Un film de 100 minutes, Angelina Jolie en tête d’affiche, Taylor Sheridan aux commandes : sur le papier, Those Who Wish Me Dead avait tout du petit thriller taillé pour l’efficacité. En salles, il a surtout servi de victime collatérale à la grande pagaille des sorties 2021. Sur Netflix, en revanche, il retrouve une drôle de revanche.
Le cas est assez parlant pour qu’on s’y attarde. Sorti en 2021, Those Who Wish Me Dead arrive à un moment où l’exploitation en salles reste encore cabossée par la pandémie, tandis que Warner Bros. pousse ses films du moment sur HBO Max le jour même de leur sortie cinéma. Résultat : un long métrage de milieu de gamme, ni franchise, ni mastodonte de super-héros, ni objet de prestige bardé de prix, se retrouve coincé entre deux logiques industrielles. Pas franchement le meilleur terrain pour faire du bruit. Et pourtant, quatre ans plus tard, le film refait surface sur Netflix et grimpe dans le top des visionnages aux États-Unis, selon les chiffres relayés par FlixPatrol. Le streaming adore ce que les salles ont laissé tomber : les films courts, nerveux, sans gras, qui se regardent comme on ouvre une bière après une journée trop longue.
À ce stade, on pourrait presque parler d’un retour à l’ancienne. Those Who Wish Me Dead sent le thriller des années 1990, celui qui misait sur une star, un décor hostile et une mécanique de survie plutôt que sur un univers étendu ou une mythologie à rallonge. Taylor Sheridan, qui a déjà trouvé son Olympe télévisuel avec Yellowstone, y joue justement une partition plus ramassée. Il adapte le roman de Michael Koryta paru en 2014, écrit le scénario et met en scène un récit de chasse à l’homme dans la wilderness du Montana. Angelina Jolie y incarne Hannah Faber, pompier du feu traumatisée, face à deux tueurs lancés à la poursuite d’un enfant. Le casting aligne aussi Aidan Gillen, Nicholas Hoult, Jon Bernthal, Finn Little, Medina Senghore et Tyler Perry. Oui, Tyler Perry. Le genre de présence qui fait lever un sourcil puis relancer le film d’un cran, sans prévenir.
Le vieux monde du star vehicle, version Netflix
En réalité, le succès tardif du film dit beaucoup de notre époque. Dans les années 1990, un thriller de 100 minutes porté par Angelina Jolie aurait pu faire un joli box-office, surtout avec un budget de milieu de gamme et une campagne marketing bien huilée. Aujourd’hui, ce type d’opus n’a plus la même place dans la hiérarchie des studios. Les plateformes, elles, savent encore quoi faire de ces objets : les ressortir au bon moment, les pousser dans les recommandations, et laisser l’algorithme jouer les programmateurs de salle. Autrement dit, le film n’a pas changé de nature ; c’est le marché qui a enfin compris à quoi il servait.

On ne va pas se mentir : Those Who Wish Me Dead n’est pas un grand film à thèse, ni un sommet de complexité. Mais Sheridan sait tenir un cadre, installer une tension, faire exister un décor comme une menace. Le feu de forêt n’est pas qu’un prétexte spectaculaire ; c’est la vraie matière du film, sa pression physique, son moteur dramatique. Jolie, elle, apporte ce qu’elle sait faire depuis longtemps : une présence de demi-déesse fatiguée, dure en surface, fissurée dessous. Elle a ce mélange rare de contrôle et de fragilité qui donne de l’épaisseur à un rôle écrit sans fioritures. Et quand le film se permet de laisser respirer les personnages secondaires, il trouve même des éclats inattendus, notamment du côté de Medina Senghore, qui impose une énergie de survie très concrète. Le film n’a pas besoin d’en faire des caisses pour tenir debout ; il lui suffit d’être sec, tendu et un peu sale.
La revanche des petits formats qui mordent
Ce retour en grâce sur Netflix confirme une tendance qu’on voit revenir par vagues : les spectateurs ne se ruent pas seulement sur les blockbusters et les franchises. Ils aiment aussi les thrillers compacts, les films de genre sans prétention affichée, ceux qui vont droit au but et ne vous prennent pas pour un stagiaire du lore. Those Who Wish Me Dead coche précisément ces cases. Pas de surenchère, pas de durée interminable, pas de table rase narrative. Juste une course contre la montre, des tueurs, un incendie, et une star qui sait encore tenir l’écran sans demander la permission.
Il y a là une petite ironie délicieuse : ce que les salles de 2021 n’ont pas vraiment su ou pu défendre, la plateforme le recycle en succès d’audience. Comme si le film avait attendu son bon format d’accueil. Morale provisoire : parfois, ce n’est pas le public qui boude un film, c’est le film qui débarque au mauvais comptoir.
Et puis il y a Taylor Sheridan, évidemment. À force d’aligner les séries et les projets, l’homme a fini par devenir une machine à fantasmes pour les studios comme pour les plateformes. Mais Those Who Wish Me Dead rappelle qu’avant d’être le patron d’un petit empire télévisuel, il savait déjà fabriquer des récits tendus, secs, presque archaïques dans leur efficacité. Pas de grand discours, pas de psychologie lourde. Juste du feu, de la fuite et des corps qui tiennent bon. Parfois, ça suffit largement. Et sur Netflix, visiblement, ça suffit même à grimper dans le classement. Qui aurait parié là-dessus au printemps 2021 ?
Bande-annonce VF de Ceux qui veulent ma mort
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




