La Table des Légendes (le panthéon, pas la liste Spotify)
Chef’s Table, La cathédrale
Produite par Netflix depuis 2015 et jusqu’en 2024, Chef’s Table a fondamentalement changé la façon dont la télévision regarde les cuisiniers. Pas de chrono, pas de jury, pas d’éliminés. David Gelb, son créateur, impose dès la saison 1 une grammaire de cinéaste, plans larges, silence, musique classique, pour raconter des trajectoires humaines qui se trouvent passer par une assiette. Massimo Bottura qui pleure pour une ricotta, Joan Roca et ses frères à Gérone, Grant Achatz qui perd le goût après un cancer de la langue et continue quand même à cuisiner. C’est la seule émission culinaire qui fait pleurer sans manipuler.
En 2025, Netflix a sorti Chef’s Table : Legends, consacré à quatre monuments, Jamie Oliver, José Andrés, Alice Waters et Thomas Keller, qui ont redéfini la manière dont le monde mange. Quatre portraits, quatre manières d’être au monde par la cuisine. On peut trouver ça un peu hagiographique (attention euphémisme), mais l’exécution reste impeccable.
Quand la Fiction Prend les Commandes (The Bear, ou comment tout brûler)

Si on devait ne garder qu’une seule chose télévisuelle sortie ces dix dernières années sur la cuisine, ce serait The Bear. Lancée sur FX en juin 2022, la série de Christopher Storer suit Carmy (Jeremy Allen White), chef étoilé qui hérite d’un sandwich shop miteux à Chicago après la mort de son frère. Ça ne ressemble à rien d’autre. La caméra ne quitte pas les cuisines, l’anxiété est portée à son point d’ébullition, chaque épisode est un court-métrage autonome, dont le fameux épisode 7 de la saison 1, tourné en plan-séquence apparent, qui a littéralement mis une génération de scénaristes en crise existentielle.
Quatre saisons, une montagne d’Emmy Awards, et une saison 5 confirmée comme ultime pour 2026. Le Monde l’a très bien résumé pour la saison 4 : « une fois visionnés les 10 épisodes, nous serons tous orphelins de The Bear, et l’on n’avait pas ressenti ça depuis, peut-être, la fin de Succession ». Disponible sur Disney+ en France. Y aller. Maintenant.
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Top Fourchette (la compétition, le sang et les larmes)
Top Chef, La référence française
Depuis 2010 sur M6, Top Chef est la compétition culinaire de référence en France. Le format est simple, des cuisiniers professionnels s’affrontent sous la coupe de chefs étoilés, mais l’exécution a toujours été soignée, le casting jamais vraiment naze, et le niveau technique vertigineux comparé à ce que fait la concurrence internationale. On ne reviendra pas sur certaines saisons molles (oui, encore), mais dans l’ensemble, la version française tient la route depuis 15 ans, ce qui est un putain de record dans le monde de la téléréalité. Le jury des étoilés reste le meilleur argument du show.
La version américaine, Top Chef États-Unis, tourne depuis 2006 avec un casting de professionnels aguerris et une exigence technique souvent supérieure à celle de MasterChef. Classée numéro 1 dans quasiment tous les tops anglophones sérieux. Ce n’est pas un hasard.
MasterChef, L’usine à espoirs broyés

MasterChef part d’un concept plus populaire : des amateurs face aux jurés. Ça donne parfois de beaux moments d’émerveillement, et parfois Gordon Ramsay qui beugle sur quelqu’un qui a mal cuit un risotto. La franchise est déployée dans une vingtaine de pays, la version britannique, créée en 1990, vient d’entamer sa saison 13 en 2026. La version italienne a sa propre noblesse. En France, TF1 a tenté l’aventure avec les résultats qu’on sait (autre équipe, autre époque). La version junior, Top Chef Junior, reste la meilleure preuve que les gosses cuisinent mieux que la plupart d’entre nous.
Cauchemar en Critique (la réalité sociale en tablier)
Cauchemar en cuisine, Philippe Etchebest comme thérapie de choc
Cauchemar en cuisine avec Philippe Etchebest est passée de la caricature de l’émission où un chef gueule sur des restaurateurs en faillite à quelque chose de beaucoup plus complexe, et franchement touchant, au fil de ses 15 saisons. Etchebest, double étoilé Michelin, gendarme auto-proclamé de la restauration française, a une vraie capacité à toucher des gens en perdition totale. La saison 15 était encore diffusée en septembre 2025. Le format vieillit mais la sincérité, elle, reste. C’est le seul programme de cuisine où on pleure pour des raisons qui n’ont rien à voir avec une recette ratée.
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Hell’s Kitchen, la version américaine du même principe Ramsay, mais en mode décibels permanents,, tient depuis 2005 et reste dans les classements IMDB des compétitions culinaires les plus suivies. On aime ou on déteste. On a un peu mal aux oreilles. Mais on regarde.
Maïté, Nos Origines et la Force du Cognac (ou l’histoire glorieuse de la cuisine à la télé)
On ne peut pas faire ce classement sans un hommage à La Cuisine des Mousquetaires, l’émission qui a tout fondé, ou presque. De 1983 à 1999 sur France 3, Maïté et Micheline ont cuisiné en direct, sans chichi, avec de bonnes rasades de cognac et une liberté de ton qui fait rêtrospectivement rêver. Plus de 1 500 émissions, un duo iconique, une cuisine régionale française filmée avec l’affection qu’elle mérite. C’est vintage, c’est délicieusement daté, et ça reste le mètre-étalon de la sincérité culinaire à la télévision française. L’INA met une partie des archives sur YouTube. Cadeau.
Dans la lignée des émissions de découverte gastronomique, Les Escapades de Petitrenaud (France 5, 2006–2018) reste un petit bijou. Jean-Luc Petitrenaud, critique gastronomique atypique, arpentait la France à la rencontre de chefs et de producteurs. Un format paisible, instruit, jamais condescendant. Tout le contraire de la téléréalité. On ne sait pas si c’est une qualité ou un défaut selon les soirs.
Voyage au Bout de la Fourchette (les documentaires qui se mangent sans faim)
Stanley Tucci : voyage culinaire en Italie, L’art de manger avec intelligence
Stanley Tucci : voyage culinaire en Italie (2021) est une anomalie douce dans le paysage des émissions de cuisine. Pas de compétition, pas de drame, juste Stanley Tucci, acteur italo-américain au charme discret de dingue, qui remonte ses origines en parcourant les régions italiennes. La Sicile, la Toscane, l’Émilie-Romagne. Le format est simple, la maîtrise est totale. C’est l’émission à regarder un dimanche avec une bouteille de Barolo.
La Grande Bouffe documentaire et les cousins créatifs
Du côté des émissions de cuisine alternatives, Tous en cuisine avec Cyril Lignac a inventé en 2020, en plein confinement, ce n’est pas anodin, une formule interactive depuis chez soi qui a cartonné sur M6. Le concept est simple, Lignac est sympathique, le résultat est sans prétention. Ce n’est pas Chef’s Table, mais c’est exactement ce dont tout le monde avait besoin ce soir-là. Sauf que.
Le Podium, Sans Appel
Si on force le trait, et on adore forcer le trait, le classement serait celui-ci : The Bear pour la fiction (irremplaçable, un monument, fin de la discussion) ; Chef’s Table pour le documentaire (la référence, pas de débat) ; Top Chef version française pour la compétition honnête et bien produite. Ensuite, selon votre tolérance aux décibels ramsayiens et aux larmes de téléréalité, vous piochez dans le reste.
Et si vraiment vous voulez comprendre où tout a commencé, allez regarder Maïté assommer des anguilles sur YouTube. La cuisine à la télé n’a jamais été aussi libre que ce jour-là, et on le sait maintenant.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



