
Obtenir son CACES ouvre d’un coup l’accès à une multitude d’emplois, mais le prix de la formation reste parfois un frein bien réel. Entre aides publiques, financement par l’intérim ou mobiliser son CPF, il existe des solutions méconnues pour s’en sortir sans puiser dans toutes ses économies. Encore faut-il savoir à qui s’adresser, et surtout, comment s’y prendre pour ne passer à côté d’aucune opportunité.
Au bord d’un chantier, entre le bruit des marteaux-piqueurs et le ballet des grues, une conversation surgit souvent : « Comment t’as payé ton CACES ? » Oui, ce certificat pour piloter un engin de chantier ou de logistique, ce sésame qu’on croit inaccessible, fourmille de sentiers parfois inattendus pour être financé. Et ils ne sont pas si secrets, pourtant on les ignore, les redoute ou pire : on n’ose pas questionner.
Pôle emploi d’un côté, agence d’intérim de l’autre, bras ballants ou levés, mais tout le monde ne sait pas toujours que le financement de la formation CACES peut tomber de là, sur une simple bonne démarche. Simple ? Pas toujours. Il faut courir le couloir administratif, préparer son dossier, expliquer son projet, défendre sa motivation. Une lettre de motivation, quelques papiers, et le tour serait joué ?
Dans certaines entreprises, c’est le CPF qui régale. Ce compte personnel de formation, souvent mal connu, accumule des droits année après année, sans bruit. On peut vérifier son solde en quelques clics : mode d’emploi ici. Les salariés, même ceux en CDD ou en intérim, peuvent souvent y toucher. Alors oui, certains paient de leur poche, mais bien moins que ce qu’on s’imagine.
On le sent tout de suite dès qu’on aborde le sujet avec ceux qui galèrent avec la paperasse : la difficulté n’est pas tant de trouver le financement que d’oser le demander. Les freins sont là, bien ancrés. « Je ne veux pas déranger ma boîte, je ne sais pas trop si j’y ai droit », ça revient souvent. Ou alors, un conseiller Pôle emploi qui bâcle l’affaire en deux phrases. Résultat : des candidats qui renoncent avant même d’avoir commencé.
Souvent, on croit que le permis CACES coûte une fortune, ou qu’il est réservé aux titulaires de contrat longue durée. Faux, bien sûr, mais l’idée fait son chemin, colportée de bouche à oreille. Pourtant, avec le bon organisme, l’utilisation du CPF couvre tout ou partie de la formation. Pour les demandeurs d’emploi, une bonne discussion avec un conseiller référent permet d’enclencher l’AFC (Action de Formation Conventionnée) et de lever de sacrés obstacles.
Voilà un détail qui compte : il ne suffit pas d’avoir le financement ou de réussir les tests. Il faut aussi obtenir le feu vert du médecin du travail. Et là, rien n’est jamais acquis. Un problème de vue, un antécédent médical, et la porte se referme, sans préavis. Ce que peu de gens voient : même motivé, même financé, on peut rester à quai.
Je pense à Souleymane, la cinquantaine, cariste en intérim depuis des années, qui a vu passer devant lui un poste fixe juste parce qu’il n’avait pas son CACES. Il aurait pu réclamer la prise en charge à son agence, mais il n’a jamais osé, convaincu que « ce n’était pas pour lui ». Ce jour-là, c’est son collègue plus jeune qui a décroché le job, laissant Souleymane dans ses regrets, toujours sur le quai.
Transition surprenante, mais pertinente. On entend beaucoup parler de la pénibilité dans les métiers de la logistique. Pourquoi ne pas jeter un œil vers l’aide à domicile, parfois méconnue, mais qui a aussi ses dispositifs de formation sur ce guide ? Parfois, envisager une autre voie implique de se pencher sérieusement sur l’offre de formation et ses modes de financement.
Ce qui est étrange, c’est que le coût du CACES, régulièrement mis en avant comme frein, masque la vraie difficulté. La principale barrière reste la précarité de certains statuts. L’intérimaire, par exemple, saute de mission en mission, sans continuité, ni repère, ni visibilité sur son CPF, ni même parfois accès aux bonnes infos. Une situation qui entretient la reproduction des petits boulots sous-payés, alors même que la montée en compétence reste possible.
Ce serait simpliste de réduire l’accès au permis CACES à une question de cagnottes ou de paperasse. La réalité, c’est aussi une question de confiance en soi, de réseau, d’information bien donnée au bon moment. En réalité, parfois, il suffit d’un coup de fil, d’un rendez-vous bien préparé, et l’affaire roule. Mais dans ce paysage mouvant, tout le monde n’a ni le temps ni l’énergie de jouer des coudes chaque jour.
Au bout du compte, c’est devant le formateur que tout se joue, devant la machine, la clé de contact, la sueur aux paumes. Ceux qui décrochent leur CACES savent ce que ça coûte. Ceux qui hésitent n’ont souvent pas accès à une info fiable, ou se sentent jugés. Si, au moins, on regardait la formation comme un tremplin pour tous, et pas un privilège pour quelques-uns. La porte serait moins lourde à pousser.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.