Best Medicine a beau jouer les nouvelles séries feel-good de Fox, son vrai moteur, c’est Josh Charles : un acteur qu’on a vu partout sans toujours le nommer. Et c’est précisément là que le personnage de Dr. Martin Best devient intéressant.
La série, lancée sur Fox le 4 janvier 2026, s’inscrit dans une logique très américaine de remake bien huilé : reprendre une formule britannique déjà éprouvée, la déplacer d’un décor à l’autre, et espérer que la sauce prenne encore. Ici, on part de Doc Martin, diffusée au Royaume-Uni de 2004 à 2022 sur dix saisons et 79 épisodes, avec Martin Clunes dans la peau d’un médecin bourru frappé d’hémophobie. Le principe reste le même dans Best Medicine : un chirurgien de Boston, Dr. Martin Best, perd sa place dans le grand monde médical et se retrouve relégué dans une petite ville du Maine, Port Wenn, pour exercer comme généraliste. Le décor change, la mécanique demeure, et la série joue à fond la carte du choc des mondes, du citadin raide comme un piquet face à une communauté locale qui a ses codes, ses habitudes, ses petites manies. Le genre de matière qui, sur le papier, sent un peu la recette industrielle, mais qui peut encore faire illusion si le casting tient debout. Et justement, Josh Charles sait tenir un cadre sans avoir besoin de lever la voix.
Le détail savoureux, c’est que les deux Portwenn sont fictifs. Dans la version britannique, le village est incarné par Port Isaac, en Cornouailles ; dans la version américaine, Port Wenn s’inspire de Corea, dans le Maine, même si le tournage se fait sur les rives de l’Hudson, au nord de New York. Hollywood adore ces faux territoires plus vrais que nature : ça donne l’impression d’un ancrage local, tout en gardant la machine de production à distance respectable. On connaît la chanson. Le réalisme, chez les studios, est souvent une affaire de géographie truquée.
Le visage qu’on reconnaît avant même de le nommer
Si Dr. Best paraît familier, ce n’est pas un hasard ni un caprice de casting. Josh Charles travaille depuis la fin des années 1980, et son parcours ressemble à ces carrières de second plan qui finissent par devenir centrales sans passer par la case superstar. Il a commencé très tôt avec Hairspray de John Waters en 1988, puis Don’t Tell Mom the Babysitter’s Dead de Stephen Herek, avant de rejoindre Dead Poets Society de Peter Weir. Pas exactement des bricoles. Ensuite, il enchaîne les rôles marquants dans Threesome, Things to Do in Denver When You’re Dead, puis se taille une place de choix à la télévision avec Sports Night en 1998, où il incarne Dan Rydell dans les 45 épisodes de la série. À partir de là, on entre dans une logique de présence continue : pas forcément le nom qui crève l’affiche, mais l’acteur qu’on retrouve partout, et qui finit par devenir un repère. Josh Charles, c’est le visage qu’on croit avoir déjà croisé dans trois vies différentes.
Ce qui est malin, c’est que Best Medicine capitalise exactement sur cette impression-là. Dr. Martin Best doit être à la fois compétent, cassant, vulnérable, et un peu à côté de sa propre vie. Charles a déjà joué les hommes brillants mais cabossés, les figures d’autorité fissurées, les types qui semblent tenir l’écran parce qu’ils ne surjouent jamais la maîtrise. Dans The Good Wife, il a passé 107 épisodes dans la peau de Will Gardner, avec deux nominations aux Primetime Emmy Awards à la clé. Dans Sports Night, il tenait déjà cette ligne de crête entre élégance et fatigue morale. Et dans les années 2010 puis 2020, il a continué à naviguer entre comédie et drame avec Inside Amy Schumer, Masters of Sex, Wet Hot American Summer: First Day of Camp, Away, The Power, The Veil ou The Handmaid’s Tale. Le gars ne chôme pas, et surtout il ne se laisse pas enfermer dans une seule couleur. C’est peut-être ça, son vrai luxe : être identifiable sans être prisonnier d’un seul rôle.
Une série de remakes, un acteur de continuité
À ce stade, Best Medicine raconte aussi un petit état du marché télévisuel. Les chaînes cherchent des concepts déjà testés, les plateformes et les diffuseurs veulent des formats lisibles, et le remake devient une sorte de passe-partout industriel. Rien de neuf sous le soleil, mais tout dépend de l’exécution. Fox a lancé la série début 2026 et prévoit déjà une saison 2 pour le 22 septembre 2026, signe que le programme a trouvé son public assez vite. On ne parle pas ici d’une révolution esthétique, mais d’un produit de grille qui doit survivre à la concurrence féroce des séries de confort, celles qui rassurent autant qu’elles divertissent. Et dans ce paysage, Josh Charles fait office de fer de lance discret : pas le monstre sacré qui écrase tout, plutôt l’acteur solide, fiable, assez souple pour porter une comédie dramatique sans en faire des caisses. Il a ce petit avantage rare : il ne joue pas la star, il joue le centre de gravité.
Le reste du casting confirme cette stratégie de reconnaissance immédiate. Annie Potts, qu’on a vue dans Ghostbusters, Pretty in Pink, Designing Women ou Young Sheldon, incarne l’aunt Sarah. Abigail Spencer, passée par All My Children, Rectify et Timeless, joue Louisa Gavin, une institutrice locale. Josh Segarra, connu pour Arrow et She-Hulk: Attorney at Law, campe le shérif Mark Mylow. Cree, aperçu dans Mr. Iglesias, complète l’équipe, tout comme John DiMaggio, voix de Bender dans Futurama et de Jake dans Adventure Time, qui prête sa présence à Bert Large. Autrement dit, la série aligne des visages qui parlent à plusieurs générations de téléspectateurs. Pas bête. Quand le concept est un peu balisé, le casting devient la vraie zone de risque, ou de salut.
Au fond, Best Medicine repose sur une idée simple : faire croire qu’un médecin grincheux peut encore devenir un moteur de fiction si on le confie à un acteur dont toute la carrière a consisté à rendre les hommes compliqués un peu plus humains. Josh Charles n’a jamais eu besoin de jouer les demi-dieux. Il lui suffit d’être là, précis, lisible, légèrement en retrait, et tout le monde se dit qu’il connaît déjà ce type-là. Ce qui, à la télévision, vaut parfois plus cher qu’un grand numéro d’acteur. Et puis entre nous, si on a déjà vu ce visage quelque part, c’est peut-être parce qu’il fait partie de ces rares carrières qui traversent les décennies sans se prendre les pieds dans le tapis. Pas mal pour un type qui joue un médecin incapable de voir le sang. Comme quoi, la familiarité peut encore faire carrière.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




