Automne dans l’âme, soleil en Toscane
Pour rappel : la première saison des Quatre Saisons, adaptation de la comédie d’Alan Alda datant de 1981, ressuscitée par le trio Tina Fey, Lang Fisher et Tracey Wigfield, avait su tirer quelque chose de vivant et de sincère d’un matériau a priori balisé. Six quinquagénaires partent en vacances ensemble, un couple explose, la poule aux œufs d’or semblait assurée. Et puis Nick (Steve Carell) mourait dans un accident de voiture dans l’avant-dernier épisode, laissant derrière lui une ex-femme hébétée, une petite amie enceinte de trente ans sa cadette, et une bande de copains qui n’avait pas signé pour ça. Le coup de théâtre avait de la gueule. La question était : qu’est-ce qu’on fait avec le cadavre ?
La réponse de la saison 2, c’est : on l’emmène en Italie. Enfin, ses cendres. La saison démarre au printemps dans les Catskills, le groupe réuni pour disperser les restes de Nick lors d’une randonnée que seuls Jack (Will Forte, toujours aussi impeccablement pathétique) et Ginny (Erika Henningsen, désormais avec un nourrisson dans les bras) semblent vouloir faire. Kate (Fey) fait semblant d’aller bien pour soutenir son mari en chute libre émotionnelle. Claude (Marco Calvani) et Danny (Colman Domingo) rouvrent le dossier épineux de l’envie ou non d’avoir des enfants. Et Anne (Kerri Kenney-Silver) essaie de se reconstruire sans que tout le monde lui parle de succession et d’héritage toutes les cinq minutes.
Quatre épisodes sur huit se déroulent hors du décor américain habituel, direction les plages du New Jersey en été, les Alpes italiennes en hiver. Netflix a clairement ouvert le carnet de chèques pour les décors, et ça se voit. Variety le reconnaît sans ambages : « with several new locations, including the Italian Alps in all of their winter glory, and a group of utterly talented actors whose chemistry leaps off the screen, the show remains a world very much worth checking out. » C’est le minimum syndical de l’éloge, dit autrement.

Nick Is Dead, Longue vie à l’arc du deuil
Le péché originel de cette saison 2, c’est d’avoir fait le choix du deuil sans en assumer pleinement le poids. IndieWire l’a titré sans prendre de gants : « Tina Fey’s Incurious Netflix Series Remains in Limbo ». Ce limbe, on le ressent à chaque scène où la série hésite entre la comédie douce-amère à la Parenthood et quelque chose de plus tranchant, une vraie cartographie de la mortalité dans la cinquantaine, sans choisir son camp. On a exactement ça sous les yeux : une œuvre qui sait ce qu’elle veut dire mais pas vraiment comment le dire.
L’absence de Carell se fait sentir comme un trou d’air. Non pas que son Nick ait jamais été le personnage le plus élaboré du lot, mais il était le grain de sable dans la mécanique, l’élément déstabilisateur autour duquel tout le reste s’organisait. Sans lui, la série ressemble parfois à un groupe de musique qui répète sans savoir pour quel concert. Les dynamiques existent, la chimie entre les acteurs est indéniable, Domingo en particulier continue de voler chaque scène qu’on lui confie, mais l’étincelle dramaturgique de la saison 1 manque à l’appel.
Ce qui fonctionne, en revanche, c’est le portrait du couple Kate/Jack. Dans la saison 1, leurs frictions passaient au second plan derrière le tsunami Nick-Anne. Ici, elles prennent toute la place : Jack s’enferme dans son deuil, Kate s’épuise à faire le service après-vente émotionnel, et quelque part entre les deux, un mariage qui craque lentement. Fey joue ça avec une retenue qui lui va bien, moins comédienne, plus actrice, pour le coup. C’est dans ces épisodes-là, notamment le quatrième, que la série retrouve ce qu’elle avait promis.
Colman Domingo mérite mieux (comme toujours)
On va poser le truc clairement : Colman Domingo est l’une des meilleures choses qui circulent en ce moment sur les écrans, grand ou petit. Son Danny, gay, Noir, quadragénaire, debout face au désir de paternité qu’il n’avait pas anticipé, est le personnage le plus intéressant de la série depuis le début. La confrontation entre ses envies de père théorique et la réalité d’un bébé qui braille à trois heures du matin dans une villa italienne est l’une des séquences les plus honnêtes que la saison ait à offrir. Dommage que le scénario ne l’exploite pas plus systématiquement et préfère souvent revenir à la mélancolie de Jack.
La dynamique Claude/Danny reste aussi l’un des rares espaces où la série s’autorise quelque chose qui ressemble à de la légèreté vraie, pas à de la légèreté de compensation. Marco Calvani en Claude, l’Italien romantique confronté à ses propres incertitudes, apporte une texture différente, une manière d’être au monde qui contraste avec l’anxiété américaine ambiante. Sauf que le scénario n’en tire jamais vraiment les conséquences. On effleure, on soulève, on repose.
Quand on est triste, on sourit moins (le scoop de la décennie)
Le problème de fond, et Variety le formule avec une précision chirurgicale, c’est que la saison 2 est plus triste et plus retenue que la première, et que cette tristesse est certes justifiée thématiquement, mais qu’elle plombe le rythme sans jamais totalement se transformer en quelque chose de catartique. « Aside from the summer and winter episodes, Season 2 simply doesn’t have the whimsy of its predecessor. » On peut toujours arguer que c’est voulu. Un deuil, ça ne fait pas rire. Sauf que la promesse de la série, c’était précisément d’explorer la mélancolie de la cinquantaine par la comédie. Renoncer à la comédie pour parler de mélancolie, c’est un peu comme commander une fondue et recevoir un verre d’eau en expliquant que c’était l’idée.
Les épisodes d’été et d’hiver sauvent la mise. L’épisode sur le bord de mer du New Jersey a cette énergie légèrement chaotique et solaire qui rappelle pourquoi on aimait la première saison. Les Alpes italiennes en hiver produisent quant à elles un contraste visuel beau et mélancolique à la fois, la neige, le silence, six personnages qui ne savent plus très bien comment se parler. C’est là que la série frôle quelque chose de grand. Juste frôle.
Bilan des saisons (façon météo)
Huit épisodes. Un bébé. Une urne funéraire. Deux couples en crise. Un acteur oscarisé qui vole tout le monde sans forcer. Et une Tina Fey showrunneuse qui semble légèrement moins à l’aise dans le registre lacrymal que dans le registre pince-sans-rire. Screen Rant lui a mis 7/10 en soulignant que la série « reinvents itself after a major loss ». C’est généreux, mais pas faux. La réinvention est là, timide, imparfaite, parfois touchante. Ce n’est pas une saison ratée, c’est une saison en demi-teinte, ce qui est peut-être plus frustrant encore.
La vraie question que cette saison 2 laisse ouverte n’est pas celle du renouvellement (Netflix n’a pas encore officialisé une saison 3, mais Cosmopolitan a déjà analysé la chute pour signaler que la porte est grande ouverte). C’est : est-ce que Fey, Fisher et Wigfield ont encore quelque chose à dire sur ces personnages ? Ou est-ce qu’on s’apprête à regarder un groupe d’amis sympathiques partir en vacances une troisième fois sans que la série ose vraiment passer à autre chose ?
La réserve de beaux paysages italiens est infinie. Celle des enjeux dramatiques, un peu moins.
Les Quatre Saisons, Saison 2. Disponible sur Netflix depuis le 28 mai 2026. 8 épisodes. Créée par Tina Fey, Lang Fisher, Tracey Wigfield. Avec Tina Fey, Will Forte, Colman Domingo, Kerri Kenney-Silver, Marco Calvani, Erika Henningsen.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.
![[Critique] Les Quatre Saisons saison 2 : la bande à Tina Fey part en Italie les quatre saisons](https://www.nrmagazine.com/wp-content/uploads/2026/05/les-quatre-saisons-1536x864.webp)


