
Oublier le vocabulaire appris la veille, ça arrive à tout le monde. L’italien s’invite partout : sur une affiche dans le métro, dans une chanson surprise à la radio. Ce serait dommage de passer à côté des petites occasions de progresser sans même s’en rendre compte.

On ouvre un livre d’italien. Les mots dansent un peu, les sons résonnent différemment. Ce matin, les messages vocaux d’un ami milanais sont encore trop rapides, mais on s’accroche. Lire un journal au hasard – Corriere della Sera ou simplement le menu d’une petite trattoria – et deviner le sens, c’est déjà commencer à s’imprégner. Prendre le temps, entre deux cafés, d’écouter une chanson de Paolo Conte ou de décrypter des dialogues dans une série italienne, change la relation à la langue. C’est physique, immédiat, pas cérébral.
Il y a cette vieille idée : la grammaire, c’est rébarbatif, alors autant s’en débarrasser vite. Pourtant, se pencher sur les verbes italiens, jouer avec les temps, se tromper sur un accord, c’est comme assembler un puzzle – sauf que ça bouge tout le temps. Un jour, on s’acharne à distinguer gli articoli définis et indéfinis, le lendemain, ce sont les prépositions qui font tourner la tête. Au fond, personne n’aime corriger ses erreurs à voix haute, surtout pas devant une vraie “mamma” italienne… Et pourtant, c’est là qu’on avance le plus. Écouter. Recommencer. Corriger. Le cerveau s’adapte, presque à contrecœur.
Apprendre une langue serait “facile” à force de régularité. Ce que peu de gens voient : il y a des jours où, malgré la bonne volonté, tout semble flou. Une application suggère de mémoriser douze nouveaux mots, trois ne restent. On s’énerve, on culpabilise – et c’est parfaitement normal. Au contraire, écouter une radio italienne en fond pendant qu’on prépare des lasagnes ricotta épinards ou lire la recette d’un gâteau mascarpone léger fait souvent gagner plus que tout un après-midi de fiches de grammaire. Il faut accepter de laisser la langue entrer par toutes les pores, même et surtout quand on n’y pense plus.
On le sent tout de suite : l’idée qu’il faut être parfait freine plus qu’elle ne pousse. On hésite à parler, on relit 10 fois son SMS avant de l’envoyer à son correspondant italien, puis on découvre que l’italien traîne dans la rue, au marché, et non sur les bancs de l’école. Les erreurs deviennent alors des marchepieds. Voilà, c’est là que ça devient intéressant : la prononciation, cette musique – elle ne vient qu’en osant, souvent à contretemps, imitant les sons, même de travers au début.
Ce qui est étrange, c’est qu’on ne retient jamais ce que l’on croyait retenir. Les listes apprises le soir se mélangent, s’effacent en journée. On finit par se surprendre à sortir, sans y penser, une expression lue dans un magazine ou entendue dans un film. Utiliser des cartes mémoire ou des applications peut aider, certes, mais parfois, c’est un simple échange autour d’un caffè macchiato qui déclenche la magie. En réalité, ce sont les mots qu’on a vécus qui collent à la peau.
Se glisser dans la culture italienne, c’est aussi réserver une place pour la joie. Aller à une projection de film, se perdre dans un gâteau de Savoie revisité, s’inviter à une soirée d’échanges linguistiques (même si on connaît à peine son voisin). Les clubs, les festivals, les associations remplissent la langue de vie.
Enfin, profiter d’un voyage en Italie, rien n’oblige à parler couramment pour commander une sauce au poivre dans une trattoria souriante. Il faut s’autoriser à être imparfait face à l’italien, c’est là où les échanges deviennent vrais.
On croit souvent que les applications font tout. Les groupes sur les réseaux sociaux, les vidéos Instagram sous-titrées, les podcasts spécialisés, promettent un apprentissage rapide. Mais derrière l’écran, on peut vite tourner en rond, zapper d’un contenu à l’autre sans rien ancrer. Prendre le temps de s’arrêter, répéter à voix haute, écrire un journal intime en italien, sont des chemins plus lents mais mille fois plus féconds. Rester attentif à cette tentation de tout faire vite, de compulser, plutôt que de s’installer dans la lenteur de la langue.
Au fond, ce qui change tout, c’est la présence d’un humain. Le jour où on ose répondre à une question en italien, même si la phrase est bancale, une porte s’ouvre. C’est la répétition – pas très romantique – qui finit par créer de la liberté. Accepter de rester dans le tâtonnement, d’échanger, de demander des corrections, d’avouer qu’on ne comprend pas. Plus on avance, plus on réalise que c’est dans ce déséquilibre que la langue prend racine, et que la peur, doucement, s’efface.
Et soudain, on rêve en italien. Fallait oser y croire.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.