De l’Or Noir dans le Puits
Pour rappel, Landman n’est pas une série comme les autres dans l’empire Sheridan. C’est la première de ses productions où il a signé lui-même l’intégralité des épisodes, chaque ligne de dialogue, chaque scène d’huile et de testostérone texane portant sa marque de fabrique sans filet. Les autres séries du bonhomme, Mayor of Kingstown, Tulsa King, Lioness, sont co-écrites, déléguées, parfois diluées. Ici, c’est Sheridan pur jus, dix épisodes par saison, pas de sous-traitance. Co-créée avec Christian Wallace, le journaliste à l’origine du podcast Boomtown pour Texas Monthly, la série s’est imposée dès novembre 2024 comme le cheval de retour de Paramount+, la plateforme qui en avait bien besoin.
La saison 2 repose sur un postulat simple et efficace : tout ce qui était en tension dans la première, les rapports de force entre Tommy Norris (Billy Bob Thornton) et l’empire M-Tex Oil, la dynamique familiale en lambeaux, la menace du narcotrafic incarnée par Andy Garcia, monte encore d’un cran. Tommy se retrouve à devoir composer avec Cami (Demi Moore), la veuve de Monty Miller (Jon Hamm, qu’on pleure encore), désormais aux commandes de la compagnie. Et comme si ça ne suffisait pas, son père débarque. Joué par Sam Elliott. Oui, Sam Elliott en père de Billy Bob Thornton. On a un peu du mal à s’en remettre.
Sheridan, l’Homme qui Valait Trois Milliards
Christian Wallace a confié à The Hollywood Reporter lors de la sortie de la saison 2 : « [Taylor] est la raison pour laquelle on est tous là. C’est un-en-un. » Ce n’est pas de la politesse de plateau. Dans les interviews de promotion, le casting, Michelle Randolph, Jacob Lofland, Paulina Chavez, Colm Feore, Mustafa Speaks, revient systématiquement sur la même chose : la précision des dialogues, la façon dont Sheridan construit ses personnages de l’intérieur, le fait qu’on ne ressent jamais la mécanique scénaristique tourner à vide. Mustafa Speaks a particulièrement insisté sur le talent de Sheridan à écrire des personnages comme Boss Ramone, des figures secondaires qui auraient été du remplissage ailleurs et qui, ici, ont une biographie complète dans chaque réplique.
Sauf que cette unanimité a quelque chose d’intéressant à analyser. Sheridan est en train de quitter Paramount pour rejoindre NBCUniversal, un accord colossal, partie cinéma dès 2026, partie télévision à partir de 2028, négocié directement avec Donna Langley selon Puck. Son studio de production 101 Studios, dirigé par David Glasser, suit le mouvement. Autrement dit, le casting fait l’éloge d’un homme qui est déjà en train de faire ses valises. Ce n’est pas anodin. Landman saison 3 est renouvelée depuis décembre 2025, attendue pour novembre 2026, mais après ? La question se pose pour toutes les séries de l’empire Sheridan, de Yellowstone à Lioness, avec une plateforme Paramount+ qui risque de se retrouver orpheline de son fer de lance.
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Moore que Ce qu’on Espérait
La vraie révélation de cette saison 2, c’est Demi Moore. La saison 1 lui avait offert un personnage en retrait, presque décoratif dans le sillage de Jon Hamm. La mort de Monty change tout : Cami prend la tête de M-Tex Oil et The Telegraph a été direct, « Demi Moore vole la vedette dans la saison 2 de Landman ». Ce n’est pas un compliment en l’air. La dynamique entre Thornton et Moore fonctionne parce qu’elle est construite sur une ambiguïté permanente : ni ennemis, ni alliés, ni amants, quelque chose d’intermédiaire et de beaucoup plus inconfortable. Dans l’avant-dernier épisode de la saison, Cami vire Tommy. Net. Sans appel. Et c’est la meilleure chose que cette série pouvait s’infliger à elle-même.
Ali Larter, de son côté, incarne Angela, l’ex-femme de Tommy, avec une franchise que la comédienne a elle-même décrite comme parfois pénible à jouer, notamment dans les scènes de confrontation les plus crues. Jacob Lofland en Cooper, le fils, étend son rôle dans des aventures entrepreneuriales qui rappellent la trajectoire d’un gamin qui veut prouver quelque chose à un père trop absorbé par ses propres batailles. Michelle Randolph, qu’on connaissait dans 1923, le préquel Yellowstone, passe d’une épopée historique à une saga contemporaine avec une aisance déconcertante.
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Casting complet et fiche série : Landman sur NR Magazine
West Texas Story
Ce qui distingue Landman dans le catalogue Sheridan, et les interviews de casting le confirment entre les lignes, c’est l’ancrage documentaire. Le podcast Boomtown de Christian Wallace pour Texas Monthly n’était pas du divertissement mais du journalisme d’immersion dans l’industrie pétrolière du Permian Basin. Cette base factuelle, Sheridan ne l’a pas édulcorée : les logiques économiques du secteur, la négociation de droits fonciers, les rapports de force entre majors et indépendants, la violence sociale des boomtowns, sont présentes, digérées, dramatisées sans être trahies. C’est là que la série se distingue d’un Dallas version streaming : le soap est réel, les derricks aussi.
La saison 2 a maintenu ce cap avec dix épisodes, une structure hebdomadaire sur Paramount+ du 16 novembre 2025 au 18 janvier 2026, et un score Rotten Tomatoes à 78% à la sortie, ce qui, pour une série de divertissement populaire explicitement conservatrice dans ses valeurs, n’est pas rien. Allocine l’avait dit d’entrée sur la saison 1 : « Landman coche toutes les cases de la fiction bourrine pensée pour l’électorat trumpiste », et c’est exactement pour ça qu’elle marche. Sheridan ne prend pas de détours idéologiques. Il assume. Son public l’assume avec lui.
Elliott comme Père Noël Texan
Il faut quand même s’arrêter deux secondes sur Sam Elliott. L’homme est une institution à moustache, Tombstone, Le Grand Lebowski, A Star Is Born, et l’idée de le caster en père de Tommy Norris relève d’une forme d’évidence génétique que seul le petit écran peut se permettre. Thornton et Elliott à l’écran ensemble, ça négocie sévère en termes de présence, et la série le sait. Leurs scènes fonctionnent parce qu’elles ne cherchent pas à expliquer une relation, elles la déposent là, chargée, non résolue, comme toutes les vraies relations père-fils. Sam Elliott avait confié à The National News : « C’est un cadeau de continuer avec Taylor et de pouvoir dire ses mots. » Sheridan lui avait envoyé un simple texto pour le convaincre de sortir d’une retraite de trois ans. Texto accepté.
À cela s’ajoute Andy Garcia en Gallino, le baron du trafic qui sert de contrepoids à l’empire légal de M-Tex. Garcia, qu’on retrouve par ailleurs dans Diamond, son polar de Los Angeles sorti en mai 2026, joue peu mais joue bien, dans ce registre de menace tranquille qu’il maîtrise depuis Le Parrain 3. La saison 2 de Landman est, en gros, la réunion de vieux fauves qui ont encore des dents.
Et Après le Pétrole ?
La saison 3 est là, confirmée depuis le 5 décembre 2025, attendue en novembre 2026 sur Paramount+, vraisemblablement en dix épisodes. Sheridan sera encore aux manettes, son départ vers Universal ne prend effet côté télévision qu’en 2028. D’ici là, il lui reste du temps pour écrire la fin de ce qu’il a commencé. Ce qu’on peut supposer, c’est que le virage de la saison 2, Cami qui prend le pouvoir, Tommy qui perd le sien, ouvre une troisième saison sur une inversion de paradigme : le fixer qui doit se faire fixer. C’est la mécanique Sheridan. On lui fait confiance pour ne pas foirer le derrick.
Taylor Sheridan, son empire et ses secrets, la vidéo qui relie les points.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.


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