
Les promesses de l’Élysée se heurtent souvent à la complexité du terrain, surtout quand il s’agit de formation professionnelle. Entre grand ménage annoncé chez les organismes de formation et l’objectif affiché de 2 millions de bénéficiaires, une nouvelle ère se profile, mais sur quels chemins concrets ?

Pas question d’éluder : la formation professionnelle sent le renfermé. Les chiffres d’inscription à France Travail grimpent sans vergogne (https://www.nrmagazine.com/augmentation-inscriptions-france-travail/). La promesse d’une ascension morale et sociale par la reconversion, vendue à toutes les sauces, fatigue les travailleurs comme les usagers. Les derniers débats en témoignent : beaucoup n’attendent plus rien d’un système « lourd », rongé par l’opacité, et parfois le soupçon d’indifférence.
La réforme portée par En Marche ! s’annonce comme un « grand plan ». Quinze milliards. Deux millions de formations, dont la moitié pour les jeunes laissés sur le carreau, l’autre pour ceux qui patientent à l’entrée, ou à la sortie, du marché du travail. On promet de « doubler » la fameuse Garantie Jeunes. Mais ce n’est pas ce qui retient le plus l’attention une fois qu’on gratte : l’accent est mis sur le contrôle par la qualité et la rationalisation du labyrinthe des organismes. Des labels, oui, mais pas pour décorer. Plus simples à obtenir, valables plus longtemps, censés garantir une expérience plus fiable.
L’orientation, trop souvent réduite à sa caricature d’aiguillage express, revient au centre. Imaginer que la formation professionnelle ne concernerait que les adultes en crise de carrière… Vieux réflexe. Cette fois, Emmanuel Macron mise sur les branches professionnelles, responsables de la conception des programmes, pas seulement pour les techniciens ou les manuels. Visée claire : enrichir les filières les plus qualifiantes et pas seulement celles qui dressent à manier une clé à molette.
En réalité, si le CPF — ce fameux Compte personnel de formation — s’émancipe du circuit traditionnel, c’est le rapport de force qui s’inverse. Les droits individuels prennent le pas sur le financement paritaire. Fini le passage obligé par l’accord collectif ou le dossier à rallonge. Chacun pourra acheter sa formation… ou se heurter à un mur d’offre sans boussole. On le sent tout de suite : c’est plus direct, mais la promesse d’autonomie peut aussi laisser les plus fragiles orphelins dans la jungle administrative (https://www.nrmagazine.com/la-duree-dune-validation-des-acquis-de-lexperience-vae/).
Il y a l’histoire de Lina, 23 ans. Trois contrats courts, une VAE loupée, une inscription désabusée sur France Travail. L’été dernier, attrapée au vol par un atelier « découverte métiers » organisé par une branche professionnelle. Elle voulait être conseillère d’orientation (https://www.nrmagazine.com/decouverte-du-salaire-dun-conseiller-en-orientation-scolaire/), découvre un enthousiasme presque naïf. Ce qu’on promet dans la réforme, elle voudrait le voir, pas seulement l’entendre.
Ce qui est étrange, c’est ce besoin de tout simplifier en pensant que tout le monde y verra plus clair. La formation n’attire pas seulement par ses labels ou ses chiffres. C’est une question de rapport à l’avenir, une balance entre consolation et ambition, entre entrave et libération. Offrir le choix, oui, mais le vrai choix : comprendre où ça mène, pouvoir retomber sur ses pattes, même si le parcours dérape.
Souvent, le débat s’enferre dans la dialectique du contrôle et de la liberté. Plus d’autonomie : mieux pour certains, mais plus de solitude pour d’autres. Le piège mental, c’est d’oublier au passage que la confiance ne se décrète pas avec un label long comme le bras ni un budget pavé d’intentions. Ce que peu de gens voient… c’est que derrière l’outil, c’est toute la question du soutien humain qui plane. On ne réforme pas des parcours de vie avec des décrets.
Alors, la formation professionnelle qu’on promet, c’est peut-être moins une affaire de dispositifs que de regards posés. À force d’orienter, de réformer, de moderniser, reste parfois l’inquiétude sourde : qui prend la main à la sortie du tunnel ?
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.