DC n’a pas attendu que la poussière retombe autour de Superman pour dégainer son prochain coup tordu : une série centrée sur Gorilla Grodd, traitée comme un faux documentaire true crime. Et les premières photos de tournage montrent déjà un singe en costume qui a l’air de sortir d’un gala universitaire un peu trop ambitieux.
Pour remettre les pendules à l’heure, Superman a servi de rampe de lancement au nouveau DC Universe en 2025, sous la houlette de James Gunn, avec cette volonté très claire de mélanger le grand spectacle de franchise et des propositions plus décalées. Là, on change de braquet sans quitter le même terrain de jeu : The People Vs Gorilla Grodd a été annoncé en novembre 2025, a reçu en août 2026 une commande officielle de huit épisodes pour HBO Max, et a déjà commencé son tournage à Atlanta, sur le campus de Georgia Tech. Autant dire que la machine ne traîne pas. Le projet est signé Tony Yacenda et Dan Perrault, les cerveaux derrière American Vandal, cette petite bombe de faux true crime qui avait compris avant tout le monde qu’on pouvait faire du sérieux avec des conneries très bien cadrées. Ici, on reprend le même principe, mais avec un gorille télépathe, un meurtre royal et Jimmy Olsen en enquêteur. Oui, on est bien chez DC, et non, personne n’a pris de pause café avant de valider ça.
Le vrai sujet, au fond, ce n’est pas seulement Grodd : c’est la manière dont DC transforme son bestiaire en laboratoire de formats.
Un gorille, un campus, et beaucoup trop de sérieux pour être honnête
Les images de tournage qui circulent montrent un Gorilla Grodd en version pratique, costume intégral, tenue chic, et même toge de remise de diplôme. Le détail est délicieux : on ne parle pas d’un simple monstre de laboratoire ou d’un vilain de fin de saison, mais d’une figure quasi burlesque, installée au milieu d’étudiants bien réels sur le campus de Georgia Tech. Pas de grand mur de fond vert, pas de dispositif invisible à l’horizon, juste un grand singe en costume qui se promène comme s’il avait raté un séminaire de sociologie. C’est exactement le genre de décalage visuel qui peut faire mouche si la série assume son imposture jusqu’au bout.
Le choix du faux documentaire n’a rien d’anodin. DC ne fait pas seulement un spin-off de plus dans son univers étendu ; la marque tente ici une greffe de ton, un petit coup de scalpel dans la grosse mécanique des superproductions. Depuis des années, les studios cherchent à faire passer la pilule des franchises en leur donnant une texture de genre : polar, horreur, comédie noire, satire médiatique. Là, on touche au true crime, ce grand marché de l’obsession contemporaine qui a colonisé la télé comme les plateformes. Et avec Jimmy Olsen au centre, le dispositif devient encore plus malin : le personnage n’est plus juste le petit photographe de service, il devient le regard, la caméra, la conscience narrative. Bref, le type qui tient le micro pendant que l’absurde se donne des airs de tragédie nationale. On n’est pas loin d’un Zelig version DC, avec un gorille accusé de meurtre à la place du caméléon de Woody Allen.

Le procès du gorille, ou comment DC recycle ses monstres sacrés
Selon la ligne officielle relayée par Variety, l’histoire suit Jimmy Olsen qui rouvre le dossier de Grodd, condamné pour le meurtre de son père, le roi de Gorilla City, afin de déterminer s’il a été injustement jugé dans l’un des procès les plus célèbres de Metropolis. Voilà une base qui sent à la fois le feuilleton judiciaire, la parodie de docu criminel et la mythologie de comics bien charpentée. Et c’est là que le projet devient plus intéressant qu’un simple gag de plateau : Grodd n’est pas un faire-valoir, c’est un vieux démon du catalogue DC, un adversaire récurrent de Flash, souvent utilisé comme symbole du savant fou devenu prédateur politique. Le faire passer par le filtre du true crime, c’est lui offrir une nouvelle lecture, plus contemporaine, plus médiatique, presque plus sale.
Le casting renforce cette logique de faux sérieux. Skyler Gisondo reprend Jimmy Olsen, entouré de Beck Bennett, Mikaela Hoover et Wendell Pierce, déjà vus dans Superman, tandis que Mary Holland, Eduardo Franco, Arian Moayed, Andrew Leeds et Tim Baltz complètent le tableau. Jimmy Tatro prête sa voix à Grodd. Et voilà qu’on se retrouve avec une série qui semble conçue pour faire cohabiter la comédie de bureau, le procès de province et le film de monstre de studio. Le pari est simple : faire croire à une enquête capitale sur un sujet qui, sur le papier, relève du grand n’importe quoi. C’est précisément ce genre de grand écart qui peut donner un objet culotté, à condition de ne pas se prendre pour le nouveau Citizen Kane du gorille parlant. On a déjà donné, merci bien.
James Gunn, le chef d’orchestre qui adore les virages à 180 degrés
James Gunn a confirmé que la série serait la première incursion du DC Universe dans le vrai genre true crime. Le mot-clé est là : incursion. Pas révolution, pas manifeste, pas table rase, mais petite avancée tactique dans une stratégie plus large. Gunn sait très bien que l’avenir des franchises ne se joue plus seulement sur la puissance des effets spéciaux ou la taille du budget de production ; il se joue aussi sur la capacité à varier les textures, à donner à chaque opus une identité assez nette pour qu’on ait envie d’y revenir. C’est le vieux piège des univers partagés : si tout se ressemble, on s’endort ; si tout part dans tous les sens, on décroche. Alors on bricole des sous-genres, on change de rythme, on mise sur l’étrangeté. Et parfois, ça donne un gorille diplômé qui pose sur un campus. Ce n’est pas très orthodoxe, mais ça a au moins le mérite d’avoir du panache.
Reste la question du costume pratique, déjà présenté par certains observateurs comme un simple placeholder destiné à être remplacé par du CGI. Possible. Probable même. Mais ce qui compte, c’est l’effet produit à ce stade du tournage : la série assume de montrer son monstre avant de le lisser en postproduction. Ce petit écart entre le bricolage visible et la finition numérique raconte beaucoup de la fabrique des séries de franchise aujourd’hui. On vend du spectaculaire, mais on commence par une image presque artisanale, presque ridicule, presque trop concrète pour être vraie. Et c’est là que ça devient drôle. Si DC tient cette ligne jusqu’au bout, The People Vs Gorilla Grodd pourrait bien être moins une série sur un gorille qu’une série sur notre besoin de tout transformer en affaire d’État. Pas mal pour un singe en toge, non ?
En attendant, on garde l’œil sur Atlanta, sur Georgia Tech, sur les prochaines photos volées et sur la manière dont cette fausse enquête va se tenir debout une fois débarrassée de son charme de plateau. Parce qu’entre un costume de gorille et un vrai concept, il n’y a parfois qu’un pas. Et parfois, c’est le plus fun à regarder.
Bande-annonce VF de Superman
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




