À Hollywood, certaines franchises vieillissent comme du lait oublié sur le radiateur. Toy Story, elle, fait l’inverse : plus elle avance, plus elle empile les billets et les records avec une insolence presque agaçante.

Le cinquième opus de la saga Pixar vient de franchir un cap que personne n’avait encore validé dans l’animation : trois films consécutifs à plus d’un milliard de dollars de recettes mondiales. Avec environ 1,02 milliard de dollars au compteur, Toy Story 5 s’installe tout en haut du box-office 2026, devant The Super Mario Galaxy Movie et juste derrière The Odyssey de Christopher Nolan, qui continue de grignoter sa part du gâteau mondial. Pour rappel, Toy Story 3 avait culminé à 1,06 milliard en 2010, puis Toy Story 4 à 1,07 milliard en 2019. Trois coups de canon d’affilée. Pas mal pour une bande de jouets qui, sur le papier, aurait dû être rangée au grenier depuis longtemps.

La source de ce constat, c’est le suivi box-office relayé par Slashfilm le 27 juillet 2026, qui détaille un week-end à 10 millions de dollars en Amérique du Nord et 24,7 millions à l’international pour le film. De quoi faire grimper son total mondial à un niveau qui confirme ce qu’on pressentait déjà : chez Pixar, Toy Story reste la poule aux œufs d’or, le fer de lance, et le filet de sécurité quand le reste de la maison tangue.

Et c’est bien là que le sujet devient intéressant : ce record ne dit pas seulement quelque chose de Woody et Buzz, il raconte aussi l’état de Pixar en 2026.

Le jouet qui ne casse jamais

Depuis 1995, année où Toy Story a lancé Pixar dans l’arène avec 365 millions de dollars de recettes mondiales, la franchise a traversé trois décennies sans perdre son pouvoir d’attraction. Ce n’est pas qu’une réussite commerciale, c’est une anomalie industrielle. Là où tant de sagas d’animation s’essoufflent, Toy Story a su passer le flambeau sans se faire dévorer par sa propre mythologie. Chaque film ajoute une couche de mélancolie, de comédie et de vertige existentiel, tout en gardant ce socle populaire qui parle aux gamins comme aux adultes qui ont grandi avec eux. C’est précisément ce mélange qui explique la longévité du phénomène.

Le total cumulé de la franchise approche désormais les 4,3 milliards de dollars. On n’est plus dans la jolie réussite, on est dans le mastodonte culturel. Et au passage, le studio peut remercier cette saga d’avoir longtemps servi de boussole à son identité : Pixar, c’est d’abord cette idée qu’un film d’animation peut être un objet de cinéma majeur, pas seulement un produit calibré pour les vacances scolaires. Quand Toy Story marche, Pixar respire.

Affiche de Toy Story 5
Affiche de Toy Story 5

Pixar, la gueule de bois et le retour du doudou

À ce stade, le succès du film n’a rien d’un miracle tombé du ciel. Il arrive après une période plus heurtée pour le studio, avec des sorties directement envoyées sur Disney+ pendant la pandémie, puis des résultats plus inégaux pour certains longs métrages originaux. Soul et Turning Red ont nourri le prestige critique, mais pas la machine à billets en salles. Et quand un studio comme Pixar se met à chercher son souffle, il finit toujours par se tourner vers ses franchises les plus solides. C’est moche ? Non. C’est hollywoodien, donc parfaitement logique.

Le cas de Toy Story 5 est d’autant plus parlant que le film a été bien accueilli par la critique, ce qui change tout dans une époque où la nostalgie seule ne suffit plus à remplir les multiplexes. Andrew Stanton, vétéran de la maison, codirige l’opus avec Kenna Harris, et le casting vocal historique répond présent : Tom Hanks, Tim Allen, Joan Cusack. En face, Greta Lee incarne Lilypad, une tablette qui débarque avec ses idées disruptives sur ce qui serait bon pour Bonnie. Le sous-texte n’a rien de subtil, et c’est tant mieux : les jouets affrontent la concurrence du numérique, autrement dit le vieux cinéma face à l’écran qui capte tout. Le film ne parle pas seulement de jouets menacés, il parle d’un art qui refuse de finir dans un tiroir.

Trois fois milliard, et après ?

Ce qui rend l’exploit vraiment singulier, c’est sa répétition. Un blockbuster à plus d’un milliard, on connaît la musique. Deux d’affilée, ça commence à sentir la franchise bénie des dieux. Trois, c’est autre chose : une série de films qui maintient une valeur émotionnelle et commerciale sur une durée presque indécente. Dans l’animation, aucun autre univers n’avait réussi ça. Pas même les géants les plus installés. Toy Story devient donc, par la grâce du box-office, une sorte de record vivant, une machine à fantasmes qui ne se contente pas de survivre à son époque, mais la traverse en imposant son tempo.

Et puis il y a la question que tout le monde contourne gentiment : fallait-il vraiment continuer après Toy Story 3 ? L’argument du “trilogie parfaite” avait du sens, bien sûr. Mais Hollywood adore les péchés capitaux quand ils rapportent gros, et Pixar n’allait pas laisser dormir une marque capable de financer ses prochains paris originaux. Le succès de Toy Story 5 ne prouve pas que toutes les suites sont nécessaires. Il prouve surtout qu’une suite peut encore avoir une raison d’être quand elle sait parler à la fois au marché et à la mémoire collective. Ce qui, avouons-le, n’est pas exactement la spécialité de la moitié des franchises en circulation. Les jouets ne sont pas fatigués ; ils sont juste devenus une institution.

Reste une dernière ironie, assez savoureuse : ce sont des personnages conçus pour être manipulés par des enfants qui, trente ans plus tard, tiennent encore à eux seuls une partie de l’équilibre financier de Pixar. Comme quoi, à Hollywood, les objets les plus durables sont parfois ceux qu’on croyait condamnés à finir sous le canapé. Et si Toy Story 5 continue sur cette lancée, on ne parlera plus d’un simple carton. On parlera d’une dynastie. Le genre de mot qui fait sourire les comptables et frissonner les cinéphiles.

Bande-annonce VF de Toy Story 5

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