On va tout vous dire. Et oui, ça tient la route. À peu près.
Autruches sans frontières
Commençons par poser les bases. L’Enfant du Désert est le sixième long-métrage de Gilles de Maistre, l’homme qui avait déjà filmé Mia et le Lion Blanc et Le Dernier Jaguar, soit un curriculum vitae entièrement composé d’enfants en danger avec des animaux sauvages (une spécialité, chez les de Maistre).
Le film raconte l’histoire de Sun (Neige de Maistre, la propre fille du réalisateur, autre tradition familiale), adolescente de 14 ans qui découvre que le conte que lui racontait son grand-père depuis l’enfance, un gamin nomade élevé par des autruches dans le Sahara, n’est pas un conte. Elle part donc au cœur du désert pour en trouver la preuve. Durée : 1h32. Distributeur : StudioCanal. Casting : Nahel Tran, Zayn Sekkat, Nahïl Bouazzaoui, et Kev Adams dans un rôle dont on préfère ne pas trop parler pour l’instant.
Mais le vrai sujet, c’est Hadara.

L’enfant, l’autruche et la journaliste suédoise
À l’origine de tout, il y a un livre : Hadara, l’enfant autruche, écrit par Monica Zak, journaliste suédoise qui sillonnait le Sahara occidental au tournant des années 2000. Elle entend une première fois l’histoire d’un gamin perdu dans une tempête de sable à l’âge de deux ans, adopté par un couple d’autruches, retrouvé à douze ans. Elle l’entend une deuxième fois. Elle note, elle documente, mais elle est persuadée que c’est un beau récit de conteurs, la tradition orale sahraoui dans toute sa splendeur.
Sauf que. Invitée au bureau des représentants du Polisario à Stockholm après la publication d’un article dans le magazine Globen, deux hommes la remercient, et ajoutent, en passant, que l’histoire d’Hadara est vraie. « Il est mort maintenant. C’était son fils qui vous a raconté l’histoire ? » Et pour finir de la convaincre, les deux représentants se mettent à danser la danse des autruches entre les tables du bureau. Parce qu’Hadara, après dix ans passés avec ses oiseaux, avait appris à tout le monde la danse de la joie des autruches, et elle se transmettait encore, des décennies plus tard.
Le fils d’Hadara, Ahmedu, a confirmé l’histoire en l’an 2000. Monica Zak a intégré dans son livre à la fois le récit oral et sa propre fantaisie d’auteure, elle est honnête là-dessus : le livre est « basé sur de nombreuses expériences réelles » mais pas intégralement non-fictionnel. Ce qui, dans le jargon actuel, s’appelle une histoire vraie avec un astérisque. On connaît.
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Hadara, enfant sauvage du XXe siècle (et pas le seul)
L’histoire se situe au début du XXe siècle, dans les territoires qui constituent aujourd’hui le Sahara occidental, zone de nomades sahraouis, de tempêtes de sable et de frontières contestées entre le Maroc et le Front Polisario. Un enfant de deux ans perdu lors d’une de ces tempêtes, retrouvé à douze ans : dix années passées avec une troupe d’autruches qui l’auraient accepté, porté sur leur dos, et protégé.
On peut légitimement se demander comment un être humain survit physiologiquement à côté d’oiseaux courant à 70 km/h dans un désert où l’eau manque. La question reste sans réponse définitive, et personne n’est là pour en témoigner directement. Mais les enfants sauvages existent, Victor de l’Aveyron, Kamala et Amala en Inde, Peter de Hanovre, et les spécialistes ne s’étonnent plus de la capacité d’adaptation humaine en milieu animal extrême. Ce qui est beau et légèrement vertigineux, c’est que le vrai mystère d’Hadara n’est pas dans sa survie, c’est dans sa transmission.
L’histoire a traversé les décennies par la tradition orale sahraoui, dans les camps de réfugiés d’Algérie, entre les tentes et les familles qui se transmettent la danse des autruches comme d’autres transmettent une prière. Monica Zak l’a collectée comme on collecterait une relique, avec toute la prudence, et toute l’émotion, que ça implique.
Gilles de Maistre, ou l’art de la franchise animalière
Derrière la caméra, Gilles de Maistre tourne en duo avec sa femme Prune au scénario, c’est leur sixième collaboration. La mise en scène du film imbriquent deux lignes temporelles : le présent contemporain de Sun qui enquête, et les flash-back reconstruits du Sahara du début du siècle où le petit Hadara apprend à courir avec les autruches. Tourné au cœur du désert marocain, le film co-produit par la France et la Belgique vise clairement le grand public familial à partir de 8 ans.
Le box-office au démarrage a enregistré 130 085 entrées la première semaine, pour un cumul atteignant les 218 330 entrées côté France, dans un contexte concurrentiel sérieux, face au rouleau compresseur Super Mario Galaxy et ses 1,8 million d’entrées à l’ouverture. Le film a généré un peu plus de 3 millions de dollars à l’international. Pas un raz-de-marée, mais un film d’aventure familial honnête qui tourne encore en salle.
Kev Adams est là (oui). Dans quel rôle exactement ? Christian. Voilà. Kev Adams s’appelle Christian dans L’Enfant du Désert. On en dit pas plus et on vous laisse découvrir pourquoi.
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L’histoire vraie, avec astérisque, mais avec âme
Alors, est-ce vraiment une « histoire vraie » ? La réponse honnête est : probablement oui, avec tous les filtres que dix ans de transmission orale dans le désert impliquent. Monica Zak elle-même précise que son livre mêle réalité documentée et reconstruction narrative. La tradition sahraoui regorge de récits où le merveilleux s’inscrit dans le quotidien, où l’animal et l’humain partagent un territoire que les cartes n’arrivent pas à délimiter.
Ce qui est incontestable : Hadara a existé, son fils l’a raconté, et des gens dansent encore la danse des autruches en son honneur dans les camps de réfugiés du Sahara occidental. C’est peut-être ça, une histoire vraie, pas un procès-verbal notarié, mais quelque chose qui persiste et qui danse.
Le film de de Maistre, lui, ne prétend pas résoudre l’équation. Il raconte une quête, celle de Sun, celle de Monica Zak avant elle, celle du spectateur qui veut croire que le désert peut aussi être un foyer. Avec des autruches. Et Kev Adams qui s’appelle Christian.
On peut difficilement lui en vouloir.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.


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