Un casse, une bombe de la Seconde Guerre mondiale, 96 minutes au compteur et voilà Fuze propulsé en tête des films les plus vus sur HBO Max aux États-Unis. Comme quoi, le genre braquage n’a pas besoin de faire le malin pendant trois heures pour tenir l’écran par la gorge.

Le film de David Mackenzie, sorti en salles aux États-Unis plus tôt dans l’année dans une relative indifférence, a trouvé sa vraie vie à domicile. D’après FlixPatrol, il domine désormais les classements de la plateforme de Warner Bros. Discovery sur le territoire américain. Rien de très surprenant, au fond : le cinéma de casse a toujours eu ce petit parfum de mécanique bien huilée, de promesse tenue, de plaisir presque pavlovien. On sait qu’on va être menés en bateau, et c’est précisément ce qu’on vient chercher. Dans le cas de Fuze, cette logique fonctionne d’autant mieux que le film ne s’embarrasse pas de gras. Pas de bavardage inutile, pas de surenchère numérique à la mords-moi-le-nœud : juste un thriller tendu, sec, et assez malin pour faire cohabiter le cambriolage et la menace d’une bombe non explosée datant de la guerre. Le genre de combo qui, sur le papier, sent déjà la sueur froide.

Et si le vrai coup de maître de Fuze, c’était moins son intrigue que sa manière de remettre au goût du jour un thriller à l’ancienne, sans faire semblant d’inventer l’eau tiède ?

Le casse, la bombe et le petit miracle du timing

Le dispositif est simple, presque insolent : pendant qu’une équipe de voleurs prépare un gros coup en Angleterre, les autorités locales sont occupées par une bombe supposément enfouie depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce double moteur donne au film une tension très particulière, entre film de braquage et suspense de déminage. Ça peut paraître cousu de fil blanc, mais c’est justement là que Mackenzie sait faire la différence : il ne cherche pas à réinventer le genre, il le resserre. Il le nettoie. Il le remet sur ses rails. Et, oui, ça marche.

Dans l’absolu, Fuze s’inscrit dans une tradition bien connue des amateurs de cinéma de genre : celle des films moyens en budget, modestes en apparence, mais redoutables quand ils sont tenus par une mise en scène précise et un casting utilisé comme une armée de visages familiers. Aaron Taylor-Johnson, Theo James, Gugu Mbatha-Raw et Sam Worthington forment ici un groupe de têtes d’affiche qui n’a pas besoin de cabotiner pour exister. Mackenzie les cadre comme des acteurs de caractère, pas comme des panneaux publicitaires. C’est souvent là que les thrillers les plus efficaces font la différence : ils savent que la star n’est pas là pour faire le paon, mais pour serrer la vis.

Affiche de The Criminals
Affiche de The Criminals

Mackenzie, ce vieux briscard qui connaît la musique

Pour rappel, David Mackenzie n’en est pas à son premier coup d’essai dans le registre du polar nerveux. Hell or High Water en 2016 avait déjà montré sa capacité à faire vibrer un récit de braquage avec une sécheresse quasi westernienne, tandis que Relay avait confirmé son goût pour les dispositifs de suspense qui reposent autant sur l’idée que sur le mouvement. Le cinéaste britannique appartient à cette famille de metteurs en scène qui savent faire beaucoup avec peu, sans transformer cette économie de moyens en slogan creux. Il y a chez lui une vraie mémoire du cinéma des années 1970, de Sidney Lumet à Alan J. Pakula, cette époque où la tension naissait moins du volume sonore que de la précision du cadre et du tempo.

Et c’est peut-être pour ça que Fuze trouve si bien sa place sur une plateforme. Le film a tout du long métrage qu’on laisse passer en salles, puis qu’on redécouvre un soir de semaine ou un dimanche un peu vaseux, et là, paf, il vous attrape par le col. Le streaming joue aujourd’hui le rôle qu’avaient autrefois les DVD pour certains films de milieu de gamme : celui de la deuxième chance. Sauf qu’entre-temps, la fenêtre de diffusion s’est rétrécie, la patience du public aussi, et les studios ont fini par comprendre qu’un film peut très bien exister en dehors du box-office. Dans cette économie-là, Fuze n’est pas un accident : c’est un modèle de survie.

Le genre de film qui ne fait pas de bruit, mais qui mord

Ce succès dit quelque chose de plus large sur l’état du cinéma de genre en 2026. Les grosses machines continuent d’aspirer l’attention, bien sûr, mais les thrillers compacts, les récits de casse, les films de tension pure gardent une force particulière dès qu’ils trouvent le bon écrin. Pas besoin d’un budget de blockbuster ni d’un univers étendu à rallonge pour créer l’adhésion. Il suffit parfois d’une idée claire, d’un rythme net, d’un metteur en scène qui sait quand couper et quand laisser monter la pression. Le reste, c’est du bonus. Ou du bruit.

Que Fuze soit aujourd’hui le film le plus regardé sur HBO Max aux États-Unis n’a donc rien d’anecdotique. C’est même assez révélateur : le public ne boude pas les récits classiques, il boude surtout les récits paresseux. Donnez-lui un casse bien charpenté, une menace concrète, des acteurs solides et une mise en scène qui ne prend pas le spectateur pour un pigeon, et il répond présent. Le braquage, au fond, reste l’un des derniers grands pactes de confiance entre un film et son public.

Reste à voir combien de temps Fuze tiendra ce statut de petit phénomène de plateforme. Mais une chose est sûre : David Mackenzie vient encore de rappeler qu’un thriller bien tenu peut faire plus de dégâts qu’un mastodonte gonflé aux effets spéciaux. Et ça, franchement, ça fait du bien.

Bande-annonce VF de The Criminals

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