John Abraham lance le tournage de Guru : Ribhu Dasgupta remet le thriller psychologique bollywoodien en tension

Un casting serré, un cinéaste du genre et un acteur taillé pour jouer les hommes qui craquent

John Abraham repart au combat avec Guru, un thriller psychologique signé Ribhu Dasgupta. Sur le papier, on tient peut-être moins un simple nouveau film qu’un petit test de résistance pour un acteur qui aime les rôles à friction et un cinéaste qui sait faire monter la pression sans se prendre pour Christopher Nolan.

Le tournage principal a démarré sur ce long métrage bollywoodien, avec John Abraham en tête d’affiche, mais aussi Danish Pandor, Arif Zakaria et Kitu Gidwani au casting. Le projet s’inscrit dans une veine que Ribhu Dasgupta connaît bien : le thriller, le vrai, celui qui préfère les nerfs à fleur de peau aux grands effets de manche. Pour mémoire, Dasgupta a déjà travaillé ce terrain avec la série Netflix Bard of Blood et le film Girl on the Train, deux objets imparfaits mais révélateurs d’un goût certain pour les récits sous tension. Autrement dit, on n’est pas là pour la promenade du dimanche.

Dans le cinéma hindi, le thriller psychologique a toujours eu une place un peu à part. Moins flamboyant que le blockbuster d’action, moins codifié que la romance musicale, il sert souvent de laboratoire à des cinéastes qui veulent déplacer le centre de gravité du spectacle vers la paranoïa, la culpabilité ou la fracture intime. Depuis les années 2010, le genre a d’ailleurs gagné en visibilité, porté par la circulation mondiale des contenus et par l’appétit des plateformes pour les formats tendus, nerveux, exportables. Netflix, justement, a joué un rôle de fer de lance dans cette montée en gamme du thriller indien, en offrant à des réalisateurs comme Dasgupta un espace où l’intrigue peut respirer sans devoir se plier à la logique du grand numéro de cirque. Le suspense, ici, n’est pas un bonus : c’est le moteur.

Et Guru arrive précisément au moment où John Abraham semble chercher des rôles qui lui permettent de faire plus que poser sa mâchoire au garde-à-vous.

John Abraham, l’homme qui préfère la tension à la caresse

On a souvent réduit John Abraham à une silhouette de premier plan, à une présence physique qui fait le travail avant même qu’il ouvre la bouche. C’est un peu court, et surtout injuste. Depuis plusieurs années, l’acteur alterne les projets musclés et les personnages plus ambigus, avec une attirance nette pour les figures d’autorité, les types cabossés, les hommes qui portent une menace ou un secret. Dans un thriller psychologique, ce genre de profil n’est pas un atout de casting parmi d’autres : c’est la matière même du film.

Ce qui rend Guru intéressant, c’est justement ce possible décalage entre l’image publique d’Abraham et ce que le scénario peut lui demander. Le thriller psychologique adore ce genre de glissement. Il prend un visage familier, presque monolithique, et se met à fissurer la façade. Le spectateur croit connaître le personnage, puis le film lui tire le tapis sous les pieds. C’est vieux comme le genre, mais quand c’est bien fait, ça marche encore comme une horloge suisse sous amphétamines. Le bon thriller ne montre pas un monstre : il montre comment un type banal devient inquiétant.

Ribhu Dasgupta, artisan du trouble et du faux calme

Ribhu Dasgupta n’est pas du genre à vendre du rêve en néons. Son cinéma et ses séries s’intéressent davantage aux zones grises, aux rapports de force et aux identités qui se dérobent. Avec Bard of Blood, il s’attaquait déjà à un récit d’espionnage où la tension politique comptait autant que l’action. Avec Girl on the Train, il adaptait un matériau déjà chargé en faux-semblants et en trauma, en cherchant moins le grand éclat que la sensation de glissement intérieur. On peut discuter ses résultats, bien sûr, mais pas sa cohérence : Dasgupta travaille le thriller comme une mécanique de déséquilibre.

Dans Guru, cette méthode pourrait trouver un terrain encore plus net. Le titre lui-même appelle une lecture ambiguë. Un guru, c’est le guide, le maître, la figure de savoir. Mais dans un thriller psychologique, le maître peut très vite devenir manipulateur, gourou, imposteur ou écran de projection. Le mot porte déjà en lui sa propre faille. Et ça, dans un film de genre, c’est de l’or en barre. Quand le titre sent le piège, on commence déjà à regarder de travers.

Un casting resserré, donc un piège qui se referme

Le quatuor annoncé avec Danish Pandor, Arif Zakaria et Kitu Gidwani laisse entendre un dispositif plus compact qu’un mastodonte à grand spectacle. Et c’est tant mieux. Le thriller psychologique supporte mal les armées de figurants et les sous-intrigues qui bavent de partout. Il lui faut des visages, des silences, des rapports de domination, des scènes où chaque regard peut valoir menace ou mensonge. Le casting secondaire n’est pas là pour faire joli, il sert à densifier l’énigme. Sinon, on se retrouve avec du suspense en carton, et franchement, on a déjà donné.

Ce type de projet se joue souvent à la précision : la direction d’acteurs, le dosage du montage, la manière de faire durer une hésitation ou de faire surgir une information au mauvais moment. Le budget, lui, n’a pas besoin d’être pharaonique pour que le film existe. Dans ce registre, l’argent se voit moins dans les explosions que dans la tenue d’ensemble. Et parfois, c’est là que les films les plus modestes cognent le plus fort. Pas besoin d’un budget de titan pour filer des sueurs froides ; il faut surtout savoir où planter le couteau.

Le genre comme machine à fantasmes, encore et toujours

Le thriller psychologique reste une vieille machine à fantasmes parce qu’il promet exactement ce que le cinéma fait de mieux : transformer une situation banale en champ de bataille mental. Un visage, un geste, une phrase de trop, et tout bascule. Dans le contexte bollywoodien, ce genre a aussi une vertu particulière : il permet de faire cohabiter le spectaculaire et l’intime, la star et la faille, la surface brillante et la zone d’ombre. C’est souvent là que les acteurs les plus installés peuvent surprendre, à condition d’accepter de perdre un peu de contrôle. Pas toujours simple, pour des têtes d’affiche habituées à tenir la boutique.

Avec Guru, John Abraham et Ribhu Dasgupta jouent donc une partie intéressante : celle d’un film qui doit convaincre par sa tension plus que par son volume. Si le projet tient ses promesses, il pourrait rappeler qu’en Inde comme ailleurs, le thriller n’a pas besoin de faire du bruit pour faire mal. Et ça, mine de rien, c’est tout sauf anodin. Le vrai frisson, c’est quand le film vous regarde avant que vous ayez compris qu’il vous a déjà coincé.

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