Marvel adore vendre du vertige, Kevin Feige adore vendre du vertige, et on adore tous faire semblant de ne pas voir la mécanique. Avec Avengers: Doomsday, le studio joue gros : remettre le MCU en ordre de marche, faire revenir des visages mythiques et finir sur un crochet assez propre pour nous garder en laisse jusqu’à Secret Wars.

Pour situer l’affaire, on est en 2026, dans un MCU qui n’a plus tout à fait l’aura d’invincibilité de l’ère post-The Avengers ou post-Endgame. Le grand récit de Marvel a encaissé des hauts, des bas, des films qui ont carburé et d’autres qui ont tourné à vide, pendant que le box office global du genre super-héroïque cessait d’être une autoroute sans péage. Dans ce contexte, chaque nouveau mastodonte devient un test de résistance, presque un référendum sur la fatigue du public. Et là, on ne parle pas d’un petit opus de transition : Avengers: Doomsday doit ramener Chris Evans dans la peau de Steve Rogers, faire revenir Robert Downey Jr. dans un nouveau costume de pouvoir, celui de Doctor Doom, et surtout préparer le terrain pour Avengers: Secret Wars prévu en 2027. Autant dire que la poule aux œufs d’or a intérêt à pondre juste.

Le vrai sujet, ce n’est pas seulement la fin du film : c’est la façon dont Marvel veut nous faire croire qu’on va accepter d’attendre un an sans râler comme des damnés.

Le cliffhanger, ce vieux démon qui fait encore recette

Kevin Feige, interrogé pendant le Comic-Con, a évidemment évité de lâcher quoi que ce soit de concret. Classique. Le producteur star a surtout promis une fin qui serait à la fois satisfaisante et surprenante, avec cette petite cruauté bien huilée : laisser le public sur sa faim tout en lui donnant envie de revenir. C’est le vieux langage Marvel, celui qui transforme chaque film en sas vers le suivant, chaque conclusion en passerelle, chaque émotion en promesse de suite. Feige sait très bien ce qu’il vend : pas seulement un long métrage, mais une attente. Et l’attente, au cinéma industriel, c’est déjà un produit.

Le modèle n’a rien d’innocent. Avengers: Infinity War avait déjà montré comment un cliffhanger pouvait devenir un événement planétaire, avec ce final en forme de claquement de doigts qui avait laissé la moitié de la galaxie en poussière et les spectateurs en PLS. Le coup avait marché parce qu’il arrivait au bout d’une décennie de construction narrative, avec un sens du rythme industriel presque obscène. Depuis, Marvel cherche le bon dosage entre saturation et manque, entre surpromesse et relance. Le problème, c’est qu’à force de suspendre le récit, on finit parfois par suspendre aussi l’envie.

Downey, Evans et le petit théâtre des retours

Le retour de Chris Evans et celui de Robert Downey Jr. disent beaucoup plus que la simple nostalgie de casting. On parle de deux figures qui ont incarné, pendant des années, le socle émotionnel et commercial du MCU. Leur présence dans Avengers: Doomsday n’a rien d’un gadget : c’est un geste de reconquête, presque un aveu. Marvel sait que le public a besoin de repères, de visages-phares, de ces demi-dieux familiers qui rassurent quand la machine à fantasmes se met à grincer.

Affiche de Avengers: Doomsday
Affiche de Avengers: Doomsday

Le cas Downey est particulièrement savoureux, si l’on ose dire. Le voir passer de Tony Stark à Doctor Doom, c’est à la fois un coup de poker, un jeu de miroirs et une manière de recycler son propre mythe. Le studio ne se contente pas de faire revenir une star : il reprogramme sa légende. Quant à Evans, son retour remet en circulation une figure de stabilité, de rectitude, presque de nostalgie morale. Les deux ensemble, c’est du fan service, oui, mais du fan service avec une logique de fer de lance. Marvel ne ressort pas seulement des acteurs, il ressort ses totems.

Une promesse de satisfaction, ou la grande danse du marketing

Feige affirme que les fans seront « satisfaits » et « surpris » par la fin. On comprend la partition : rassurer sans trop dévoiler, gonfler la tension sans la faire éclater trop tôt. Sauf que cette rhétorique a ses limites. Plus la machine promet un choc, plus le public se demande si le choc sera à la hauteur, ou s’il s’agira d’un simple crochet narratif bien emballé. Et dans le cas de Marvel, la question est encore plus piquante : comment surprendre un public qui a déjà vu la moitié des ficelles du numéro ?

Il y a aussi un enjeu économique derrière ce suspense. Un film comme Avengers: Doomsday ne se contente pas de faire de l’argent au box office mondial ; il doit aussi nourrir l’écosystème entier, des produits dérivés aux futures sorties, en passant par la fenêtre de diffusion et la conversation permanente autour de la franchise. C’est la logique du blockbuster contemporain dans ce qu’elle a de plus brut : un film n’existe pas seul, il sert de relais à tout un univers étendu. Chez Marvel, la fin d’un film est rarement une fin ; c’est un point de relance déguisé en apothéose.

Le retour du grand cirque, sans filet

Reste la question qui gratte : peut-on encore faire monter la mayonnaise comme en 2018 avec Infinity War ou en 2019 avec Endgame ? Le contexte n’est plus le même. Le public a vieilli, les attentes se sont fragmentées, les franchises concurrentes ont appris à mordre, et le MCU n’a plus l’effet de table rase qu’il pouvait avoir à son apogée. Mais Marvel garde un avantage massif : sa capacité à transformer chaque sortie en événement culturel, même quand l’air du temps lui est moins favorable.

Le 18 décembre 2026, Avengers: Doomsday débarquera en salles avec cette mission presque impossible : relancer la foi, tenir la promesse et ne pas se rater sur le dernier virage. Feige joue les zen, évidemment. Il sait surtout qu’un bon cliffhanger vaut parfois plus qu’un discours de trois heures. Après tout, dans ce business-là, la vraie question n’est pas seulement de savoir si on va aimer la fin. C’est de savoir si on va supporter de ne pas connaître la suite. Et ça, franchement, c’est déjà une petite torture très bien marketée.

Bande-annonce VF de Avengers: Doomsday

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