Quand un plombier a sauvé Hollywood
Avril 2023. Les salles sortaient encore fragilisées de la crise post-Covid, et les studios cherchaient leur prochain blockbuster fiable. Super Mario Bros., le film a répondu avec une brutalité statistique rare : 375,6 millions de dollars en un seul weekend d’ouverture mondial, selon Box Office Pro, soit le meilleur démarrage de l’histoire pour un film d’animation, devant La Reine des neiges 2. Personne n’avait vu ça venir à cette échelle.
Ce n’est pas tant le chiffre qui surprend que la façon dont il a été obtenu. Le film ne repose sur aucune révolution narrative, aucun casting de prestige au sens traditionnel, aucun scénario qui marquera les mémoires. Ce qu’il a compris, c’est autre chose : la puissance de la nostalgie partagée. Mario n’appartient pas à une génération. Il appartient à plusieurs en même temps, et c’est précisément ce carrefour intergénérationnel que Nintendo et Illumination ont su exploiter avec une précision chirurgicale.

Ce que le premier film a vraiment réussi
Soyons honnêtes : Super Mario Bros., le film n’est pas un chef-d’œuvre. Numerama l’avait titré « beau mais vide », et ils n’avaient pas entièrement tort. Le scénario tient en deux lignes, les enjeux dramatiques restent superficiels, et on ne tremble jamais vraiment pour les personnages. Mais c’est peut-être là que réside son génie paradoxal.
Le film a réussi quelque chose qu’une décennie d’adaptations vidéoludiques avait échoué à faire : respecter son matériau source sans le trahir ni le diluer. Chaque recoin de l’image est une référence, une pièce collectée, un ennemi reconnu. Pour les fans, c’est un bain chaud. Pour les néophytes, c’est un spectacle suffisamment rythmé pour tenir les quatre-vingt-douze minutes sans décrocher. Et la Princesse Peach, enfin dotée d’une vraie agentivité, a déclenché une conversation sur la représentation féminine dans les univers gaming qui dépasse largement les colonnes de la presse ciné.
Les amateurs du genre trouveront d’autres pépites dans notre sélection des meilleurs films d’animation de 2025, mais rares sont ceux qui auront pesé autant sur la culture pop récente.
Super Mario Galaxy, le film : l’espace comme nouveau terrain de jeu
Le titre ne laisse aucun doute sur les ambitions du second opus. Super Mario Galaxy est l’un des jeux Nintendo les plus admirés de l’histoire, unanimement salué pour sa direction artistique et son sens de l’émerveillement. Transposer ça en film d’animation, c’est une promesse visuelle considérable. Les bandes-annonces officielles publiées entre novembre 2025 et mars 2026 montrent Mario propulsé dans un univers cosmique peuplé de Lumas, ces créatures stellaires qui avaient fait monter les larmes chez plus d’un adulte dans le jeu original de 2007.
Aaron Horvath et Michael Jelenic reprennent la caméra sur un scénario à nouveau signé Matthew Fogel. Le casting de la première heure revient intégralement : Chris Pratt (Mario), Anya Taylor-Joy (Peach), Charlie Day (Luigi), Jack Black (Bowser), Keegan-Michael Key (Toad). Mais une nouvelle venue s’ajoute : Brie Larson, dans un rôle tenu secret jusqu’aux derniers instants de la promotion. Sa seule présence suffisait à alimenter les spéculations depuis des mois dans les forums et les threads Reddit. Le film dure 1h39, soit sept minutes de plus que le précédent. Ce n’est pas anodin.
Nintendo et Illumination : un mariage de raison devenu stratégie d’empire
Derrière l’image lisse du Royaume Champignon se jouent des négociations d’une rare complexité. Nintendo avait longtemps refusé d’adapter sa franchise phare au cinéma, traumatisé par 1993 : le premier film live-action avec Bob Hoskins avait été un désastre critique et commercial dont la firme de Kyoto ne s’était jamais remise publiquement. Trente ans de silence, puis la main tendue vers Chris Meledandri, fondateur d’Illumination.
Shigeru Miyamoto, créateur de Mario et superviseur artistique des deux films, a maintenu un contrôle créatif inhabituel pour une co-production hollywoodienne. Résultat : un film qui ressemble effectivement à un jeu Nintendo plutôt qu’à une version américanisée vidée de sa substance. Ce modèle est désormais regardé avec attention par d’autres éditeurs. Le succès de Mario a rouvert une porte que beaucoup pensaient condamnée. Notre panorama des meilleurs dessins animés de tous les temps montre d’ailleurs à quel point le format animation reste le plus apte à transposer ces univers sans les trahir, quand les conditions créatives sont respectées.

Ce que Galaxy doit prouver que le premier n’a pas su montrer
Le premier film avait une excuse commode : c’était une mise en place. On installait l’univers, on présentait les personnages, on posait les jalons. Ce deuxième opus n’a plus ce parachute. Il doit exister pleinement, raconter quelque chose, et pas simplement illustrer un catalogue de références.
Les bandes-annonces suggèrent un registre plus émotionnel, avec ce qui ressemble à une transposition du moment iconique du jeu d’origine : Rosalina racontant son histoire aux Lumas autour d’une bibliothèque cosmique. C’est l’une des séquences les plus mémorables de l’histoire du jeu vidéo. Si Matthew Fogel a eu l’intelligence de lui donner sa pleine mesure à l’écran, Super Mario Galaxy, le film pourrait être l’un des rares films d’animation à faire pleurer les parents autant que les enfants. C’est exactement ce que les studios cherchent depuis Coco : la double émotion, celle qui traverse les générations sans rien sacrifier. Les amateurs d’animation qui comparent ces univers trouveront des résonances dans notre sélection des meilleurs animés pour adultes en 2025.
Brian Tyler et la musique comme liant émotionnel
Le compositeur Brian Tyler, déjà présent sur le premier opus, revient pour Galaxy. Ce n’est pas un détail anodin. La bande originale du jeu de 2007, signée Mahito Yokota et Koji Kondo, est considérée comme l’une des plus belles de l’histoire du jeu vidéo. Tyler devra jongler entre le respect de cet héritage musical et la nécessité d’une signature cinématographique propre. C’est peut-être là que se gagnera ou se perdra une grande partie de la magie du film.
Le phénomène Mario dépasse largement le cinéma
Il serait réducteur de cantonner Mario à ses chiffres de box-office. La sortie du premier film en 2023 avait coïncidé avec une hausse sensible des ventes de la Nintendo Switch et une résurgence des achats de jeux Mario classiques sur l’eShop. Le personnage, né en 1981 sur les bornes d’arcade de Donkey Kong, traverse quarante-cinq ans de culture pop sans jamais perdre son statut d’icône universelle. Le cinéma n’a fait qu’amplifier une présence qui existait déjà partout.
La sortie de Super Mario Galaxy, le film s’inscrit dans la logique d’une construction d’un univers cinématographique Nintendo. Miyamoto a évoqué des projets autour d’autres franchises. Zelda circule dans les rumeurs depuis des années. Metroid a été mentionné en coulisses. Si Mario prouve une deuxième fois que la formule fonctionne, c’est toute la bibliothèque Nintendo qui pourrait débarquer sur grand écran dans la décennie à venir. Pour suivre l’actualité de l’animation au cinéma, notre rubrique Films et Séries Animation couvre ces sorties en temps réel. Et pour les dessins animés qui ont façonné notre imaginaire collectif, jetez un œil à notre guide des meilleurs dessins animés à découvrir.
Ce qui est certain, c’est que le cinéma d’animation n’a plus à rougir face au blockbuster live. En deux ans, Mario a changé la hiérarchie des genres. Et ce plombier de Brooklyn n’a visiblement pas encore fini de grimper.
L’essentiel à retenir
- Le premier film a généré 1,36 milliard de dollars dans le monde, premier film adapté d’un jeu vidéo à franchir cette barre historique
- Super Mario Galaxy, le film sort le 1er avril 2026 en France avec le même duo de réalisateurs, un univers cosmique et Brie Larson dans un rôle tenu secret
- Nintendo construit patiemment quelque chose qui ressemble à un empire cinématographique, et Mario n’en est que le premier chapitre
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