L’essentiel du palmarès 2026
- Meilleur film : Une bataille après l’autre (Paul Thomas Anderson) — 6 Oscars au total
- Meilleur réalisateur : Paul Thomas Anderson
- Meilleur acteur : Michael B. Jordan (Sinners)
- Meilleure actrice : Jessie Buckley (Hamnet)
- Meilleur acteur second rôle : Sean Penn (Une bataille après l’autre)
- Meilleure actrice second rôle : Amy Madigan (Weapons)
- Meilleur film international : Valeur sentimentale (Joachim Trier, Norvège)
- Meilleur film d’animation : KPop Demon Hunters
- Sinners : 16 nominations, 4 victoires — dont une historique en photographie
Une bataille après l’autre, six statuettes et une affirmation
On ne dira pas que personne ne l’avait vu venir. Mais dans les semaines précédant la cérémonie, le film de Paul Thomas Anderson était crédité comme favori avec une pointe d’incertitude, celle que Sinners semblait capable d’infuser dans chaque conversation. La soirée a tranché. Six récompenses pour Une bataille après l’autre, dont le meilleur film, le meilleur réalisateur et le meilleur second rôle masculin pour Sean Penn. C’est la consécration d’un cinéaste qui n’a jamais tourné le dos à sa vision, quitte à diviser, quitte à déconcerter.

Le film entre dans l’histoire comme le 42e film à remporter l’Oscar du meilleur film depuis la création de la cérémonie. Derrière lui : dix autres films en lice cette année, dont Sinners, Hamnet, Marty Supreme et Valeur sentimentale. Une sélection qui dit quelque chose du niveau d’exigence artistique de cette édition.
Paul Thomas Anderson, le retour souverain
Il avait reçu plusieurs nominations au fil des années. Il avait vu ses films applaudis, discutés, parfois incompris. Cette fois, l’Académie ne tergiversait plus. Paul Thomas Anderson remporte l’Oscar de la meilleure réalisation, devant Ryan Coogler (Sinners), Josh Safdie (Marty Supreme), Joachim Trier (Valeur sentimentale) et Chloé Zhao (Hamnet). Une liste d’une densité rare. Il n’était pas le seul à mériter la statuette, mais il est celui qui l’a prise.
Sinners : 16 nominations, quatre victoires et une leçon de cinéma

Il faut prendre la mesure du phénomène. Seize nominations pour un seul film, c’est un record dans toute l’histoire des Oscars. Ryan Coogler avait déposé quelque chose de monumental sur la table : un film sur l’Amérique ségrégationniste, sur le blues, sur les corps et les âmes que l’histoire broie. Mais Sinners a quitté la soirée avec quatre statuettes. Quatre seulement, dirait-on, mais quatre qui comptent.
Ryan Coogler repart avec l’Oscar du meilleur scénario original. Ludwig Göransson, compositeur fidèle qui avait déjà signé la partition d’Oppenheimer, gagne le prix de la meilleure musique originale. Et Autumn Durald Arkapaw remporte celui de la meilleure photographie. Ce dernier prix mérite qu’on s’y arrête.
Michael B. Jordan entre dans l’histoire
Face à Timothée Chalamet, Leonardo DiCaprio, Ethan Hawke et Wagner Moura, Michael B. Jordan remporte l’Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans Sinners. Une performance viscérale, portée par une énergie que peu d’acteurs de sa génération peuvent revendiquer. Il devient ainsi l’une des figures centrales du cinéma américain contemporain, confirmant ce que beaucoup pressentaient depuis Black Panther et Creed.
La première femme à conquérir la photographie
C’est l’un des moments les plus forts de la soirée, et l’un des moins attendus. Autumn Durald Arkapaw est devenue la première femme à remporter l’Oscar de la meilleure photographie dans toute l’histoire de la cérémonie. Pour un art souvent associé, à tort, à une forme de monopole masculin, c’est un signal fort. Son travail sur Sinners a séduit l’Académie par sa capacité à filmer la lumière du Sud américain comme un personnage à part entière.
Les portraits du palmarès : victoires, retours, révélations
Jessie Buckley, enfin

Elle avait déjà marqué les esprits dans La Fille à l’araignée d’argent, dans I’m Thinking of Ending Things, dans tant d’autres rôles qui auraient pu mériter une statuette. Cette fois, Jessie Buckley remporte l’Oscar de la meilleure actrice pour son rôle de mère endeuillée dans Hamnet, adapté du roman de Maggie O’Farrell. Avant la soirée, ses victoires aux Golden Globes, aux BAFTA et aux SAG Awards la plaçaient comme grande favorite. Elle a confirmé. Ce que l’actrice irlandaise fait dans ce film dépasse la technique pure : c’est de la présence, brute, irrémédiable.
Sean Penn ressuscite
Deux Oscars du meilleur acteur à son actif (Mystic River en 2004, Harvey Milk en 2009), une carrière aussi tumultueuse que brillante. Sean Penn revient avec l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Une bataille après l’autre. À presque 66 ans, son retour dans le cercle des lauréats n’est pas un cadeau de l’Académie : c’est un constat. Il était le meilleur dans sa catégorie, devant Benicio Del Toro, Jacob Elordi, Delroy Lindo et Stellan Skarsgård.
Amy Madigan, vétérane et incontournable
Amy Madigan remporte l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Weapons. Une récompense saluant des décennies de travail solide, jamais récompensé à sa juste valeur. Ce type de victoire, l’Académie les offre parfois avec un peu de retard. Mais elles n’en ont pas moins de sens. Face à Elle Fanning, Teyana Taylor, Wunmi Mosaku et Inga Ibsdotter Lilleaas, elle s’est imposée avec l’autorité de celle qui n’a plus rien à prouver, et pourtant tout à donner.
Le cinéma du monde au rendez-vous
Valeur sentimentale de Joachim Trier remporte l’Oscar du meilleur film international, une double récompense puisque le film norvégien avait également décroché celui du meilleur scénario adapté. Côté animation, KPop Demon Hunters s’impose face à Elio et Zootopia 2, une victoire qui dit beaucoup sur l’appétit de l’Académie pour des formes narratives nouvelles. Le film remporte aussi l’Oscar de la meilleure chanson originale avec le titre « Golden ».

Du côté des documentaires, Mr. Nobody Against Putin décroche l’Oscar du meilleur documentaire, une récompense qui résonne bien au-delà du cinéma, dans un contexte géopolitique que le film ausculte sans détour.
Palmarès complet de la 98e cérémonie des Oscars
| Catégorie | Lauréat(e) | Film |
|---|---|---|
| Meilleur film | Paul Thomas Anderson (prod.) | Une bataille après l’autre |
| Meilleure réalisation | Paul Thomas Anderson | Une bataille après l’autre |
| Meilleur acteur | Michael B. Jordan | Sinners |
| Meilleure actrice | Jessie Buckley | Hamnet |
| Meilleur acteur (second rôle) | Sean Penn | Une bataille après l’autre |
| Meilleure actrice (second rôle) | Amy Madigan | Weapons |
| Meilleur scénario original | Ryan Coogler | Sinners |
| Meilleur scénario adapté | Joachim Trier & Eskil Vogt | Valeur sentimentale |
| Meilleure photographie | Autumn Durald Arkapaw | Sinners |
| Meilleure musique originale | Ludwig Göransson | Sinners |
| Meilleure chanson originale | « Golden » | KPop Demon Hunters |
| Meilleur film international | Joachim Trier (Norvège) | Valeur sentimentale |
| Meilleur film d’animation | KPop Demon Hunters | |
| Meilleur documentaire | Mr. Nobody Against Putin | |
| Meilleurs maquillages | Thomas Foldberg, Anne Cathrine Sauerberg | The Ugly Stepsister |
| Meilleur court métrage (ex aequo) | Les Chanteurs / Deux personnes échangeant de la salive | |
| Meilleur court métrage documentaire | Toutes les chambres vides |
Ce que ce palmarès dit vraiment du cinéma en 2026
Il y a quelque chose de délibérément ambitieux dans cette édition. Le meilleur film n’est pas un blockbuster, pas une franchise, pas une suite. C’est une œuvre difficile, dense, portée par un auteur qui refuse les compromis. Sinners, malgré ses 16 nominations, ne s’effondre pas : il remporte des prix techniques et artistiques qui confirment son statut de film-événement. Deux films au sommet, deux visions différentes du cinéma américain, une Académie qui, cette nuit-là, n’a pas eu peur de choisir.
La victoire de Valeur sentimentale dans deux catégories rappelle que le cinéma nordique continue de produire des œuvres que Hollywood regarde avec admiration. Celle de KPop Demon Hunters signe l’entrée fracassante de la K-pop dans l’univers de l’animation primée. Et la première victoire d’une femme en photographie, après près d’un siècle de cérémonie, n’est pas un détail de palmarès. C’est une rupture.
Cette 98e cérémonie des Oscars restera dans les mémoires pour son niveau de compétition, ses performances d’acteurs exceptionnelles et un palmarès qui, pour une fois, a su récompenser l’excellence sans se laisser guider uniquement par la hype. Rarement Hollywood aura semblé aussi vivant.
Passionné de cinéma depuis toujours, je consacre une grande partie de mon temps libre à la réalisation de courts métrages. À 43 ans, cette passion est devenue une véritable source d’inspiration et de créativité dans ma vie.


