Pour comprendre ce que vaut Mortal Kombat II, il faut d’abord se souvenir de ce qu’était son prédécesseur. Mortal Kombat (2021), sorti en pleine pandémie, directement sur HBO Max aux États-Unis, en salles ici, avait réussi l’exploit de réaliser un film sur un tournoi de combat sans jamais filmer ledit tournoi. Budget de 55 millions de dollars, 84,4 millions de recettes mondiales, une critique tiède et un public aussi confus qu’un joueur de Mortal Kombat 1 qui découvre que Scorpion est en fait Hanzo Hasashi. Warner Bros. a quand même commandé la suite. Dans la plus pure tradition hollywoodienne, l’échec relatif n’est jamais un stop, juste un ralentisseur.
Finish Him (le scénario du premier)
Le péché originel de 2021 était simple à formuler : Simon McQuoid avait voulu faire un film sérieux sur une franchise dont le fond de commerce repose sur des guerriers qui s’arrachent littéralement la colonne vertébrale. Il avait inventé un personnage central, Cole Young, joué par Lewis Tan, dont personne ne voulait, sacrifié les icônes de la saga au rang de figurants et balayé le tournoi sous le tapis. Résultat : un long-métrage qui ressemblait à un pilote de série mal emmanché, trop occupé à poser un univers dont personne n’avait commandé les fondations.
Mortal Kombat II prend acte de cette fausse route avec une franche lucidité. Le tournoi a lieu. Les combattants se battent. Les fatalities giclent. C’est con, c’est violent, c’est exactement ce pour quoi on a acheté un ticket. La correction de trajectoire est aussi brutale qu’un uppercut de Shao Kahn, 116 minutes, distribué par Warner Bros. Pictures, tourné pour l’IMAX, budget estimé à 68 millions de dollars. On avance.
Cage Raider
Karl Urban en Johnny Cage, c’est la décision qui change tout, et accessoirement la seule vraie décision artistique courageuse que cette franchise ait prise depuis sa création en 1992 par Ed Boon et John Tobias. Le personnage de Cage, star d’Hollywood has-been reconvertie en défenseur de la Terre, fonctionne exactement comme prévu : il cabotine avec une précision chirurgicale, balance ses punchlines sans jamais écraser les scènes, et surtout il questionne l’absurdité de ce dans quoi il se trouve. Variety parle d’une action fiable noyée dans une histoire qui coule comme du béton frais, la formule est paresseuse mais elle dit quelque chose de vrai. Urban a compris que Johnny Cage n’est pas un personnage, c’est un dispositif de décompression. Sans lui, le film serait un cirque sans clown.
Adeline Rudolph en Kitana fait le job, pas plus. Elle et Cage constituent les seuls personnages à qui le scénario de Jeremy Slater accorde un embryon d’enjeu dramatique, les autres, de Hiroyuki Sanada en Scorpion à Tadanobu Asano en Raiden, se contentent de traverser l’écran avec leurs costumes iconiques avant d’aller se faire massacrer ou massacrer quelqu’un. Lewis Tan, le grand oublié de 2021, est passé figurant de luxe. On ne le pleurera pas.
« Dependable action, sludgy story », tranche Variety. Traduction libre : les poings atterrissent, mais l’histoire coule comme du béton frais.

Get Over Here ! (les combats, enfin)
Sur ce terrain-là, McQuoid a fait ses devoirs. Les chorégraphies sont infiniment supérieures au premier opus, plus longues, plus inventives, plus fidèles à l’esprit des jeux NetherRealm Studios. Les décors reproduisent les arènes iconiques de la saga vidéoludique avec un soin du fan-service assumé : on reconnaît les niveaux, on entend le fameux « Finish Him ! », Ed Boon lui-même se glisse dans une apparition caméo. Les fatalities sont là, sanglantes, parfois jubiloires. Mortal Kombat II ressemble enfin, de loin en loin, à un film Mortal Kombat.
Sauf que, et c’est là que le bât blesse, les décors sont systématiquement trop sombres, les effets spéciaux inégaux, et la violence, pourtant omniprésente, perd une partie de son impact dans cette photographie crépusculaire. On veut de l’hémoglobine qui éclabousse l’écran en couleurs primaires, on se retrouve avec des giclées de sang brun dans la pénombre. Numerama le formule bien : on aurait quand même aimé voir plus de sang, phrase qu’on n’avait pas prononcée depuis le premier Mortal Kombat de Paul W.S. Anderson en 1995, avec Christophe Lambert en Raiden cosmique et blond platine. (Autre équipe, autre époque.)
Shao-Kahn Pas Compter Sur l’Originalité
Martyn Ford en Shao Kahn occupe l’espace, 2,03 mètres et quelques de muscle et de casque cornu, sans jamais faire vraiment peur. Le problème du film tient dans sa thèse implicite : Mortal Kombat II veut simultanément être le film fun décomplexé qu’il aurait toujours dû être ET conserver une prétention à la mythologie épique que le premier avait maladroitement installée. Les deux directions se court-circuitent en permanence. Quand Urban brise le quatrième mur avec une vanne sur Squid Game ou Le Seigneur des Anneaux, on rit. Quand le film reprend son masque de gravité deux minutes plus tard pour un dialogue sur le destin de l’Earthrealm, on soupire.
Le score Rotten Tomatoes au moment de l’ouverture tourne autour de 73 %, avec une projection d’ouverture mondiale entre 70 et 80 millions de dollars. Warner Bros. table en interne sur quelque chose de plus conservateur. En gros, personne ne sait si c’est un succès ou un bide honorable, et c’est peut-être le verdict le plus juste qu’on puisse rendre.
Mortal Kombat III : La Série Qui Ne Meurt Pas
La vraie question n’est pas de savoir si Mortal Kombat II est bon. Il ne l’est pas vraiment, mais il est fonctionnel, ce qui représente déjà un progrès substantiel sur son prédécesseur. La vraie question, c’est de savoir si Warner Bros. tire les bonnes leçons pour une éventuelle troisième entrée. Parce que le film a trouvé son personnage-pivot en Karl Urban, son ton en second degré décomplexé, et son contrat de base en tournoi de combats bien chorégraphiés. Il ne lui manque finalement qu’un scénario qui assume pleinement ce qu’il est : un film de baston débile, luxueux et gore, sans honte et sans complexe.
Le reboot de Street Fighter qui se prépare dans les couloirs d’Hollywood a, dit-on, exactement cette lucidité. Mortal Kombat II lui aura au moins montré le chemin, en continuant à tâtons dans le noir, certes, mais dans la bonne direction. Et Joe Taslim, lui, attend son tour dans l’ombre. On l’a un peu trop vite oublié.
Bande originale : Benjamin Wallfisch. Image : Stephen F. Windon. Scénario : Jeremy Slater, d’après l’œuvre de Ed Boon et John Tobias. Production : James Wan, Todd Garner, Simon McQuoid. Distribution France : Warner Bros. Pictures. En salles depuis le 6 mai 2026.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.
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