Marvel a ressorti The Hand de sa boîte à souvenirs Netflix pour les glisser dans Spider-Man: Brand New Day : sur le papier, ça sentait le grand ménage de printemps du MCU, dans les faits, c’est surtout un retour de figures cultes utilisées avec un sérieux bureaucratique assez tordu.

Depuis le premier Spider-Man de Sam Raimi en 2002, la franchise de l’homme-araignée a toujours eu cette manie de faire cohabiter le spectaculaire et le domestique, le grand guignol et la petite angoisse de quartier. Avec Tom Holland, Marvel a poussé le curseur vers le blockbuster à tiroirs, celui qui doit à la fois tenir la route pour le grand public et satisfaire les spectateurs qui ont fait leurs devoirs sur quinze ans de séries, de films et de spin off. Le problème, on le connaît : à force de vouloir tout connecter, le récit peut vite ressembler à un tableau Excel avec des éclairs. Ici, Destin Daniel Cretton, avec le scénario de Chris McKenna et Erik Sommers, tente justement de recoller les morceaux sans transformer le long métrage en examen de rattrapage. D’après la source, le film sort en 2026 et remet en circulation un groupe qu’on avait surtout associé à l’ancienne galaxie Daredevil de Netflix, ce qui dit déjà beaucoup de la stratégie Marvel : recycler des fantômes pour leur donner une seconde vie dans le grand cirque partagé. Le vrai sujet n’est pas seulement le retour de The Hand, mais la façon dont Marvel les domestique.

À ce stade, on peut le dire sans faire semblant de découvrir l’eau chaude : The Hand n’est pas une invention décorative. Dans les séries Daredevil et The Defenders, cette organisation de ninjas assassins incarnait une menace plus sourde que les habituels méchants à costume clinquant. Elle portait une idée très comics, très pulp, presque archaïque, celle d’une confrérie qui traverse les époques comme une rumeur sanglante. Leur réapparition dans Spider-Man: Brand New Day aurait donc pu servir à autre chose qu’à remplir une ligne de casting. Sauf que le film, toujours selon les éléments disponibles, les reconfigure en équipe de sécurité au service du Department of Damage Control. Autrement dit : des tueurs d’élite transformés en bras armés de l’administration. C’est malin sur le papier, un peu triste à l’écran. On passe de la légende noire au badge d’accès, et ça fait un drôle d’effet.

Des ninjas en costume, ou la grande lessive du MCU

Ce qui frappe, c’est la manière dont le film semble vouloir rendre tout cela “naturel”, presque fluide, là où le MCU a longtemps eu le chic pour imposer ses passerelles à coups de marteau. Ici, la présence de Bruce Banner et de Frank Castle, également cités par la source, fonctionne comme un baromètre : si ces apparitions paraissent moins mécaniques que d’habitude, c’est parce que le récit accepte de les laisser respirer. The Hand, eux, sont intégrés à une mécanique plus fonctionnelle, presque utilitaire. Ils ne débarquent pas comme un événement mythologique ; ils arrivent comme une ressource disponible. Et ça, pour une organisation qui devait sentir le soufre et la lame froide, c’est quand même un peu ballot.

Le plus amusant, c’est que cette réduction n’est pas seulement une affaire de scénario, elle raconte aussi l’évolution du blockbuster Marvel depuis la fin de la phase où chaque film devait absolument ouvrir un nouveau tiroir. En 2026, l’enjeu n’est plus seulement de connecter, mais de ne pas noyer le spectateur sous la plomberie interne. Spider-Man: Brand New Day semble avoir compris la leçon : les références sont là, mais elles doivent servir l’action, pas l’inverse. Résultat, The Hand deviennent une pièce de décor active, pas un moteur dramatique. Ils sont là pour faire tenir le cadre, pas pour en voler la vedette.

Affiche de Spider-Man : Brand New Day
Affiche de Spider-Man : Brand New Day

Le péché originel du crossover : tout montrer, tout de suite

On pourrait presque parler d’un péché originel du cinéma de franchise : vouloir rentabiliser chaque retour, chaque nom, chaque silhouette en redingote rouge. The Hand, dans cette logique, auraient pu être le fer de lance d’une sous-intrigue sombre, avec leur propre poids historique et une vraie charge de menace. À la place, ils servent surtout à matérialiser le chaos urbain de New York et à faire monter la tension avant de disparaître derrière des enjeux plus larges. C’est cohérent, oui. Mais la cohérence n’a jamais empêché la frustration, surtout quand on aime les organisations secrètes qui ont du style et des lames bien affûtées.

La source insiste sur un point assez révélateur : la séquence où ils se distinguent vraiment arrive sous contrôle télépathique de Jean Grey, incarnée ici par Sadie Sink. Ce détail change tout, parce qu’il retire aux ninjas une part de leur autonomie dramatique. Ils ne choisissent même plus leur violence ; ils l’exécutent. À partir de là, leur présence devient presque interchangeable. N’importe quel groupe de combattants surentraînés aurait pu faire l’affaire. Et dans un film de super-héros, quand un élément devient remplaçable, il perd une bonne partie de son aura. Le problème n’est pas qu’ils soient utilisés, c’est qu’ils soient si facilement substituables.

Le retour du passé, version salle d’attente

Il y a pourtant quelque chose de très parlant dans cette manière de faire revenir The Hand sans leur donner le centre du cadre. Marvel ne réactive pas seulement des personnages ; il réactive une mémoire de spectateur. Ceux qui ont vu Daredevil ou The Defenders y lisent un clin d’œil, les autres y voient juste des ninjas qui traversent Manhattan comme s’ils avaient raté leur correspondance. Et c’est peut-être là que le film trouve son équilibre : il ne demande pas au public d’adorer la continuité, il lui demande juste d’accepter qu’elle existe. Pas glorieux, mais efficace.

Reste que cette efficacité a un prix. Quand une saga aussi massive que Spider-Man mobilise des figures aussi chargées symboliquement, on attend un minimum de saveur, de friction, de sale petit supplément d’âme. Là, The Hand sont traités comme un symptôme plus que comme un événement. Ils disent quelque chose de Marvel en 2026 : la machine sait encore faire revenir les vieux monstres sacrés, mais elle les range parfois dans un coin du décor, entre deux dossiers et trois effets numériques. Les ninjas sont de retour, oui, mais on les a un peu mis au garde-à-vous.

Au fond, c’est peut-être ça, le vrai gag de Spider-Man: Brand New Day : avoir ramené une confrérie de tueurs mythiques pour leur faire jouer les vigiles d’un système qui adore recycler ses propres reliques. Un beau geste de continuité, ou une manière très polie de leur couper les jambes ? On vous laisse trancher, pendant que The Hand, eux, attendent sagement qu’on leur rende enfin leurs lames.

Bande-annonce VF de Spider-Man : Brand New Day

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