Avec Fuze, Aaron Taylor-Johnson coche la case du thriller de braquage qui passe trop vite sous le radar, alors qu’il a tout du petit piège bien tendu. Entre bombe de la Seconde Guerre mondiale, évacuation de quartier chic et casse en plein Londres, David Mackenzie rejoue la mécanique du chaos avec un sens du tempo qui fait le boulot, et pas qu’un peu.

Le film arrive dans un moment où Aaron Taylor-Johnson continue de naviguer entre films de prestige et opérations plus bancales, de The Fall Guy à Kraven the Hunter, sans oublier ses passages plus payants dans Nosferatu et 28 Years Later. Fuze, lui, est sorti en 2026 après une exploitation en salles assez discrète, pour ne pas dire fauchée du regard par le grand public, avant d’atterrir sur HBO Max le 4 septembre 2026. Au passage, le long métrage n’a pas coûté une fortune pour un studio de cette taille, avec un budget estimé à 45 millions de dollars, et n’a rapporté qu’environ 5,6 millions au box-office. Voilà pour la poésie comptable.

Le vrai sujet, pourtant, n’est pas son score au box-office : c’est la manière dont Fuze recycle le film de casse en thriller de tension pure, avec une idée de départ assez maligne pour tenir la route.

Une bombe, un braquage, et Londres qui retient son souffle

En apparence, Fuze part d’un gimmick presque british à la carte postale : une bombe non explosée de la Seconde Guerre mondiale découverte à Paddington. Sauf qu’ici, on n’est pas dans le folklore du jardin de grand-mère, mais dans un Londres central, évacué à la va-vite, pendant qu’un commando profite du vide pour tenter un braquage sur la Bank Al Muraqabah, du côté d’Edgware Road. Le personnage joué par Aaron Taylor-Johnson, le major Will Tranter, est censé gérer la menace explosive ; il se retrouve aspiré dans une affaire beaucoup plus sale. Classique ? Oui. Mais bien huilé.

Ce qui fait tenir l’ensemble, c’est la façon dont David Mackenzie, déjà responsable de Hell or High Water et du récent Relay, sait installer une pression continue sans surligner ses effets. On sent chez lui le goût du dispositif précis, du thriller qui avance comme un couteau sur la table. Pas besoin de faire le malin : le film sait très bien qu’un bon casse, c’est d’abord une question de timing, de circulation, de faux-semblants. Et quand le décor londonien se met à jouer contre les personnages, ça donne un petit parfum de machine à fantasmes qui tourne à plein régime. Mackenzie ne cherche pas le grand geste, il serre l’étau.

Affiche de The Criminals
Affiche de The Criminals

Taylor-Johnson, le costard et la poudre

Aaron Taylor-Johnson n’a jamais été aussi intéressant que lorsqu’il joue des types qui portent mal leur assurance. Ici, son major Tranter n’est pas un demi-dieu d’action, plutôt un professionnel pris dans une architecture de mensonges plus vaste que lui. Et c’est précisément là que le film devient malin : il profite du charisme très physique de l’acteur, de sa manière de tenir l’image sans la saturer, pour faire croire à une autorité qui se fissure peu à peu. On n’est pas loin d’un rôle qui parle aussi de sa carrière, de cette position un peu instable entre star en devenir et tête d’affiche qu’Hollywood aimerait bien faire passer au rang supérieur. Le genre de trajectoire où il faut encore prouver qu’on peut porter un film sans se prendre les pieds dans le tapis. Pas simple, mais il s’en sort plutôt bien.

Face à lui, Theo James apporte le vernis et la nervosité qu’il faut, dans la peau de Giorgos “George” Karalis, tandis que Sam Worthington complète le tableau. Le casting n’a rien d’un alignement de monstres sacrés, mais il fonctionne comme une petite horloge de genre : chacun a sa fonction, chacun garde une part d’ombre, et le film s’amuse à faire dérailler les attentes. C’est là que Fuze mérite mieux que son image de série B un peu trop sérieuse. Sous ses airs de thriller de gare, il a le sens du contretemps et du faux départ.

Le casse du siècle? Non. Le casse du week-end, et ça suffit

Les critiques ont plutôt bien accueilli le film, avec un score de 72 % sur Rotten Tomatoes au moment de sa mise en ligne sur HBO Max. Jeannette Catsoulis, dans The New York Times, a salué un film qui avance avec tension et entrain, tandis que Randy Myers, du San Jose Mercury News, a souligné la façon dont Mackenzie ne relâche jamais la pression. On peut toujours faire les fines bouches devant les agrégateurs, mais quand un thriller tient sa promesse de tension et de twists sans sombrer dans le grand n’importe quoi, on prend. Surtout quand le réalisateur a déjà prouvé qu’il savait faire du cinéma de genre avec une vraie colonne vertébrale.

Le point amusant, c’est que Fuze ressemble à ces films qu’on aurait dû voir en salles et qu’on découvre finalement en streaming, avec un léger goût de retard. Son passage en exploitation n’a pas déclenché de raz-de-marée, mais sa disponibilité sur HBO Max lui offre une seconde vie plus logique pour un objet de ce type : compact, tendu, assez malin pour qu’on y revienne, pas assez massif pour faire trembler la planète cinéma. Et franchement, on a vu bien pire comme programme du soir. Ce n’est pas un mastodonte, c’est un bon coup de pression.

Reste cette petite ironie du calendrier : pendant que Taylor-Johnson prépare déjà Werwulf pour Robert Eggers, Fuze s’installe discrètement dans le catalogue comme un film qu’on n’avait pas vu venir et qui, pourtant, fait exactement ce qu’on lui demande. Pas de miracle, pas de révolution, juste un thriller propre, nerveux, et assez futé pour qu’on lui laisse sa chance. Ce qui, dans le grand bazar des sorties, relève presque du luxe.

Bande-annonce VF de The Criminals

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