Peu connu du grand public en France, injustement sous-estimé dans les classements, WΔZ mérite aujourd’hui une lecture sérieuse, loin du simple frisson de genre.
En un coup d’œil
- Titre original : WΔZ (prononcé double-u delta zed) — sorti aux États-Unis sous le titre The Killing Gene
- Réalisateur : Tom Shankland — premier long-métrage
- Scénariste : Clive Bradley
- Casting principal : Stellan Skarsgård, Melissa George, Selma Blair, Tom Hardy, Sally Hawkins, Ashley Walters
- Genre : Thriller, horreur psychologique, drame criminel
- Durée : 1h 44 min
- Pays : Royaume-Uni (malgré un décor new-yorkais)
- Concept central : L’équation de Price (wΔz), issue de la biologie évolutive, utilisée comme motif du tueur
- Note IMDb : 5,7/10 — une note qui sous-estime largement la profondeur du film
Un polar sous haute tension philosophique
L’histoire démarre comme un polar classique. Dans un New York perpétuellement noyé sous une pluie glaciale, le détective Eddie Argo (Stellan Skarsgård), vétéran taiseux et brisé, est associé à Helen Westcott (Melissa George), sa nouvelle coéquipière. Les cadavres se succèdent : hommes et femmes retrouvés torturés, portant sur le ventre une équation scientifique gravée dans leur chair — wΔz = Cov(w,z) = βwzVz.
Ce n’est pas une signature gratuite. Chaque victime a été mise face à un choix abominable : tuer la personne qu’elle aime le plus, ou mourir elle-même. Le tueur ne cherche pas juste à faire souffrir. Il — ou elle — teste une hypothèse. C’est là que WΔZ bifurque radicalement des productions gore de son époque. La violence ici est un protocole scientifique. Et le spectateur est contraint de devenir, malgré lui, observateur de l’expérience.
L’équation de Price, du laboratoire à l’écran
Pour comprendre ce que le film dit vraiment, il faut connaître George Price. Ce mathématicien et généticien américain a développé dans les années 1970 une équation permettant de modéliser l’évolution d’un caractère génétique au sein d’une population, notamment l’altruisme. Son équation — wΔz — aboutit à une conclusion troublante pour qui veut croire en la bonté naturelle de l’être humain : l’altruisme tel qu’on l’entend n’existe pas dans la sélection naturelle. Les gènes ne se sacrifient que pour préserver des copies d’eux-mêmes, jamais par générosité pure.
Le scénariste Clive Bradley s’est emparé de cette idée avec une intelligence rare. La tueuse du film ne grave pas un symbole au hasard. Elle grave une question. Elle veut prouver que, confronté à l’imminence de la mort, aucun être humain ne choisira l’autre plutôt que lui-même. Que l’amour lui-même n’est qu’un calcul génétique habillé en émotion. C’est glaçant. Et ça fonctionne à l’écran précisément parce que le film prend le temps de construire cette logique avant de la briser.
« L’équation prouve que le gène de l’altruisme n’existe pas. Nous ne faisons que protéger nos propres gènes. »
— Jean Lerner, personnage central de WΔZ
Des acteurs face à l’abîme

Stellan Skarsgård porte le film avec une densité particulière. Son personnage, Eddie Argo, n’est pas le héros propre qu’on attendrait. Il traîne un secret — une relation amoureuse clandestine avec un homme, Daniel Leone (Ashley Walters), un ancien suspect qu’il a couvert au mépris de la justice. Cette ambiguïté morale est au cœur de tout. Argo n’est pas corrompu par vice : il est corrompu par amour. Ce détail change radicalement la lecture de sa trajectoire.
Melissa George, dans le rôle de la partenaire novice Helen Westcott, est le regard du spectateur. Curieuse, perturbée, elle incarne la découverte progressive d’une vérité que personne n’avait anticipée. Selma Blair, en tueuse — Jean Lerner — livre une performance retenue et glaçante. Elle n’est pas folle. Elle est brisée par un traumatisme spécifique, réel, indicible, qui justifie — sans jamais excuser — son protocole meurtrier.
Un casting discret, un vivier de talents
Ce qui frappe rétrospectivement dans WΔZ, c’est la densité de son casting secondaire. Tom Hardy, quelques années avant The Dark Knight Rises ou Mad Max : Fury Road, y apparaît dans un rôle de gangster brutal. Sally Hawkins, future visage de The Shape of Water de Guillermo del Toro, y tient un petit rôle marquant. Le film ressemble aujourd’hui à une capsule temporelle de talents anglais encore inconnus du grand public mondial.
Tom Shankland, lui, signait là son premier long-métrage. Sa mise en scène — caméra à l’épaule, lumières sombres aux reflets verdâtres et bruns, montage sec — est visuellement cohérente avec le propos. Il ne cherche pas la beauté formelle. Il cherche l’inconfort. Et il l’obtient.
WΔZ face aux thrillers de sa génération
| Film | Année | Moteur narratif | Violence | Profondeur thématique |
|---|---|---|---|---|
| Se7en | 1995 | Les 7 péchés capitaux | Suggérée, rare | Élevée — le mal comme philosophie |
| Saw | 2004 | Punition morale / survie | Explicite, mécanique | Modérée — réflexion sur la valeur de la vie |
| Hostel | 2005 | Capitalisme de la chair | Très explicite, viscérale | Faible — critique sociale enrobée de gore |
| WΔZ | 2007 | L’équation de Price / altruisme | Présente mais contenue | Très élevée — biologie évolutive + morale |
La fin qui change tout — sans spoiler complet
Les dernières quinze minutes de WΔZ sont ce qui sépare un bon thriller d’un film qui reste. Lorsque la tueuse parvient à piéger Argo dans son propre piège — le forcer à choisir entre l’homme qu’il aime et sa propre vie — le film pose enfin sa question dans toute sa nudité. L’équation de Price sera-t-elle validée, une fois de plus ? Ou quelqu’un, quelque part, prouvera-t-il que l’altruisme n’est pas une illusion génétique ?
Ce que fait le personnage d’Argo dans les dernières secondes est à la fois déchirant et libérateur. La réaction de Jean Lerner — deux mots seulement — est parmi les fins les plus sobrement puissantes que le thriller britannique ait produites. Le film ne tranche pas. Il montre. Et laisse le spectateur avec une équation personnelle à résoudre lui-même.
Pourquoi WΔZ reste un film injustement oublié

La note de 5,7 sur IMDb dit moins quelque chose sur la qualité du film que sur ses conditions de sortie. WΔZ est arrivé dans un marché saturé de thrillers gores post-Saw, à un moment où le public en avait assez de cette violence systémique. Il a été noyé dans le flot, mal distribué, mal promu. Son titre lui-même — une équation mathématique — était tout sauf commercial.
Pourtant, il fait aujourd’hui l’objet d’une réévaluation discrète mais constante sur les forums cinéphiles anglophones et francophones. Les cinéphiles qui le (re)découvrent sont frappés par sa cohérence intellectuelle, par la façon dont chaque scène de violence est ancrée dans une logique narrative et non dans une logique de spectacle. WΔZ n’est pas un film pour tout le monde. Mais pour ceux qui acceptent d’aller jusqu’au bout, il offre quelque chose de rare : un genre qui pense vraiment.
Ce que le film dit de nous, en 2025
Dans une époque où les réseaux sociaux testent quotidiennement notre propension à l’empathie ou à l’indifférence, la question centrale de WΔZ résonne avec une acuité troublante. Sommes-nous câblés pour nous sacrifier pour autrui ? Ou cette générosité est-elle toujours, au fond, un calcul déguisé ? La biologie évolutive n’a pas tranché. Le cinéma de genre, lui, a au moins eu le courage de poser la question frontalement — et d’y répondre avec le seul langage qui compte : l’émotion pure.
- Wikipedia EN — WΔZ (film, 2007)
- AlloCiné — Fiche film WΔZ
- IMDb — The Killing Gene / WΔZ (2007)
- DevilDead — Critique WAZ (DVD Zone 2)
- Avoir Alire — Waz (W Delta Z) critique + test DVD
- Wikipedia EN — Price equation (biologie évolutive)
- Cypher Avenue — Film Review: W Delta Z (The Killing Gene)
- Moviepooper — The Killing Gene (fin expliquée)
- SensCritique — WAZ, avis spectateurs
- Horreur.net — Analyse et discussion autour de Waz
Passionné de cinéma depuis toujours, je consacre une grande partie de mon temps libre à la réalisation de courts métrages. À 43 ans, cette passion est devenue une véritable source d’inspiration et de créativité dans ma vie.



