
Tout ce temps auprès de personnes fragiles, ça forge des compétences qu’aucun manuel n’apprend. Si votre parcours ressemble à un vrai engagement de terrain, pourquoi laisser votre expérience sans reconnaissance officielle ? Peut-être que votre diplôme n’attend plus qu’une démarche de VAE pour faire le lien.
Vous avez passé plus d’un an à vous lever pour accompagner des personnes fragiles, à tenter de capter leurs sourires dans un quotidien souvent ébréché. Et puis voilà, le réflexe revient : comment faire reconnaître tout ce temps de travail auprès des institutions ? Pas d’école, pas de bancs glacés, mais des situations humaines parfois plus formatrices que n’importe quel manuel. La VAE AMP, pour beaucoup, c’est ce coup de pouce administratif qui transforme des gestes appris sur le terrain en un diplôme d’État solide : le DEAES, oui, celui d’accompagnant éducatif et social que l’on voit s’afficher sur les plannings.
Sur le papier, cela semble simple. Il faut justifier d’au moins 1607 heures sur le terrain, pas besoin forcément d’avoir été salarié : bénévolat, intérim, travail en MECS, IME, à domicile, tout compte. Le gros morceau, ce sont deux livrets à remplir. D’abord le livret 1, pour savoir si le dossier peut passer ; puis le livret 2, véritable maquis de souvenirs professionnels à trier. On y raconte ses journées, les gestes répétés, les petites victoires sur la routine. Cette étape ralentit, fait douter, oblige à se retourner sur ce qu’on croyait avoir fait « machinalement ». Mais c’est là que ça devient intéressant : réapprendre à décrire ce qu’on croyait acquis, comprendre qu’on a, au fond, déjà beaucoup à transmettre.
On imagine, à tort, que la VAE est réservée à ceux qui connaissent parfaitement l’administratif. Ou que seuls les salariés à temps plein sont éligibles. Pourtant, n’importe qui avec assez d’expérience – même fragmentée, même associative – peut tenter sa chance. Il ne s’agit pas uniquement de décrocher un titre officiel pour la forme. Ce qui se joue, c’est la reconnaissance d’années souvent passées « invisibles », comme si accompagner ne pouvait devenir compétence qu’avec un tampon officiel.
Souvent, les démarches paraissent absurdes, techniques, un brin kafkaïennes. On se retrouve, parfois, à chercher les bulletins de salaire d’un remplacement vieux de huit ans, à compiler des attestations de bénévolat. Il faut savoir que des dispositifs existent pour se faire aider, et pas seulement pour le remplissage des dossiers : Pôle emploi, Fongecif, le CPF. Jusqu’à 100 % du coût pris en charge… et pourtant, peu y croient vraiment.
Pour ceux qui s’interrogent sur le revenu après validation, des ressources détaillent le salaire d’un aide médico-psychologique. Ça reste, il faut le dire, un métier de vocation où la valorisation financière peine à suivre le niveau d’engagement personnel.
Ce que peu de gens voient : « accompagnement », ça veut tout dire et ne rien dire. Il y a des matins où la patience file. D’autres où la relation bascule, un mot, un silence se posent comme une confiance. Ces moments, il faut les décrire dans le livret 2, les décortiquer, parfois sans vocabulaire technique, et c’est peut-être là que la VAE prend tout son sens. Oui, la VAE juge aussi la capacité à mettre des mots sur ses gestes, à relier ce vécu individuel à un référentiel imposé.
Je me souviens de cette femme, quarante-deux ans, qui avait tout appris « sur le tas » en maison d’accueil spécialisée. Sa hantise : l’écrit. Lui parler de référentiel, c’était parler chinois. Elle a hésité, s’est lancée, accompagnée par une formatrice capable de traduire la bureaucratie en vécu. Trois mois de doutes, de fiches, d’exemples concrets. Elle a fini par déposer ses livrets, face au jury. Les jours suivants, elle n’y croyait plus. Quand la notification est arrivée… Un soulagement partagé. Ce diplôme-là, il a changé la façon dont son équipe la regardait, mais surtout la façon dont elle se percevait elle-même.
L’exigence de la VAE, parfois décriée, permet malgré tout de poser un coup de projecteur sur le quotidien discret des accompagnants. Le métier reste exigeant, peu valorisé, mais l’accès au diplôme d’État d’accompagnant éducatif et social via la VAE vient rompre l’isolement professionnel. On le sent tout de suite : ce dispositif plaît à ceux qui ne veulent pas repasser par la case école, refusent l’étiquette « candidate en reconversion » alors qu’ils exercent déjà.
Il existe d’ailleurs des passerelles et des rapprochements avec d’autres métiers : la VAE peut mener à une validation comme aide-soignant(e), d’autres pistes existent aussi. On s’aperçoit que, dans ce secteur, chaque expérience est une force, chaque détour une ressource. Vous voulez en savoir plus sur les parcours croisés ? Jetez un œil sur comment décrocher un BTS avec la VAE ; ce n’est pas réservé au médico-social.
Certains s’attendent à une ligne droite, un simple tampon, une victoire garantie. C’est souvent plus sinueux : le jury peut demander un complément d’informations ou refuser la validation intégrale. Le dossier peut sembler lourd, l’attente interminable. Le délai pour finaliser la VAE peut surprendre : la procédure prend parfois plusieurs mois. Ce piège, c’est d’imaginer que valider ce diplôme efface la fatigue, compense les années passées, ou change du tout au tout le métier – la reconnaissance est concrète, mais ne fait pas tout s’effacer. En réalité, il faut accepter que l’expérience comme l’institution ont toutes deux leurs limites.
C’est là que la posture change. Il ne s’agit plus de courir après une validation mais de donner une forme légale à une identité professionnelle qui existait déjà. L’accompagnant éducatif et social jongle entre autonomie et limites posées par les structures. La VAE est un passage, pas une fin : simplement une autre façon de s’engager.
Et au fond, ce que l’on retient, c’est ce moment suspendu où l’expérience, toute simple, finit par compter – vraiment.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.