Neuf nominations aux Oscars. Le record historique au box-office d’A24. Une campagne marketing délirante avec Timothée Chalamet surgissant dans les tournois de ping-pong new-yorkais comme un fantôme pop. Marty Supreme est partout. Il écrase la conversation. Il fait débat. Mais entre le battage médiatique et le vrai ressenti de ceux qui l’ont vu, que vaut vraiment ce film ?
La réponse n’est ni simple, ni consensuelle. Et c’est précisément ce qui le rend fascinant.
L’essentiel avant de lire
- Titre : Marty Supreme
- Réalisateur : Josh Safdie (son premier film solo en 17 ans)
- Acteur principal : Timothée Chalamet dans le rôle de Marty Mauser
- Sortie France : 18 février 2026 — États-Unis : 25 décembre 2025
- Durée : 2h30
- Genre : Comédie dramatique sportive, inspirée d’une histoire vraie
- Nominations Oscars 2026 : 9, dont Meilleur Film, Meilleur Acteur, Meilleur Réalisateur
- Box-office : 152 millions de dollars dans le monde — record absolu pour A24
- En une phrase : Un anti-héros manipulateur, le New York des années 50, une raquette de ping-pong et l’énergie d’un film qui ne vous laisse jamais respirer.
Un joueur de ping-pong ? Vraiment ?

Oui, et non. Sur le papier, Marty Supreme raconte l’histoire d’un jeune homme du Lower East Side de Manhattan dans les années 1950, employé dans la boutique de chaussures de son oncle, obsédé par une idée fixe : devenir champion du monde de tennis de table. Son personnage, Marty Mauser, est librement inspiré de Marty Reisman, véritable légende de ce sport aux États-Unis, figure à la fois culte et controversée de l’époque.
Mais le ping-pong n’est qu’un prétexte. Ce que Josh Safdie filme, c’est l’ambition dévorante. La manipulation comme mode de survie. Un homme prêt à mentir, voler, trahir — sa famille, ses amis, son amour — pour prouver qu’il existe. Le sport, c’est la métaphore. La balle qui rebondit encore et encore, sans jamais s’arrêter. Comme lui.
Josh Safdie en solo : la confirmation d’un génie ou le risque de trop ?
Josh Safdie n’avait pas réalisé de film seul depuis The Pleasure of Being Robbed en 2008. Dix-sept ans de silence en tant que soliste. Son frère Benny et lui avaient signé ensemble Good Time (2017) puis Uncut Gems (2019), deux œuvres qui avaient bousculé le cinéma américain contemporain avec leur tension continue et leur façon de filmer la panique humaine comme personne d’autre.
Avec Marty Supreme, Josh Safdie signe seul. Et la question que tout le monde avait en tête — est-ce que la magie vient du duo ? — semble avoir obtenu une réponse. Le film est aussi hyperkinétique, aussi étouffant, aussi foudroyant qu’Uncut Gems. Le Guardian parle d’un « sprint marathon de calamités ». La presse française y voit une mise en scène qui « épouse le tempérament du protagoniste tout en restant en parfait contrôle ». Ce paradoxe — le chaos maîtrisé — est précisément la marque Safdie.
« Marty Supreme confirme une nouvelle fois le talent brut de Josh Safdie et offre à Timothée Chalamet ce qui est, sans hésitation, sa meilleure performance à ce jour. »
Timothée Chalamet : enfin le rôle de sa carrière ?
Il y a des acteurs qui jouent des personnages. Et il y en a qui les habitent. Dans Marty Supreme, Chalamet fait la deuxième chose. À 30 ans, il décroche sa troisième nomination aux Oscars — un record pour un acteur masculin de cet âge depuis Marlon Brando. Lunettes d’intellectuel, moustache cinématographique, corps filiforme en perpétuel mouvement : son Marty Mauser est magnétique et insupportable à la fois.
Ce qui rend cette performance stupéfiante, c’est sa capacité à rendre un personnage profondément égoïste absolument irrésistible. On lui en veut. On veut qu’il réussisse. On lui pardonne avant de lui en vouloir à nouveau. C’est ce qu’on appelle un anti-héros total — et Chalamet l’incarne avec une précision presque terrifiante.

Et les seconds rôles ne sont pas en reste
Gwyneth Paltrow effectue un retour inattendu et remarqué dans le rôle de Kay. Loin des espaces bien rangés de sa marque de bien-être, elle est ici maligne, sensuelle, lucide — elle voit Marty mieux qu’il ne se voit lui-même. Son jeu est décrit comme « impeccable » par la presse britannique. Odessa A’zion, dans le rôle de Rachel, l’amour de jeunesse marié à un autre, livre quant à elle une prestation jugée phénoménale par de nombreux spectateurs. Le cinéaste culte Abel Ferrara et la comédienne Fran Drescher complètent un casting aussi éclectique qu’électrisant.
L’esthétique : quand le style devient personnage
Marty Supreme a été tourné en pellicule 35mm par le directeur de la photographie Darius Khondji — l’un des plus grands maîtres de la lumière du cinéma contemporain, qui a travaillé avec Fincher, Audiard ou encore Woody Allen. Le résultat est un New York des années 1950 reconstitué avec une précision obsessionnelle, du Lower East Side aux salles de tournoi internationales, sans jamais ressembler à un film en costumes.
La bande-son, composée par Daniel Lopatin (alias Oneohtrix Point Never, fidèle collaborateur de Safdie), déploie un rock synthétique anachronique des années 80 au cœur du film d’époque. Ce choix délibérément décalé crée une dissonance percutante : on n’est ni dans la nostalgie, ni dans le présent. On est dans un état de tension permanent, celui de Marty lui-même.
Ce que les chiffres racontent
| Élément | Données clés |
|---|---|
| Budget de production | Entre 60 et 70 millions de dollars — film le plus coûteux de l’histoire d’A24 |
| Box-office mondial | 152 millions de dollars (record absolu pour A24, dépassant Everything Everywhere All At Once) |
| Opening day aux États-Unis | 10,8 millions de dollars — record historique pour le studio |
| Nominations Oscars 2026 | 9 nominations (Meilleur Film, Acteur, Réalisateur, Scénario, Photographie, Montage, Costumes, Casting…) |
| Note IMDB | Acclamé par la critique internationale, noté parmi les meilleurs films de 2025/2026 |
| Durée | 2h29 min |
Neuf nominations aux Oscars : mais face à qui ?
Marty Supreme n’est pas seul dans la course. Sa principale rivale à la cérémonie des Oscars 2026 est Sinners, de Ryan Coogler — qui écrase tout le monde avec 16 nominations, un record dans la catégorie. C’est le vrai duel de cette saison. D’un côté, la fièvre frénétique de Safdie. De l’autre, la puissance chorale de Coogler.
Pour Chalamet en particulier, la compétition est serrée : Leonardo DiCaprio (One Battle After Another), Ethan Hawke (Blue Moon) et Michael B. Jordan (Sinners) sont tous en lice pour le même Oscar. Mais la cohésion critique autour de sa performance dans Marty Supreme le place en favori naturel dans l’esprit de nombreux observateurs.

Alors, meilleur film de 2026 — ou simple phénomène de hype ?
La question mérite d’être posée honnêtement. Marty Supreme n’est pas un film universellement adoré. Certains spectateurs pointent un rythme trop frénétique, un personnage principal trop crispant pour deux heures trente de compagnie. Il y a une ligne fine entre l’inconfort voulu par Safdie — cet inconfort qui était aussi au cœur d’Uncut Gems — et l’hystérie gratuite. Pour une minorité, le film la franchit.
Mais pour la grande majorité des critiques et du public, Marty Supreme représente quelque chose d’assez rare : un film qui prend des risques réels. Il n’est pas sage. Il ne cherche pas à être aimable. Il choisit de vous placer dans la tête d’un personnage raté et fascinant pendant 149 minutes, sans filet. Dans un paysage cinématographique souvent dominé par la sécurité narrative, c’est presque un acte de résistance.
Le Figaro parle d’un film « habilement mis en scène, sidérant ». Slate.fr insiste sur le fait qu’il ne ressemble pas à ce qu’on attend d’un biopic sportif. La BBC le qualifie de « frais, drôle et exaltant ». Avec une telle convergence critique, difficile de le réduire à un simple objet marketing bien huilé.
Ce que le film dit de nous, au fond
Il y a dans Marty Supreme une question qui dépasse largement le ping-pong et les années 50 : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour être reconnus ? Marty Mauser n’est pas un héros du sport. C’est un miroir tendu vers tout ce que nos sociétés valorisent secrètement — l’ambition sans limite, la performance comme identité, la victoire à n’importe quel prix. Josh Safdie ne juge pas son personnage. Il nous laisse faire. Et c’est là que le film devient véritablement inconfortable.
Faut-il aller le voir ?
Si vous cherchez un film confortable, réconfortant, prévisible : passez votre chemin. Marty Supreme n’est pas fait pour vous. Si, par contre, vous voulez passer deux heures trente dans un état de tension électrique, portés par l’une des meilleures performances d’acteur de cette décennie, avec une photographie en pellicule qui classe le film parmi les plus beaux de l’année — alors oui, allez-y sans hésiter.
Meilleur film de 2026 ? La réponse appartient à chaque spectateur. Mais un film indispensable de 2026 ? Absolument.
Passionné de cinéma depuis toujours, je consacre une grande partie de mon temps libre à la réalisation de courts métrages. À 43 ans, cette passion est devenue une véritable source d’inspiration et de créativité dans ma vie.



