En apparence, l’été 2026 se termine sur une note presque rassurante. Le 5 août, Washington, Téhéran et Mascate ont scellé un accord intérimaire de 60 jours pour rouvrir le détroit d’Ormuz, verrouillé par intermittence depuis les frappes israélo-américaines du 28 février contre les installations nucléaires iraniennes. Deux couloirs distincts, aucun droit de passage, une démilitarisation du chenal principal promise sous 30 jours : sur le papier, ça ressemble à une désescalade en bonne et due forme. Le Brent a d’ailleurs dévissé de 10 % en une semaine pour retomber autour de 79-80 dollars début août, contre des pointes à 126 dollars au plus fort de la crise de mars.

Sauf que ce même détroit, par lequel transitent d’ordinaire 20 % de l’offre mondiale de pétrole, a déjà été fermé, rouvert, refermé, et re-rouvert trois fois depuis février. La dernière fermeture en date, celle de mi-juillet, a fait remonter le Brent à plus de 108 dollars et le gaz européen (TTF) de 57 % en cinq semaines. Le cessez-le-feu tient à un fil, et ce fil s’appelle « accord de 60 jours renouvelable ». D’où une question toute simple : qu’est-ce qui nous attend vraiment entre octobre et décembre ?

Ormuz, le feuilleton qui refuse de finir (et qui plombe nos factures)

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Pour rappel, la région du Golfe pèse environ 25 % de la production mondiale de pétrole brut, et le détroit lui-même large de seulement 33 kilomètres a vu son trafic tomber à cinq ou six navires par jour contre une centaine en temps normal, selon les données de la plateforme Kpler reprises par LCI début août. L’accord tripartite du 5 août prévoit une absence de frais de transit et une route sûre par les eaux d’Oman. Éric Dor, directeur des études économiques de l’Ieseg, tempère cependant dans les colonnes d’Ouest-France : « Une réouverture ne normalisera pas tout de suite le marché du pétrole » . Concrètement, la confiance des armateurs et des assureurs maritimes ne se reconstruit pas en 48 heures : les surprimes d’assurance sur les tankers restent collées au tarif « zone de guerre ».

L’OPEP+ a de son côté relevé ses quotas de 188 000 barils par jour pour août afin de compenser les mois de disette, une rustine qui suffit à peine à combler le trou laissé par des semaines de trafic ralenti . Autre valeur utile à connaître : la BCE elle-même a bâti ses scénarios de juin 2026 sur une hypothèse d’un baril moyen à 112 dollars au deuxième trimestre, soit 25 % de plus que ce qu’elle anticipait en mars et 75 % de plus qu’en décembre 2025. Le marché n’a donc pas attendu l’accord d’août pour intégrer un scénario de guerre longue dans ses prix.

La BCE voit rouge, et ce n’est pas une métaphore filée

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Dans ses projections macroéconomiques de juin 2026, la Banque centrale européenne prévoit que l’inflation totale de la zone euro, mesurée par l’IPCH, culminera à 3,4 % aux troisième et quatrième trimestres 2026, avant de rester au-dessus de 3 % jusqu’au début 2027 . Le vrai coupable, sans surprise, c’est l’énergie : la BCE table sur une inflation énergétique qui grimpera à 12,5 % au troisième trimestre, avant de refluer fortement en 2027 quand les effets de base s’inverseront. En clair, le pic n’est pas encore passé : il arrive pile pour l’automne, au moment où les ménages rallument le chauffage et où les factures d’énergie retombent dans les boîtes aux lettres.

Sur le fond, la BCE distingue bien deux temps. À court terme, la répercussion du choc pétrolier sur les carburants est forte et immédiate. À moyen terme, ce choc se diffuse plus lentement vers les prix hors énergie : l’inflation sous-jacente (IPCHX) est attendue à 2,7 % début 2027, contre 2,3 % en 2026, preuve que la facture énergétique finit toujours par contaminer le reste du panier. L’inflation alimentaire, elle, doit grimper progressivement pour culminer à 3,7 % au deuxième trimestre 2027. La croissance de la zone euro, de son côté, ne dépasserait pas 0,8 % en 2026, un chiffre revu à la baisse de 0,1 point par rapport à mars, avec un taux d’épargne des ménages qui grimpe à 14,5 % du revenu disponible, signe que tout le monde met de côté par précaution plutôt que de consommer.

La France dans le rétroviseur : le SMIC qui court après les prix

En réalité, l’Hexagone cumule les mauvaises nouvelles depuis le printemps. Selon l’Insee, les prix à la consommation ont progressé de 2,2 % sur un an en avril 2026, après 1,7 % en mars, l’IPCH (l’indice harmonisé européen, plus sensible à l’énergie) grimpant lui à 2,5 % . Cette accélération a des conséquences très concrètes : le SMIC, indexé automatiquement sur l’inflation des ménages modestes, a été revalorisé deux fois en six mois, d’abord de 1,18 % au 1ᵉʳ janvier, puis d’un bond de 2,41 % au 1ᵉʳ juin, portant le taux horaire brut à 12,31 euros . Une hausse de salaire qui n’est en réalité qu’un mécanisme de rattrapage : elle traduit à quel point les prix ont couru plus vite que prévu.

Côté croissance, le PIB français est resté quasiment plat au premier trimestre 2026, après une hausse anémique de 0,2 % fin 2025 . Le gouvernement a lui-même abaissé sa prévision de croissance à 0,9 % pour 2026, contre 1 % initialement , et l’OCDE a fait pire en juin, ramenant sa projection à 0,7 %, en pointant explicitement la guerre au Moyen-Orient comme facteur aggravant . Sur le terrain, c’est le portefeuille qui trinque en premier : le gazole a repassé la barre des 2 euros le litre mi-juillet, avec des pointes à 2,13 euros fin juillet et des écarts de 33 centimes entre stations, comme on le décortiquait déjà cet été dans notre récap sur le record à la pompe.

Ce qui va vraiment cogner sur la table de la cuisine cet automne

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Bonne nouvelle relative : la fin du bouclier tarifaire n’a, pour l’instant, pas créé de choc supplémentaire. Depuis le 1ᵉʳ février 2026, les accises sur l’électricité (30,85 €/MWh) et le gaz (16,39 €/MWh) sont revenues à leur niveau de droit commun, et le tarif réglementé de l’électricité est même resté quasi stable autour de 0,194 €/kWh . La prochaine révision, prévue le 1ᵉʳ août 2026, ne devrait alourdir la facture que d’environ 1 % TTC, via le tarif d’acheminement (TURPE). Rien de comparable, donc, au choc de 2022-2023, une nuance que l’on développait déjà en détail dans notre analyse sur ce que la guerre du Golfe coûte vraiment aux ménages.

Sauf que côté alimentation, le calendrier joue contre nous. L’Insee anticipait en mars une inflation alimentaire retombant à 1,0 % en juin 2026, contre 2,0 % en février . Ce répit, purement mécanique, tenait aux stocks constitués avant la guerre. Le souci, c’est que la BCE prévoit désormais un rebond des prix alimentaires jusqu’à 3,7 % au deuxième trimestre 2027 à l’échelle européenne, ce qui signifie que le trou d’air observé cet été n’a rien d’une tendance durable : c’est l’accalmie avant que le carburant plus cher, la logistique plus chère et les engrais plus chers ne remontent, avec deux à quatre mois de décalage habituel, jusqu’au rayon des pâtes. Le quatrième trimestre, c’est précisément la fenêtre où ce décalage se referme.

Le scénario à surveiller (et celui qui nous sauverait la peau)

Nul doute que les indicateurs à garder à l’œil restent le TTF gazier européen et le Brent, actuellement calé autour de 79-80 dollars mais capable de reprendre 15 % en 48 heures dès qu’un cargo se fait toucher au large d’Oman, comme cela s’est produit début août. La BCE elle-même a construit, en plus de son scénario de référence, un scénario modéré où une normalisation plus rapide du pétrole ramènerait l’inflation sous les 2 % dès 2027, et un scénario sévère où un choc énergétique plus violent et plus durable ferait grimper l’inflation durablement bien au-delà de 3,4 %, avec cette fois des effets de second tour sur les salaires comparables à ceux de 2021-2024.

La différence entre un quatrième trimestre supportable et une flambée en règle se jouera donc sur un seul paramètre concret : la tenue de l’accord de 60 jours signé le 5 août. S’il tient, l’inflation française devrait rester proche de 2 % et le pic européen de 3,4 % restera un pic, pas un plateau. S’il craque, comme les deux précédents avant lui, le scénario sévère de la BCE cesse d’être une hypothèse théorique pour devenir la ligne de base du budget de Noël.

LCI fait le point sur la situation dans le détroit d’Ormuz début août 2026.

D’où une certitude un peu amère : le baril d’aujourd’hui, c’est la facture d’électricité de novembre et le prix des pâtes de décembre. Reste à savoir si Téhéran, Washington et Mascate tiendront leurs 60 jours sans se refaire une frayeur en cours de route. On aimerait dire qu’on parie sur le calme. On préfère surveiller le Brent tous les matins, au cas où.

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