
Certaines validations des acquis de l’expérience semblent filer en quelques mois, d’autres prennent tout leur temps. Entre espérances de reconversion et rythme imposé par la vie pro, la durée d’une VAE reste pleine de surprises. Difficile de prévoir à quel moment tout bascule face au jury.
Alors, combien de temps ça prend, une VAE ? Personne n’a jamais trouvé la réponse au fond d’un manuel, ni dans une foire aux questions administrative. On entend parfois neuf mois, parfois un an, d’autres racontent que tout a été plié en six mois « grâce à une bonne dose de ténacité » (ou un soupçon de veine). Il y a les chiffres, oui, mais la réalité déborde vite du cadre.
Tout commence par cette envie de changer, évoluer, sortir de l’ombre où stagnent des années d’expérience non reconnue. À partir de là, le temps s’étire. D’abord, il faut réfléchir : la VAE, pour quoi faire ? Changer de métier, grimper les échelons, ou simplement lever la tête dans le travail… Ce que peu de gens voient, c’est l’impasse parfois devant le certificat qui ne colle pas tout à fait et la recherche qui s’éternise. Pour certains, trouver la bonne certification, c’est comme choisir la bonne porte dans un long couloir où personne n’ose vraiment vous orienter.
Le livret de recevabilité ? On dit qu’il se remplit en quelques heures mais, pour beaucoup, chaque justificatif réclame des fouilles mémorielles interminables. Quand il s’agit du « gros » dossier — le fameux livret 2 —, c’est une autre guerre : décrire chaque geste, chaque intuition de professionnel en actes écrits. Oui, deux mois pour les plus rapides, six pour ceux qui n’ont ni coach, ni temps mort dans leur semaine. L’accompagnateur ? Souvent, c’est le phare dans le brouillard, celui qui dit quand vous piétinez et vous évite de tourner en rond. On aimerait tous tomber sur la perle rare, un peu comme un bon professeur qu’on n’oublie jamais.
L’oral devant le jury, c’est un morceau d’apnée. Des gens qui écoutent votre histoire et la jauge, parfois sur le fil. Cette journée-là, elle pèse plus lourd que tous les délais administratifs. Et après ? Attente, encore… On le sent tout de suite : la durée n’est pas seulement affaire de calendrier, mais de digestion émotionnelle. Le verdict ne tombe pas toujours dès la sortie ; il traîne, laissant le temps de repenser à chaque détail, à chaque silence.
Beaucoup pensent qu’une VAE express existe vraiment. On raconte qu’avec les dernières réformes — la fameuse loi de 2018 — tout va plus vite. Parfois, oui, mais pas toujours. L’organisme certificateur fait la pluie et le beau temps. Certains sont réglés comme des horloges, d’autres semblent fonctionner sur un fuseau horaire lointain.
Ce qui est étrange, c’est l’amplitude des expériences. Lucie, préparatrice en pharmacie, a mis neuf mois pour sa validation. Paul, aide-soignant, a dû attendre près d’un an et demi. Leur différence ? La préparation du dossier, la disponibilité les soirs après les enfants, le soutien — ou pas — de leur employeur, et la capacité à plonger dans leur propre histoire professionnelle sans perdre le fil.
En réalité, ce qui ralentit souvent la VAE, ce n’est pas la paperasse, mais l’introspection imposée par la démarche. On croit se connaître, puis on découvre que parler de soi en termes de compétences reste un exercice inconfortable. Certains décrochent longtemps, d’autres reviennent, mûrissent leur dossier tout en exerçant à temps plein, parfois passionnément. Entre deux rapports de stage et un coup de fil à la crèche, d’autres se demandent si tout cela sera reconnu, quelque part, par un jury qu’ils n’ont jamais rencontré.
Le vrai piège, c’est d’imaginer que la VAE se résume à un diplôme à la fin d’un couloir administratif. Ce que peu de monde admet : la démarche transforme, même quand elle se déroule lentement. Elle oblige à s’arrêter, à raconter ce qui, jusque-là, allait de soi — et, parfois, à comprendre ce qui faisait la force cachée d’un parcours.
Si ça prend du temps, ce n’est pas forcément mauvais signe. Le vrai investissement se loge plutôt dans cette façon d’assumer, devant d’autres, ce que l’on a construit à l’usure. Passer par la VAE, c’est aussi apprendre à peser ses acquis. Beaucoup en sortent changés, pas simplement certifiés. Une étude récemment citée — Céreq — dirait que 75 % des candidats voient leur horizon professionnel s’élargir dans les deux ans. Mais ça, ce n’est jamais noté sur le calendrier.
Au final, la durée d’une VAE, c’est peut-être simplement celle qu’il faut pour oser se regarder avancer, et s’avouer tout ce qui a déjà été fait, chaque jour, sans diplôme.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.