
Marquer un virage dans son parcours ou affirmer sa spécialité, ça passe parfois par un titre méconnu mais décisif : le RNCP niveau V. On mise sur la technique, la pratique, une forme d’assurance concrète. On croit souvent connaître ces diplômes, mais leur portée réserve des surprises.

On ne réalise pas toujours l’instant précis où l’on bascule d’une idée vague vers une réalité palpable. Il y a ce moment, dans un couloir de lycée ou sur le site du Répertoire National des Certifications Professionnelles, où une brève liste attire : BTS, DUT, BTSA… Ce fameux niveau V du RNCP, ça n’a rien d’effrayant mais ce n’est pas non plus qu’un code administratif planqué sur un diplôme.
Une drôle de galaxie… Six grandes familles de diplômes y logent : BTS, BTSA, DUT, DE, DES, certifications professionnelles reconnues par la CNCP. Entre les bancs des lycées technologiques, l’agitation d’un IUT bondé de jeunes adultes et les couloirs parfois feutrés d’un centre de formation, il y a mille façons de débarquer là.
La plupart du temps, ces parcours démarrent juste après le bac, parfois en alternance, et, depuis peu, la formation continue permet aux salariés, pros, ou personnes en transition de décrocher cette reconnaissance, à leur rythme.
Ce n’est pas qu’une théorie sur papier. BTS Comptabilité-Gestion, BTS Services Informatiques aux Organisations, BTS Négociation et Relation Client, ou encore BTSA Gestion et Protection de la Nature… Derrière ces sigles, il y a des cours, des stages, des allers-retours entre salles de classe et ateliers, des rapports à rendre, des contrôles à passer.
Et que dire du célèbre DUT Génie Biologique ou de ce DUT Information-Communication qui, discrètement, ouvrent la porte à des métiers d’action ? D’autres sortent de l’ombre avec un Diplôme d’État d’Assistant(e) de Service Social ou d’Infirmier(ère), passés parfois sous concours, parfois dans un moment de reconversion.
Ce qui traîne, c’est toujours une petite musique : “C’est moins reconnu qu’un bac+3”, “Pas sûr que ça suffise”. Pourtant, sur le CV, c’est un ticket d’entrée aussi solide que recherché pour pas mal d’employeurs. Les techniciens ne manquent pas d’offres, ni de responsabilités.
Mais attention : ce n’est pas une voie immuable. Chacun peut bifurquer, empiler les diplômes, poursuivre jusqu’à la licence professionnelle, voire beaucoup plus loin.
Ce qui est étrange, parfois, c’est l’incertitude qui plane autour de l’étiquette RNCP. On pense gagner en sécurité. Le monde du travail, pourtant, bouillonne d’aléas : recrutements qui jouent sur l’expérience, concours de circonstances, diplômes à double tranchant. La reconnaissance officielle, oui, mais il y a ce “quelque chose” d’inattendu quand la grille de la réalité s’impose.
Catherine s’ennuyait ferme derrière un bureau. Après un arrêt longue maladie, elle s’est jetée à l’eau avec un BTSA Gestion et Protection de la Nature. Pas simple de reprendre des études à presque 45 ans, ni de poser ses questions au service CPF du coin. En formation continue, entourée de plus jeunes, elle a pourtant trouvé là, presque à sa surprise, un nouveau souffle. Des stages sur le terrain, les bottes pleines de boue, elle a appris la gestion environnementale autrement que par des mots.
Le titre certifié, on s’en sert, on le brandit quand il le faut – entretien d’embauche, concours, promotion. Mais ce qui compte souvent, c’est le chemin. La routine d’un apprentissage qui grince, la découverte d’un secteur inconnu, parfois les premiers pas vers le métier rêvé. Derrière le vernis réglementaire, il y a des vies qui se recomposent – et la possibilité, pour certains, de refaire surface, de tenter quelque chose de neuf grâce à l’alternance ou à la reconversion.
On le sent tout de suite : croire que le RNCP niveau V garantit une ligne droite, c’est oublier la force des aléas. La vraie garantie, c’est d’apprendre à se servir de l’outil – le diplôme – pour ouvrir les portes. Pour certains, c’est le déclic vers une spécialisation technique ; pour d’autres, l’envie d’aller plus loin, vers une licence ou un master, parfois un virage total et même une gestion de CPF minutieuse. Personne ne sait d’avance si le cheminement tiendra toutes ses promesses.
On pourrait s’y perdre, entre les sigles et les différentes modalités de certification. Pourtant, c’est dans les carrefours imprévus que naît la vraie richesse de ces parcours. Ce que peu de gens voient, c’est la force de ces titres pour qui s’y accroche, même quand la société valorise surtout les diplômés du supérieur long.
Ceux qui se servent du RNCP niveau V comme tremplin, multiplicateur de chances, ou même comme bouée, finissent souvent par s’ouvrir d’autres horizons : se réorienter, changer de secteur, parfois même devenir formateur indépendant.
Là où tout commence vraiment, c’est dans ce moment bancal mais précieux où l’on décide d’oser tenter, malgré les doutes.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.