Le London Film Festival aime les affiches qui font lever un sourcil, et cette année il aligne deux avant-premières mondiales, Wildwood et Ray Gunn, histoire de rappeler que la capitale britannique n’est pas là pour faire de la figuration. Entre animation ambitieuse, cinéma d’auteur et titres qui sentent la sélection pensée pour faire parler, le rendez-vous se pose encore en machine à fantasmes très bien huilée.
Pour rappel, le London Film Festival, piloté par le British Film Institute, n’a jamais eu vocation à jouer les petits bras. Depuis sa création en 1957, le festival s’est construit une identité à part dans le calendrier des grands rendez-vous d’automne : moins bling que Cannes, moins industriel que Toronto, mais souvent plus souple, plus curieux, plus prêt à faire cohabiter les œuvres de prestige et les paris un peu plus aventureux. En 2026, la sélection annoncée par Variety aligne ainsi Ink, Club Kid, Bunker, La Bola Negra et Wild Horse Nine, en plus des deux têtes d’affiche qui attirent d’emblée l’œil. Difficile de ne pas y voir la vieille stratégie du festival européen malin : faire circuler les titres avant leur exploitation en salles, capter les acheteurs, nourrir la presse, et garder ce parfum de découverte qui fait encore vendre des billets. Le festival vend du prestige, mais il vend surtout du désir.
Et au milieu de ce joli bazar, Wildwood et Ray Gunn servent de fer de lance, chacun à leur manière, pour rappeler qu’une sélection se lit aussi comme un manifeste.
Les titres qui claquent, les paris qui restent
Dans le cas de Wildwood, on est face à un projet qui, par son seul nom, convoque déjà tout un imaginaire de forêt, de conte et de bascule vers l’étrange. Le film, attendu en avant-première mondiale à Londres, s’inscrit dans cette zone grise où l’animation peut encore se permettre d’être autre chose qu’un produit calibré pour trois marchés et deux plateformes. C’est précisément là que le London Film Festival aime planter son drapeau : sur des œuvres qui gardent une part de mystère, voire d’inconfort. On ne parle pas ici d’un simple produit d’appel, mais d’un long métrage que le festival choisit de mettre en vitrine, ce qui n’est jamais anodin. Quand Londres mise sur l’animation, ce n’est pas pour faire joli sur l’affiche.
Face à lui, Ray Gunn intrigue par son titre sec, presque pulp, qui évoque autant la science-fiction de comptoir que le cinéma de genre qui ne demande pas la permission. Là encore, la logique est limpide : le festival ne se contente pas de cocher la case prestige, il cherche le petit choc de programmation, le film qui peut faire discuter les critiques au bar et les programmateurs dans le hall. Et c’est souvent là que la sélection devient intéressante, parce qu’elle révèle moins des certitudes que des appétits. On n’est pas dans la grande liturgie du chef-d’œuvre annoncé, mais dans un assemblage plus nerveux, plus joueur. Bref, ça respire un peu, et ça fait du bien.

Le casting des festivals, ou comment faire monter la sauce
Autour de ces deux avant-premières, la présence de titres comme Ink, Club Kid, Bunker, La Bola Negra et Wild Horse Nine dessine une programmation qui veut clairement tenir plusieurs fronts à la fois : cinéma d’auteur, propositions internationales, objets plus difficiles à classer. C’est la vieille recette des grands festivals généralistes quand ils fonctionnent bien : un peu de glamour, un peu d’audace, une bonne dose de circulation mondiale, et assez de diversité formelle pour que chacun trouve son morceau de sucre. Le London Film Festival a toujours aimé cette position de carrefour, entre l’industrie et la cinéphilie, entre le tapis rouge et la salle obscure. Le tout avec ce chic britannique qui consiste à ne jamais avoir l’air de forcer, même quand on force un peu.
Ce qui frappe, surtout, c’est la manière dont ce type d’annonce fabrique déjà un récit avant même la projection. Une avant-première mondiale à Londres, ce n’est pas seulement une case cochée dans un calendrier : c’est une première prise de température, un test de désir, parfois même un ballon d’essai pour la suite de la carrière du film. Selon l’accueil, on peut enclencher la machine à distribution, déclencher des conversations de prix, ou au contraire laisser le titre se dissoudre dans le bruit ambiant. Le festival joue alors son rôle de chambre d’écho, avec ce mélange de raffinement et de calcul qui fait tout son sel. On appelle ça la culture, mais ça ressemble aussi beaucoup à de la stratégie. Et alors ? C’est le jeu.
Londres, ce vieux renard en costume bien taillé
Ce que cette sélection dit, au fond, c’est que Londres continue de miser sur une identité hybride, assez souple pour accueillir des œuvres très différentes sans perdre sa ligne. Là où d’autres festivals cherchent le coup d’éclat ou la démonstration de force, le BFI préfère souvent l’équilibre entre la découverte et la légitimité, entre le film qui fera parler la presse et celui qui fera revenir le public. C’est moins spectaculaire qu’une montée des marches, mais plus durable dans la mémoire des cinéphiles. Et puis, soyons honnêtes, il y a quelque chose d’assez jouissif à voir ce festival jouer les entremetteurs entre les œuvres et le marché sans jamais renoncer à son vernis culturel. Londres ne crie pas, Londres suggère. Et ça, dans le circuit des grands festivals, c’est déjà une forme de panache.
Reste maintenant la vraie question, celle qui fait tout le sel de ce genre d’annonce : parmi ces titres, lesquels survivront à l’effet catalogue pour devenir de vrais objets de conversation ? Wildwood et Ray Gunn ont déjà gagné une bataille, celle de l’attention. Pour le reste, il faudra voir si la projection confirme le parfum de promesse ou si tout ça retombe comme un soufflé trop pressé. Mais bon, on connaît la musique : à Londres, même les paris les plus sages ont parfois des airs de coup de poker. Et c’est précisément pour ça qu’on y revient.
Bande-annonce VF de Wildwood
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




