Quand deux maisons de production décident de se serrer la main pour la première fois, on regarde tout de suite si c’est un mariage d’amour ou un calcul de marché. Avec Mupapa, Yash Raj Films et Posham Pa Pictures tentent un coup en salles qui sent autant le pari industriel que la promesse de film qui ne rentre pas sagement dans une case.
La nouvelle n’a rien d’anodin dans une industrie indienne où la salle reste un terrain de bataille majeur, même si les plateformes ont appris à grignoter le gâteau. Yash Raj Films, mastodonte historique du cinéma hindi, et Posham Pa Pictures, structure plus récente, s’associent pour leur première collaboration théâtrale autour de Mupapa, un long métrage porté par Ayushmann Khurrana et annoncé pour le 19 février 2027. Le projet est décrit par les producteurs comme un film qui joue avec les genres, formule assez vague pour faire frémir les attachés de presse et lever un sourcil chez les cinéphiles (on les comprend). En clair, on n’est pas sur un simple véhicule de star, mais sur une tentative de fabriquer un objet à la fois bankable et un peu indocile.
Le détail qui pique la curiosité, c’est la présence d’Akshaye Widhani à la production. Le patron de YRF a déjà signé comme producteur Saiyaara, romance réalisée par Mohit Suri, devenue le plus gros succès du registre romantique pour la maison. Voilà donc un exécutif qui sait où se trouve la poule aux œufs d’or, mais qui semble aussi vouloir lui faire changer de costume. Dans un marché où les studios cherchent sans cesse le bon dosage entre star power, concept accrocheur et rentabilité en exploitation salles, Mupapa arrive comme un test grandeur nature. Le film ne vend pas seulement un acteur, il vend une promesse de déraillement contrôlé.
Yash Raj sort de sa zone de confort, et ça fait du bruit
Pour rappel, Yash Raj Films n’a jamais été une petite boutique de quartier. La société fondée par Yash Chopra a longtemps incarné une certaine idée du cinéma hindi de prestige populaire, celui qui sait aligner les têtes d’affiche, les mélodrames bien huilés et les lancements calibrés au millimètre. En face, Posham Pa Pictures n’a pas le même poids symbolique, mais l’intérêt du rapprochement est précisément là : faire entrer une structure plus souple dans la mécanique d’un grand studio. Ce genre d’alliance dit beaucoup de l’époque. Les majors veulent encore dominer la salle, mais elles savent qu’il faut parfois injecter un peu de sang neuf pour éviter de tourner en rond comme un vieux projecteur mal réglé. Le mot d’ordre, c’est diversification, pas routine.
Ayushmann Khurrana, lui, reste l’un des rares acteurs capables d’embarquer un film sur une promesse de singularité. Depuis ses débuts, il a construit une image de star intelligente, souvent associée à des rôles qui jouent avec les normes sociales, le corps, la masculinité ou la famille. Ce n’est pas un hasard si on le retrouve sur un projet présenté comme hybride : son persona public repose justement sur cette tension entre accessibilité et décalage. Il a ce côté demi-dieu du box-office qui accepte encore de se salir les mains dans des propositions moins lisses que la moyenne. Et ça, dans un système saturé de franchises, de reboots et de produits pré-mâchés, ça vaut de l’or.
Le genre-bending, ce mot magique qui fait lever les yeux au ciel
Le terme employé pour décrire Mupapa est révélateur. « Genre-bending », dans le langage des studios, peut vouloir dire beaucoup de choses et, souvent, pas grand-chose tant qu’on n’a pas vu la bande-annonce. Mais l’idée d’un film qui mélange les codes n’est pas qu’un gadget marketing. Dans le cinéma indien contemporain, l’hybridation est devenue une stratégie de survie autant qu’une arme créative : drame familial, satire sociale, thriller, romance, comédie noire, tout peut se télescoper dans le même long métrage si le dosage tient debout. Sinon, c’est la gamelle. Et on a tous déjà vu des films qui partaient avec de grandes ambitions avant de finir en salade mal assaisonnée.
Ce qui rend l’affaire intéressante, c’est le moment choisi. La sortie est fixée au 19 février 2027, donc dans une fenêtre où la concurrence peut être redoutable mais où un film bien positionné peut aussi capter un public large après les grosses machines de début d’année. La date n’est jamais neutre : elle dit quelque chose du degré de confiance du studio, de la place accordée au bouche-à-oreille et de la capacité du film à tenir la distance. Si Mupapa réussit son pari, ce ne sera pas seulement grâce à son casting, mais parce qu’il aura trouvé le bon équilibre entre curiosité de concept et désir de salle.
Le vrai suspense, c’est moins l’intrigue que la chimie industrielle
À ce stade, on sait peu de choses sur l’histoire elle-même, et ce silence est presque plus parlant que n’importe quel synopsis. Dans ce genre de lancement, l’économie du mystère fait partie du plan : on installe une marque, on alimente la conversation, on laisse le public imaginer un objet plus audacieux que la moyenne. C’est une vieille recette, mais elle fonctionne encore quand la star est solide et que les producteurs savent tenir la barre. Le danger, évidemment, c’est de promettre une rupture et de livrer un produit trop sage. Là, le film se tire une balle dans le pied avant même d’avoir franchi la ligne de départ.
Reste que l’association Yash Raj Films et Posham Pa Pictures a quelque chose de stimulant, parce qu’elle raconte une industrie en train de se reconfigurer sans renier ses réflexes de puissance. On veut encore du spectacle, du rendement, du prestige, mais on cherche aussi des formes moins prévisibles. Mupapa s’inscrit pile dans cette zone grise où les studios aiment avancer masqués. Et c’est peut-être là que le film sera jugé, au fond : non pas sur la quantité de bruit qu’il fera au lancement, mais sur sa capacité à transformer une opération de production en vraie proposition de cinéma. Le reste, c’est du vernis. La salle, elle, ne pardonne pas longtemps.
Alors, pari gagnant ou belle machine à fantasmes ? Réponse en 2027, quand les affiches auront remplacé les promesses et que le public aura tranché, sans le moindre état d’âme.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




