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    Nrmagazine » [Critique] Le Vertige (2026) : Quentin Dupieux transforme une simulation en comédie animée mordante
    Blog Entertainment 10 juin 20265 Minutes de Lecture

    [Critique] Le Vertige (2026) : Quentin Dupieux transforme une simulation en comédie animée mordante

    Le Vertige est un drôle d'objet : un film court, moche en apparence, bardé de bugs volontaires, où Quentin Dupieux transforme une idée de comptoir en machine comique franchement retorse. Le genre de film qui a l'air de déconner deux minutes, puis qui vous glisse sous les côtes une petite angoisse bien sale.
    le vertige
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    Le Vertige, premier long-métrage d’animation de Quentin Dupieux, est sorti au cinéma en France le 10 juin 2026 après une présentation en clôture de la Quinzaine des Cinéastes à Cannes, pour une durée de 1h07. Distribué par Diaphana Distribution, avec les ventes internationales assurées par mk2 Films, le film réunit au casting Jonathan Cohen, Anaïs Demoustier et Jean-Marie Winling aux côtés d’Alain Chabat.

    Le point de départ tient sur un ticket de métro froissé : Jacques débarque chez Bruno pour lui annoncer que l’humanité entière vit dans une simulation, après avoir repéré des anomalies grotesques dans le réel, une boulangère à huit doigts par main, des accouchements qui tombent de nulle part. S’ensuit une heure et sept minutes de dialogue existentiel entre deux idiots, version Vladimir et Estragon qui n’attendent plus Godot mais un patch correctif.

    Bug de l’an Dupieux

    Le coup de génie est là. Dupieux ne se contente pas de raconter un monde qui déraille : il lui donne la gueule d’un jeu vidéo cabossé, avec des visages low-poly, des mouvements raides et des décors qui semblent sortis d’une machine fatiguée. Le film a d’abord été tourné en prises de vues réelles avec capture de mouvement, puis intégralement retravaillé en animation 3D via le logiciel libre Blender, et le rendu évoque autant Les Sims que les premiers jeux en trois dimensions de la génération PlayStation.

    Ce graphisme un peu laid, un peu pauvre, un peu cassé, n’est pas une coquetterie de laboratoire : c’est la matière même du film. Quand Jacques affirme que tout clignote de travers, Dupieux lui répond en fabriquant un monde qui clignote effectivement de travers. On ne regarde pas une démonstration sur l’absurde, on se la prend dans la tronche.

    Simulation, mon amour

    En apparence, Le Vertige joue la farce existentielle pour deux types enfermés dans un salon. En réalité, le film travaille une inquiétude bien plus contemporaine : l’obsession de tout expliquer, tout relier, tout convertir en preuve définitive. Trois Couleurs y voit un portrait de l’angoisse contemporaine et de la façon dont l’inquiétude fabrique de fausses certitudes ; Cinemateaser parle d’un film « hilarant sur l’incertitude de nos certitudes ».

    Dupieux ne se moque pas seulement des dingues qui voient des codes secrets partout. Il montre pourquoi ce délire prend si bien : parce qu’un monde incompréhensible donne envie de réponses immédiates, même moisies. Le complotiste n’a pas tort sur les symptômes, il se trompe sur le diagnostic. C’est très drôle, oui. C’est aussi un peu poisseux. Et ça, c’est mieux.

    Chabat-Cohen : le duo beckettien qu’on ne savait pas qu’on attendait

    Alain Chabat apporte ce mélange de panique sèche et de sérieux absurde qu’il maîtrise comme peu de monde, pendant que Jonathan Cohen joue le contrepoint parfait, le type qui résiste au délire avant de glisser dedans à son tour. Anaïs Demoustier, en double rôle Fabienne/Claude (oui, double rôle, non, on ne comprend pas trop pourquoi, et c’est parfait), ajoute juste ce qu’il faut de flottement pour que le film garde un pied dans l’étrange au lieu de se réduire à un sketch étiré.

    Ce qui marche surtout, c’est le décalage entre des voix très vivantes et des corps numériques presque morts. Les personnages ont l’air finis à la truelle, mais la parole circule avec une précision redoutable. Moins les visages expriment, plus chaque intonation compte. C’est sec, net, parfois idiot, souvent très juste, ça négocie sévère sous la blague.

    Le grand œuvre, opus après opus

    Pour rappel, Dupieux a déjà fait ce geste avec Mandibules (2021), avec Yannick (2023), et plus loin avec Le Daim (2019) ou Rubber (2010) : le film parle du film, le créateur se commente lui-même, le dispositif dévore son propre sujet. Le Vertige continue le grand œuvre, des personnages animés qui découvrent leur condition d’animés, une forme qui est le fond.

    Au 79e Festival de Cannes, Dupieux a en plus réussi un tour de force dingo : présenter deux longs-métrages simultanément. Le Vertige en clôture de la Quinzaine des Cinéastes, Full Phil (avec Woody Harrelson et Kristen Stewart) en Séance de Minuit. Le Vertige y a également remporté le Choix du public. À l’heure où la majorité des réalisateurs français négocient pendant trois ans leur financement pour un seul projet, Dupieux en livre deux dans la même saison, c’est soit une forme de génie productif, soit une santé mentale à revoir. Probablement les deux.

    Daube ou coup de maître ?

    Première parle d’un Dupieux « encore décevant », signe qu’une partie de la critique tourne désormais toujours autour de la même accusation : il se répéterait, il tournerait en rond, il referait le même numéro avec d’autres accessoires. Ce n’est pas entièrement faux.

    Sauf que cette critique rate un détail assez massif : Dupieux ne cherche pas la montée en gamme respectable. Il taille, il coupe, il va à l’os. Son cinéma refuse l’embonpoint, la démonstration, le gras de prestige. Soixante-sept minutes, ni une de plus, ni une de moins. Pas de suite en préparation, pas de franchise à nourrir. Un objet fini, autonome, propre. Dans un paysage de franchises qui s’éternisent et de reboots qui prolifèrent, c’est presque un acte politique.

    Le Vertige ne prétend pas révolutionner le cinéma d’animation. Il préfère bricoler une petite bombe existentielle avec trois polygones fatigués, deux acteurs impeccables et une idée assez bête pour devenir brillante. On est peut-être dans une simulation, mais pour une fois, il y a quelqu’un aux commandes qui sait exactement où poser le bug.

    Fiche technique, Le Vertige (2026)
    Réalisation et scénario : Quentin Dupieux
    Avec : Alain Chabat, Jonathan Cohen, Anaïs Demoustier, Jean-Marie Winling
    Production : Chi-Fou-Mi Productions (Hugo Sélignac, Quentin Dupieux)
    Distribution : Diaphana Distribution, Ventes internationales : mk2 Films
    Musique : Franck Lascombes
    Direction artistique : Joan Le Boru
    Genre : Animation, comédie absurde
    Durée : 1h07
    Sortie France : 10 juin 2026
    Première mondiale : 21 mai 2026, Quinzaine des Cinéastes, Cannes 2026
    Distinction : Choix du public, Cannes 2026

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    Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.

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