Chez DC, la scène post-générique a longtemps ressemblé à un bonus un peu timide, coincé entre le clin d’œil et la promesse de franchise. Sauf que quand ça marche, ça peut transformer un simple épilogue en petit morceau de mythologie pop.
Depuis que Marvel a industrialisé le réflexe avec Iron Man en 2008, le cinéma de super-héros vit au rythme de ces séquences parasites devenues indispensables. DC, lui, a souvent joué les retardataires élégants, parfois un peu bancals, avec des stingers moins systématiques, moins rentables, mais souvent plus révélateurs de ses hésitations industrielles. Entre le DCEU lancé à coups de gros budgets, les relances successives, les promesses de crossovers et les retours en arrière, ces scènes disent beaucoup de la machine DC : une usine à fantasmes qui adore annoncer la suite sans toujours savoir si elle existe vraiment. Et c’est précisément là que ça devient drôle, ou pathétique, selon l’humeur du jour.
Au fond, la meilleure scène post-générique DC n’est pas forcément celle qui tease le plus fort, mais celle qui comprend ce qu’elle raconte du film, de la franchise et de l’époque qui l’a fabriquée.
Le petit supplément d’âme qui sent la poudre
Dans un blockbuster de super-héros, la scène post-générique sert souvent de carte de visite pour la suite. Chez DC, elle a parfois l’air d’un pari lancé à la va-vite, parfois d’un vrai geste de mise en scène. Prenez Suicide Squad (2016) : la rencontre entre Bruce Wayne et Amanda Waller ne se contente pas de faire avancer l’intrigue du DCEU, elle installe aussi Ben Affleck en Batman de l’ombre, sorte de chef d’orchestre qui veut recruter, surveiller, contrôler. Le film n’est pas un monstre sacré, loin de là, mais sa scène finale a au moins le mérite de dessiner un pouvoir en coulisses. C’est sec, efficace, presque politique. Le genre de séquence qui promet un échiquier plus vaste que le film lui-même.
À l’inverse, The Suicide Squad (2021) joue la carte du gag presque pur avec Weasel, censé avoir noyé sa sale gueule de rongeur anthropomorphe avant de le retrouver vivant sur la plage. James Gunn, qui a écrit et réalisé le film avant de prendre la tête de DC Studios avec Peter Safran, sait très bien que la blague n’a pas besoin d’être énorme pour fonctionner. Le personnage réapparaîtra ensuite dans Creature Commandos, ce qui donne à la scène une petite valeur de passeport. Pas mal pour un type qui ressemble à un accident de laboratoire avec des dents. Chez Gunn, même le nonsense peut devenir canon.
Les promesses qu’on garde sous le coude
Le grand plaisir des stingers DC, c’est aussi leur capacité à faire miroiter des suites qui n’arriveront jamais, ou pas comme prévu. Shazam! (2019) aligne ainsi Doctor Sivana et Mister Mind dans une scène qui sent le plan de bataille à venir, avec David F. Sandberg lui-même derrière la voix du ver cosmique. Le problème ? La suite a ensuite préféré d’autres pistes, et cette alliance est restée en suspens. Résultat : la scène est devenue plus savoureuse encore, non pas parce qu’elle annonçait un futur radieux, mais parce qu’elle documente une trajectoire abandonnée. Le cinéma de franchise adore les promesses ; DC, parfois, adore surtout les promesses qui se dégonflent.
Le cas de Shazam! Fury of the Gods (2023) est encore plus piquant. On y retrouve Mister Mind face à un Sivana toujours enfermé, frustré de n’avoir rien vu venir. Là, le gag fonctionne presque comme un aveu : oui, le film sait qu’il a laissé traîner un fil, oui, il sait aussi que ce fil ne mènera probablement nulle part. Et comme le long métrage a été un échec au box office, l’ironie devient presque méta. On n’est plus seulement dans le teasing, on est dans le commentaire désabusé sur le teasing lui-même. C’est assez gonflé, et franchement plus intéressant que beaucoup de scènes censées “préparer l’avenir”.
Les Amazones et les autres héritages
Autre valeur sûre : quand DC se souvient qu’il a un patrimoine. Wonder Woman 1984 (2020) offre à Lynda Carter, première incarnation télévisée de l’héroïne dans les années 1970, un caméo en Asteria. Ce n’est pas juste un clin d’œil pour collectionneur de figurines ; c’est une manière de rappeler que Wonder Woman n’est pas née avec le DCEU, mais qu’elle traverse plusieurs générations d’images, de formats et de fantasmes. Gal Gadot, à ce moment-là, incarne déjà une version moderne du personnage, mais le film choisit de faire circuler la mémoire plutôt que de faire table rase. Et ça, mine de rien, c’est plus élégant qu’un simple “à suivre”.
Dans le même esprit, Aquaman (2018) réussit une scène post-générique qui a, cette fois, une vraie utilité dramatique. Black Manta, joué par Yahya Abdul-Mateen II, s’allie à Stephen Shin, incarné par Randall Park, et le film pose ainsi la base de ce que Aquaman and the Lost Kingdom exploitera ensuite. Voilà le genre de promesse tenue qui fait du bien : pas un mirage, pas un gadget, mais un vrai pont narratif. Dans un système où tant de séquences post-crédits servent à faire mousser l’univers étendu sans jamais payer, celle-ci a le mérite de ne pas tirer une balle dans le pied de son propre récit.
Le rire, le calme et le reste du monde
Les meilleures scènes post-générique DC ne sont pas forcément les plus tonitruantes. Celle de Superman (2025), avec David Corenswet et Krypto, joue au contraire la carte du silence et du repos après le chaos. Le héros et son chien regardent la Terre depuis la Lune, et soudain le film comprend qu’un univers de super-héros peut aussi respirer. James Gunn, encore lui, sait qu’après l’excès, il faut parfois une image simple pour laisser retomber la pression. Pas besoin de fanfare, pas besoin de grand discours : juste un moment suspendu. C’est peut-être ça, le vrai luxe d’une scène post-générique réussie : ne pas brailler pour exister.
Dans le même film, une autre séquence joue davantage la carte de la taquinerie avec Mister Terrific, interprété par Edi Gathegi, et Superman. Là encore, le ton est léger, presque domestique, comme si DC cherchait enfin à faire cohabiter le spectaculaire et la malice sans se prendre pour un oracle cosmique. À l’opposé, DC League of Super-Pets (2022) s’amuse avec Lex Luthor, joué par Marc Maron, coincé derrière les barreaux, pendant que Lulu, son cobaye dopé à la kryptonite, trouve une nouvelle vie auprès de Mercy Graves. Ce n’est pas du grand art, mais c’est propre, lisible, et surtout plus malin que la promesse de crossover avec Black Adam glissée à la fin du film. Comme quoi, même chez DC, le gag animalier peut parfois mieux tenir la route que la grande stratégie de studio.
Au bout du compte, ces scènes racontent une histoire parallèle à celle des films eux-mêmes : celle d’un studio qui a longtemps cherché sa boussole entre héritage, relance, continuité et coups de bluff. Et si DC a souvent raté la marche, il lui arrive aussi de produire, au détour d’un générique, une idée plus nette que dans tout le reste du long métrage. Ce qui, franchement, n’est pas rien. Parfois, chez DC, le meilleur film dure trente secondes.
Reste à savoir si la prochaine scène post-générique sera une vraie promesse ou juste un autre petit caillou jeté dans le vide. On a déjà vu les deux, et c’est peut-être ça qui nous fait encore rester jusqu’au bout, même quand la salle se vide et que le néon du générique commence à fatiguer.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




