’en laisser apparaître la fragilité.
Son alchimie avec Michaela Coel compte dans cette réussite. Elle apporte au rôle une dimension relationnelle qui complète le spectacle, plutôt que de laisser Hathaway seule avec les attributs de la star. C’est ce double mouvement qui justifie la première place : prendre toute la lumière, sans y enfermer le personnage.
Pénélope remonte dans notre classement parce que son rôle, pourtant secondaire, offre deux prises particulièrement nettes : la colère envers Télémaque et la manipulation des prétendants. Hathaway peut y opposer l’expression frontale d’un sentiment à une conduite plus calculée. Pas besoin d’avoir tout le film pour soi pour lui donner du poids.
Cette différence de registre vaut davantage, à nos yeux, que l’ampleur d’une performance d’action. La réserve reste concrète : la place secondaire de Pénélope limite celle de l’actrice. Un rôle moins étendu, mais davantage de jeu dans les articulations.
Denise protège ses enfants avec un fusil à pompe face aux dinosaures. Voilà une situation qui ne réclame pas exactement un jeu en sourdine. Hathaway s’investit dans les scènes d’action et épouse le registre volontairement excessif du film; son intensité possède ici un objectif immédiatement lisible.

Cette adéquation fait la force de la performance. L’excès ne ressemble pas à un débordement gratuit : il accompagne une mère protectrice aux prises avec une menace démesurée. On place pourtant Denise derrière Pénélope, dont la colère et les manœuvres ouvrent deux voies de jeu distinctes.
Les flashbacks permettent à Hathaway de travailler une malveillance délibérément théâtrale. L’intérêt tient précisément à ce parti pris : chercher la cruauté dans un jeu ouvertement composé, plutôt que réclamer à tout prix une discrétion naturaliste. Elle assume le registre retors. Autant y aller franchement.
Cette proposition mérite sa place pour sa netteté, même si on privilégie ici les interprétations qui articulent plusieurs facettes. La théâtralité constitue son attrait principal; elle ne suffit pas à dépasser la vulnérabilité de la pop star ou les stratégies de Pénélope.
Le retour d’Andy Sachs chez Runway laisse Hathaway avec un matériau limité et une énergie qui paraît excessive. Le problème n’est pas son engagement : c’est le décalage entre cette dépense et ce que le rôle lui permet d’en faire. On peut mettre beaucoup dans une scène sans lui donner davantage de relief.
Cette dernière place sanctionne donc une interprétation moins convaincante, pas le retour du personnage en lui-même. Andy retrouve Runway; Hathaway dispose de trop peu de matière pour que son intensité porte pleinement.
