Yellowstone : les 5 personnages qui méritent leur propre spin-off

Entre ranch, fantômes et business télévisuel, Taylor Sheridan a encore de quoi faire tourner la machine

Yellowstone n’a pas seulement survécu à sa fin : la série a déjà commencé à se recycler en empire parallèle, et franchement, on n’a pas encore vu la moitié du rodéo. Entre les préquelles, les suites et les projets avortés, Taylor Sheridan continue de transformer son western contemporain en franchise à tiroirs. Et comme Paramount n’a visiblement pas l’intention de laisser dormir cette poule aux œufs d’or, la vraie question devient simple : quels personnages ont encore assez de chair, de cicatrices et de potentiel dramatique pour tenir leur propre série ?

Pour situer le terrain, Yellowstone a bouclé cinq saisons et s’est imposée comme l’un des plus gros phénomènes télé de la décennie, avec un modèle industriel très clair : un noyau de personnages ultra-identifiables, un imaginaire de frontière, et une expansion méthodique de l’“univers” Sheridan. Avant même la fin de la série mère, la machine avait déjà produit 1883 et 1923, deux préquelles qui racontaient la généalogie des Dutton. Puis sont arrivés d’autres prolongements, comme Marshals autour de Kayce Dutton et Dutton Ranch avec Rip Wheeler et Beth Dutton. Le projet 6666 a, lui, été abandonné, tandis que The Madison a fini par s’éloigner du lien direct avec Yellowstone. Bref, le studio tâtonne, recule, relance, et garde le ranch sous perfusion. On est dans du pur capitalisme sériel : tant qu’il reste un personnage debout, il peut servir de point de départ.

Alors, qui mérite vraiment de passer du statut de second rôle culte à celui de tête d’affiche ?

Rainwater, le ranch et la revanche

Thomas Rainwater coche presque toutes les cases du spin-off qui a du sens. Gil Birmingham a déjà imposé le chef de la réserve Broken Rock comme une figure de pouvoir, de patience et de stratégie, loin du simple contrepoint “sage” qu’on colle trop souvent aux personnages autochtones dans le western américain. Ici, on parle d’un homme qui ne se contente pas de commenter le conflit : il le retourne. À la fin de Yellowstone, le ranch Dutton passe sous le contrôle de Broken Rock, ce qui ouvre une perspective bien plus intéressante qu’un énième duel de cow-boys. On pourrait enfin voir comment un territoire mythifié change de mains, de logique et de symbolique. Le vrai spin-off, ce n’est pas un décor de plus : c’est un changement de pouvoir.

Et puis Rainwater a déjà une épaisseur politique suffisante pour porter une série entière. Dans un entretien accordé à Collider en 2024, Gil Birmingham évoquait l’idée d’un personnage qui bâtirait une communauté avec écoles, hôpitaux et lieux d’accueil, avant d’ouvrir des espaces d’éducation pour les visiteurs. L’idée n’a rien d’un gadget : elle permettrait à Sheridan de sortir un peu du réflexe “terre, sang, héritage” pour regarder ce que devient un territoire quand il cesse d’être seulement une propriété à défendre. Pas besoin d’en faire un sermon. Il suffit de laisser le ranch parler autrement. Et ça, mine de rien, c’est du bon carburant dramatique.

Le jeune John, ou l’art de faire durer le fantôme

John Dutton n’est plus là, mais son ombre continue de traîner partout. Kevin Costner a quitté le navire dans un climat de brouille très médiatisée avec Taylor Sheridan, et la série a tranché net : le patriarche n’aura pas de retour miracle. Sauf que Yellowstone avait déjà préparé le terrain avec ses flashbacks, où Josh Lucas incarnait un John plus jeune, plus brut, encore en train de se fabriquer comme mythe familial. Entre la mort d’Evelyn Dutton, les débuts du lien avec Rip et la construction progressive du rapport au ranch, il y a là de quoi tenir un vrai préquel, pas juste une collection de souvenirs en costume.

Josh Lucas n’a joué ce John-là que dans neuf épisodes sur cinq saisons, ce qui laisse un espace narratif encore largement ouvert. Et surtout, le personnage n’est pas seulement un “avant” du héros principal : il est la matrice de toute la saga. Revenir sur sa formation, ses pertes, ses erreurs et ses obsessions permettrait de faire ce que les bonnes préquelles savent faire quand elles ne se contentent pas de fan service : montrer comment un homme devient une légende, puis comment la légende commence déjà à se fissurer. Le fantôme de John Dutton vaut presque plus que le personnage lui-même.

Affiche de Yellowstone
Affiche de Yellowstone

Lloyd, le vieux cuir qui grince encore

Avec Lloyd Pierce, on tient le genre de figure que Sheridan adore : le vétéran fatigué, loyal jusqu’à l’aveuglement, capable de tendre la main tout en ayant les mains sales. Forrie J. Smith a donné au personnage une gravité de vieux cuir tanné par les années, et sa sortie de Yellowstone avait quelque chose de trompeusement paisible. Lloyd parle de retraite, de calme, de fin de partie. Mais on sait comment ça marche dans cet univers : personne ne s’en tire vraiment proprement, surtout pas ceux qui ont passé leur vie à couvrir les pires saloperies du ranch.

Un spin-off centré sur lui pourrait être moins flamboyant que d’autres, et c’est précisément ce qui le rendrait intéressant. Pas besoin de transformer Lloyd en justicier. Il suffit de le laisser vivre avec ce qu’il a fait, ce qu’il a vu et ce qu’il a accepté. Dans les mains de Sheridan, ça donnerait sans doute un mélange de mélancolie sèche et de violence qui surgit sans prévenir. Le bon vieux western, mais avec des rides et des factures morales à payer. Lloyd, c’est la version “après la fête, il reste les bouteilles cassées”.

Jimmy, la deuxième chance comme moteur

Jimmy Hurdstrom est peut-être le personnage qui incarne le mieux la logique de transformation de Yellowstone. Parti de très bas, passé par l’humiliation, la discipline, la violence ritualisée du ranch, il finit par trouver une forme de colonne vertébrale au 6666 Ranch au Texas. Jefferson White lui a donné une fragilité presque touchante, sans jamais le réduire à un faire-valoir. Et quand on sait qu’un spin-off 6666 a été envisagé avant d’être abandonné, l’idée d’un récit centré sur Jimmy prend une saveur particulière : celle d’une promesse pas tout à fait tenue.

Taylor Sheridan a d’ailleurs confirmé sur le podcast Rodeo Time, cité par Deadline, qu’il n’y aurait pas de fiction autour du ranch 6666. Du coup, Jimmy devient presque le meilleur candidat pour récupérer ce territoire narratif laissé en friche. Ce serait l’occasion de suivre un homme qui ne cherche plus seulement à survivre, mais à construire quelque chose de stable avec ce qu’il a appris. Pas de grand discours, pas de posture héroïque : juste un type qui tente de ne pas retomber dans le trou. Et ça, au fond, c’est déjà un sacré programme.

Teeter, la claque et le sourire de travers

Teeter apporte à Yellowstone ce que peu de personnages savent tenir sans se casser la figure : un mélange de comédie de troupe et de douleur sèche. Jennifer Landon en a fait une présence immédiatement reconnaissable, avec son énergie cabossée, son parler, sa façon de tenir tête au bunkhouse comme si c’était une arène. Mais la série lui a aussi offert l’un de ses chocs les plus tristes avec la mort de Colby Mayfield, qui laisse le personnage dans un état de suspension émotionnelle très fertile pour une suite.

Teeter a quelque chose de précieux pour une série dérivée : elle n’est pas seulement “attachante”, mot paresseux que les attachés de presse adorent, elle est contradictoire. Drôle, dure, vulnérable, capable de faire rire avant de vous rappeler que le ranch broie tout le monde à sa manière. Si un spin-off la suivait au Texas, il pourrait explorer ce que devient une femme qui a survécu à la brutalité du groupe, mais pas forcément à ce qu’elle a perdu en chemin. Chez Teeter, le gag et la plaie sont dans la même botte.

Au fond, c’est peut-être ça, la vraie force de Yellowstone : avoir fabriqué des personnages qui ne demandent pas seulement à revenir, mais à continuer de saigner, d’avancer, de mentir un peu, de tenir debout quand même. Et tant que Sheridan aura envie de faire tourner la machine, on peut parier que le ranch n’a pas fini de changer de mains, de nom et de légende. La question, maintenant, c’est moins “qui mérite un spin-off ?” que “combien de temps Paramount acceptera de laisser le mythe respirer avant de le traire jusqu’à l’os ?”

Bande-annonce VF de Yellowstone

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