La machine à dinosaures a beau encaisser des T-Rex dans la tronche depuis 1993, elle continue de faire tourner les têtes et les bilans. Après le carton de Jurassic World: Rebirth, voilà que le réalisateur Gareth Edwards décroche du prochain opus : Hollywood adore les franchises, mais adore encore plus les petites crises de gouvernance.

Pour bien mesurer le bazar, il faut revenir au précédent épisode. Sorti en 2025, Jurassic World: Rebirth a rapporté 872,4 millions de dollars dans le monde pour un budget de production annoncé à 180 millions. Pas mal pour une saga qu’on disait rincée, usée, presque prête à rejoindre le cimetière des licences qu’on ressort seulement pour les conventions et les mugs. Sauf que non : le public a répondu présent, et Universal s’est retrouvé avec une nouvelle poule aux œufs d’or sous le bras. Le film, réalisé par Gareth Edwards, a remis la franchise sur les rails après Jurassic World: Dominion (2022), tout en conservant une continuité avec l’existant. Un numéro d’équilibriste très hollywoodien, donc, entre reboot déguisé et suite qui ne veut pas dire son nom.

Dans ce contexte, le départ d’Edwards, révélé par Deadline selon la source reprise ici, n’a rien d’un détail de production. On parle d’un film qui doit encore trouver sa colonne vertébrale créative, alors que Scarlett Johansson, Jonathan Bailey et Mahershala Ali restent théoriquement attachés au projet, et que le scénario de David Koepp est toujours dans la course. Autrement dit : il y a encore des têtes d’affiche, un script et une franchise qui pèse lourd, mais plus le chef d’orchestre.

Le Jurassic sans boussole, ça fait désordre

En apparence, remplacer un réalisateur dans une saga de cette taille devrait ressembler à un simple jeu de chaises musicales. En réalité, c’est tout le contraire. Sur un blockbuster de cette ampleur, le metteur en scène n’est pas juste là pour crier “action” entre deux explosions numériques ; il doit tenir la promesse de spectacle, négocier avec les effets visuels, composer avec le studio, et surtout ne pas tirer une balle dans le pied de la franchise en réclamant une table rase. Edwards, dit-on, est parti pour “différences créatives” : formule polie, évidemment, pour dire que le mariage a commencé à sentir le roussi.

Et c’est là que le débat devient intéressant. Universal ne cherche pas seulement un technicien solide. Il lui faut quelqu’un qui sache manier le gigantisme sans se faire manger par lui. Quelqu’un qui comprenne que Jurassic, ce n’est pas seulement des dinos qui courent après des humains en short : c’est une machine à fantasmes née en 1993 avec Jurassic Park, un mythe industriel, une marque qui a survécu aux changements de ton, aux reboots plus ou moins assumés et aux retours de flamme du box office. Le vrai sujet, ce n’est pas “qui peut faire un film de dinos ?”, c’est “qui peut faire un film Jurassic sans le réduire à une usine à CGI”.

Bryce Dallas Howard, le coup de génie qu’on n’avait pas vu venir

La proposition la plus maligne, et de loin, c’est Bryce Dallas Howard. Pourquoi elle ? Parce qu’elle coche presque toutes les cases sans avoir l’air de forcer la main au studio. Elle a joué Clare Dearing dans trois films de la branche Jurassic World, donc elle connaît la maison, les codes, les pièges et les petits rituels de la saga. Mais surtout, elle a déjà passé la caméra du bon côté : elle a réalisé plusieurs épisodes de séries Star Wars, dont The Mandalorian et Skeleton Crew. En clair, elle sait travailler dans un univers étendu, avec des créatures numériques, des contraintes de plateforme, des attentes de fans et des impératifs de rythme. Pas exactement un stage d’observation chez le voisin.

Affiche de Jurassic World : Renaissance
Affiche de Jurassic World : Renaissance

Ce qui rend l’idée séduisante, c’est aussi sa dimension presque romanesque. Faire passer une actrice de la franchise à la réalisation d’un nouvel épisode, c’est un geste de transmission, un passage de flambeau qui a du sens. On évite le parachutage d’un faiseur venu pour “livrer le produit” et on mise sur quelqu’un qui connaît la grammaire émotionnelle de la saga de l’intérieur. Bref, Bryce Dallas Howard a le profil rare de la personne qui peut comprendre les dinos sans se prendre pour un dinosaure.

Les autres prétendants dans l’enclos

Évidemment, elle n’est pas seule sur la ligne de départ. Dan Trachtenberg, par exemple, a déjà prouvé avec la relance de Predator qu’il savait redonner du nerf à une franchise de monstres sans la transformer en parc d’attractions sans âme. Son Predator: Badlands a même, rétrospectivement, des airs de bande démo pour Jurassic : grandes créatures, tension de survie, sens du cadre, et cette capacité à faire respirer le spectacle. Pas idiot du tout.

Adam Wingard, lui, sort de l’univers MonsterVerse chez Warner Bros. et Legendary, avec Godzilla x Kong en carte de visite. Là encore, on parle d’un cinéaste habitué aux mastodontes, au chaos contrôlé et aux batailles de bestioles géantes. Le parallèle avec Jurassic saute aux yeux : on est dans la même famille de cinéma, celle où l’échelle doit rester lisible malgré le vacarme. D’autres noms circulent aussi dans ce genre de discussions de couloir un peu fiévreuses : Ben Wheatley, Gina Prince-Bythewood, Adil El Arbi et Bilall Fallah, ou encore Rebecca Thomas. Chacun a ses armes, chacun a montré quelque chose, mais aucun n’a le même avantage symbolique que Howard.

Et puis il y a un détail qui compte plus qu’on ne veut bien l’admettre à Hollywood : la disponibilité n’est pas tout, mais elle aide. Quand un studio a une franchise qui a encaissé 872,4 millions de dollars sur un seul épisode, il ne cherche pas un artiste maudit pour tenir la barre. Il cherche un profil capable de livrer, de dialoguer avec les producteurs et de ne pas transformer le tournage en champ de bataille. Le cinéma de franchise adore les grands discours, mais il finit souvent par choisir la personne qui sait faire avancer le camion sans le renverser.

Le vrai test, c’est l’après-coup

Ce qui se joue ici dépasse le simple remplacement d’un réalisateur. Universal doit décider quel visage donner à la saga dans sa nouvelle phase. Après Jurassic World: Rebirth, le studio a une fenêtre idéale pour consolider l’élan ou, au contraire, se perdre dans un énième recalibrage créatif. Le public a montré qu’il était toujours là. Reste à savoir si la franchise veut continuer à courir après ses propres traces ou si elle accepte enfin de confier la barre à quelqu’un qui connaît le terrain sans le réciter comme un manuel de survie.

Dans cette histoire, Bryce Dallas Howard a un avantage presque insolent : elle n’est pas une solution de secours, elle est une idée de cinéma. Et ça, dans une industrie qui adore les paris prudents en costume de révolution, c’est déjà beaucoup. Après tout, qui mieux qu’une ancienne de la saga pour lui éviter de marcher sur sa propre queue ?

Bande-annonce VF de Jurassic World : Renaissance

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