Peter Mullan, Rebecca Lucy Taylor et Iwan Rheon dans un même film, ça n’a rien d’un alignement cosmique anodin : Mountain s’annonce comme un projet qui mise d’abord sur des visages capables de tenir une tension, pas sur du vernis. Celyn Jones, lui, continue de tracer sa route à l’écart des grosses machines, avec un cinéma qui préfère les aspérités aux effets de manche.
À ce stade, on sait surtout que Mountain réunira Peter Mullan, Rebecca Lucy Taylor et Iwan Rheon sous la direction de Celyn Jones. Le nom de ce dernier n’est pas sorti d’un chapeau : il a déjà co-réalisé The Almond and the Seahorse avec Rebel Wilson, et coécrit The Vanishing, porté par Gerard Butler, ainsi que Set Fire to the Stars, où Elijah Wood venait croiser la route d’un cinéma plus littéraire que tape-à-l’œil. Autrement dit, on n’est pas chez Marvel, ni même dans la cour des franchises qui empilent les suites comme d’autres les tickets de caisse. Ici, on travaille plutôt la matière humaine, les failles, les zones de friction. Et Peter Mullan, dans ce registre, c’est un monstre sacré qui ne joue jamais la décoration.
Le casting dit déjà beaucoup de la méthode. Mullan, qu’on a récemment vu dans I Swear, appartient à cette lignée d’acteurs capables de donner du poids à n’importe quel plan sans forcer le trait. Rebecca Lucy Taylor, connue aussi sous le nom de Self Esteem, vient d’un autre territoire, celui de la musique et de la scène, ce qui promet une présence moins formatée, plus nerveuse. Iwan Rheon, lui, traîne derrière lui l’ombre de Game of Thrones et cette capacité à faire passer en un regard une douceur trompeuse ou une menace sèche. On a donc un trio qui ne sent pas le casting de confort, mais la collision de tempéraments. Le genre de trio qui peut faire décoller un film ou le faire tanguer très fort.
Jones, l’artisan qui préfère les angles morts
En réalité, Celyn Jones n’a jamais eu le profil du cinéaste qui arrive en fanfare avec un concept vendu à coups de panneaux géants. Son parcours le place du côté des artisans qui bricolent avec sérieux, parfois avec panache, mais sans ce réflexe de vendre le cinéma comme un produit de luxe. Ce n’est pas un hasard si ses travaux précédents naviguent entre drame, adaptation et récit à forte charge émotionnelle. Dans un système où le box-office mondial continue de récompenser les marques identifiables et les propriétés intellectuelles déjà amorties, un film comme Mountain ressemble presque à un geste de résistance. Pas une révolution, non. Juste le refus de se coucher devant la table rase du tout-franchise.
Et puis il y a le titre, Mountain, qui ouvre plus de pistes qu’il n’en ferme. La montagne, au cinéma, peut être décor, obstacle, métaphore, gouffre, promesse de dépassement ou simple piège à héros en mal de rédemption. On pense à la verticalité, à l’isolement, à la lutte contre un environnement qui ne pardonne rien. Si Jones choisit ce mot-là, ce n’est sûrement pas pour faire joli sur une affiche. Il y a derrière une idée de masse, de résistance, de durée. Une montagne, au fond, c’est souvent le meilleur moyen de parler des gens sans avoir l’air de parler d’eux.
Un trio, trois trajectoires, zéro parfum de routine
Peter Mullan apporte la rugosité, Rebecca Lucy Taylor l’inattendu, Iwan Rheon la menace en sourdine. C’est une combinaison qui peut produire un drame tendu, presque minéral, ou au contraire un film plus instable, traversé par des ruptures de ton. On sait seulement que Jones aime travailler avec des interprètes capables d’exister au-delà de la simple fonction narrative. C’est précisément ce qui rend cette annonce intéressante : pas parce qu’elle promet un futur chef-d’œuvre, on n’est pas là pour vendre du rêve en kit, mais parce qu’elle aligne des noms qui ont du relief. Et au cinéma, le relief, ça change tout. Sans ça, on a juste une image plate et un communiqué bien peigné.
Le plus amusant, c’est peut-être que ce genre de projet rappelle à quel point le cinéma britannique et irlandais sait encore fabriquer des films à taille humaine sans se prendre pour le centre du monde. Pas besoin de budget de production à neuf chiffres ni de campagne marketing qui crame tout sur son passage. Parfois, il suffit d’un réalisateur qui connaît ses acteurs, d’un sujet qui accepte l’ambiguïté et d’un casting qui ne joue pas la sécurité. Dans ce paysage saturé de reboot et de spin-off, Mountain a déjà un mérite rare : il ne sent pas la poudre aux yeux.
Reste à voir quelle forme prendra cette ascension. Drame intime, récit de confrontation, fable sèche ou chronique de l’usure ? Celyn Jones garde encore ses cartes. Et c’est très bien comme ça. On préfère largement un film qui grimpe sans fanfare à un mastodonte qui promet l’Everest et finit en butte de terre. La montagne, après tout, n’a jamais eu besoin de crier pour être immense.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




