
Fort, précis, le serrurier fait plier le métal sous ses doigts aguerris. Sur chantier ou en atelier, chaque intervention exige minutie et sang-froid. Ce savoir-faire, il ne s’improvise pas : quelles étapes pour y arriver vraiment ?

On ne pense pas souvent à la serrurerie en traversant la rue. Pourtant, dès qu’une porte claque ou qu’une clé refuse de tourner, le réel surgit, celui du geste sûr, du métal dompté sous la main solide. Derrière la banalité d’une serrure, il y a le parcours d’un artisan dont la compétence se forge dans la patience et la précision. Le déclic, parfois, part de rien : une envie de concret, la recherche d’un métier utile. Devenir serrurier, ça n’a rien d’une évidence, mais ça a souvent du sens, un sens presque viscéral.
Oubliez l’idée d’un métier statique. Avant de manipuler le métal, il faut apprendre à le comprendre. CAP serrurier-métallier, BEP réalisation d’ouvrages chaudronnés : la plupart entrent par là, ce sont deux années à manier des outils, à plier, couper, imaginer ce que peut devenir une feuille d’acier. La théorie prend parfois toute la place, mais très vite, l’atelier rattrape. On se salit les mains, on se fait mal, on recommence. C’est formateur. Ceux qui après veulent aller plus loin s’orientent vers un BP, un bac pro en métallerie, parfois même un BTS en constructions métalliques. Pour une reconversion, les chemins sont plus sinueux, on pioche dans les dispositifs de formation professionnelle – la reconversion par l’alternance trace une ligne possible, entre doutes et certitudes nouvelles.
Ce que peu de gens voient, c’est l’exigence physique. Le corps doit tenir, porter, hisser, s’agenouiller, parfois dans la poussière, parfois sous la pluie. On imagine l’artisan, tranquille, à limer une clé : il y a cela, mais aussi le chantier, les horaires qui glissent. La vigilance compte autant que la force, le respect des gestes de sécurité évite l’accident idiot, la blessure qui sépare du métier. La clé coincée dans une voiture, le client paniqué, l’artisan doit rester calme, précis. Ça ne s’improvise jamais vraiment.
On pense parfois que le serrurier ne fait que poser des serrures… drôle d’idée. La réalité prend une ampleur différente : conseiller le client, choisir des matériaux, dessiner des plans, ajuster, adapter. Parfois, on soude, on visse, on coupe, on installe des alarmes, des grilles, des structures de sécurité. Cela frôle le travail d’ingénieur, ça se rapproche de la créativité de l’artiste, surtout quand il s’agit de ferronnerie d’art. À chaque étape, il y a l’obligation d’être au plus près des besoins, jamais dans la routine.
Évoquer l’argent gêne certains, mais c’est là que ça devient intéressant. Un serrurier débutant atteint à peine le SMIC. Il faut résister au découragement, montrer ce dont on est capable. Avec le temps, la solde grimpe : 2800 à 3000 € brut, voire plus si l’on choisit de devenir indépendant. Et il y en a, des orientations. Passage vers le poste de chef de chantier, gestion d’équipe ou création d’un atelier personnel. Certains se spécialisent dans des domaines particuliers, d’autres s’ouvrent à l’urbanisme ou au BTP. La rémunération évolue, comme dans d’autres métiers techniques : un peu comme les soudeurs ou les chefs à domicile.
Souvent, la vraie histoire commence après une défaite ou un accident de parcours. Voilà Jean, ancien vendeur, qui décide à 34 ans de tout reprendre à zéro. La formation le déstabilise, puis l’atelier lui offre la première satisfaction : une serrure montée sans faute, un client qui souffle. Il ne s’attendait pas à aimer ça. Ce sont ces trajectoires sinueuses qui donnent une autre dimension au métier. Le métier d’artisan a aussi ce pouvoir : rendre visible une compétence, une utilité sociale.
D’habitude, on perçoit la serrurerie comme un simple service. Mais quand on creuse, on découvre un monde où la sécurité, la confiance et la créativité se rejoignent. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui hésitent à se lancer, freinés par le doute ou une image dévalorisée du métier. Pourtant, l’artisan n’est jamais démodé. Il évolue avec les technologies, s’adapte aux nouvelles attentes, et parfois, façonne de magnifiques pièces sur-mesure.
Ce qui est étrange, c’est de croire qu’une reconversion dans l’artisanat s’apparente à une fuite vers la simplicité. La réalité, c’est l’exigence, la pression du travail bien fait, la solitude parfois de celui qui crée son activité. Mais c’est aussi la liberté, celle de choisir le projet, de gérer son temps, d’être le maître à bord. Les formations accélérées ou les financements, comme ceux proposés par l’alternance ou le CPF, ouvrent ces portes, mais ne font pas tout. Il faut s’accrocher.
On le sent tout de suite : le serrurier, loin d’être un simple exécutant, détient une expertise fine du geste et du matériau. Mais il doit aussi comprendre le client, anticiper le besoin, ajuster la solution. Sur un chantier, dans un atelier ou chez le particulier, la relation humaine compte autant que la technique. L’artisanat ne se raconte pas, il se vit. Ce que beaucoup cherchent : une utilité, une reconnaissance concrète, pas seulement un salaire ou une sécurité de l’emploi.
Le métier de serrurier, c’est cette matière à sculpter et à transmettre, ce savoir discret mais indispensable. On finit par saisir : dans chaque porte refermée, il y a la trace du métier authentique, celui qui, en silence, protège, rassure, et relie les mondes de l’ancien à ceux du moderne.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.